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Festival du théâtre expérimental : Maintenir le cap malgré tout

May Sélim, Mercredi, 06 septembre 2023

La 30e édition du Festival international du théâtre expérimental se déroule jusqu’au 8 septembre, avec 19 pièces en compétition officielle. Tour d’horizon.

Festival du théâtre expérimental : Maintenir le cap malgré tout
Othello.

Pour maintenir le rythme annuel du Festival international du théâtre expérimental, il fallait opter pour une version abrégée de cet événement marquant, organisé par le ministère égyptien de la Culture. Après 22 éditions qui se sont déroulées avec succès, programmant à chaque fois quelque 40 spectacles, le festival a dû suspendre ses activités pendant cinq ans, à partir de 2011, à cause de l’instabilité politique qui a suivi la Révolution du 25 Janvier cette même année.

De retour en 2016, les organisateurs ont tenu à préserver ce rendez-vous annuel. Présidé par le metteur en scène Sameh Mahran, le festival a fait peau neuve, et les éditions successives jusqu’en 2020 étaient relativement de bon niveau. Puis, le festival a perdu de son charme progressivement. Les deux dernières éditions, dirigées par les membres d’un comité spécialisé, formé par le ministère de la Culture, n’ont pas pu garder l’étiquette de « Théâtre expérimental et contemporain ». Le nombre de spectacles est en baisse, ainsi que celui des participants.

L’actuelle édition, qui a commencé le 1er septembre, marque de nouveau le retour de Sameh Mahran à la tête du festival, sans pour autant promettre monts et merveilles. La nouvelle direction n’avait que six mois pour préparer l’édition en cours et s’occuper de la programmation qui est censée être internationale et variée. Une mission quasiment impossible ! S’ajoute à cela le budget restreint sans augmentation aucune depuis 2016. Donc, l’idéal était de raccourcir la durée du festival, qui s’étendait normalement sur une dizaine de jours, et de réduire ses activités : spectacles, ateliers de formation, conférences, etc.

Alors cette année, la compétition officielle ne compte que 18 spectacles. « La sélection a été faite par un comité local, et non pas international comme auparavant. Nous avons essayé de retenir quand même des oeuvres de qualité, mais malheureusement, nous avons dû affronter plusieurs contraintes. Certaines troupes de par le monde ont accepté de présenter leurs pièces, mais ont demandé à être payées. Or, l’entrée au festival est offerte et la vente des billets est interdite. En plus, la plupart des troupes font leur emploi du temps au début de l’année. Il était trop tard de s’adresser à elles au mois de mars ! Ceci sans compter les frais coûteux de l’hébergement et des vols à cause de la dévaluation de la livre égyptienne », explique le président du festival, Sameh Mahran.

D’habitude, le festival sélectionnait un spectacle étranger de qualité pour son ouverture, lequel participait aussi à la compétition officielle. Or, cette fois-ci, les organisateurs ont choisi de donner un show musical égyptien à l’inauguration, à savoir Charlie, produit par la compagnie Sea Cinéma et mis en scène par Ahmad Al-Bouhi, lui-même membre du comité de sélection !

Invités arabes

Sous le label « Fabriqué en Egypte », le festival a décidé d’offrir des ateliers de formation au profit des jeunes talents, pendant deux ou trois jours. Le metteur en scène et entrepreneur culturel Ahmed Al-Attar interviendra sur la collecte des fonds, Nadim (Meisner) et Nora Amin aborderont les répétitions prolongées, Dalia Sabour : le playback théâtre, Luke Lehner : l’art de dessiner les personnages, Ramzi Lehner : l’improvisation théâtrale et Yasmine Farrag : le mouvement du corps sur scène. La durée relativement courte de ces ateliers ne permet pas d’introduire profondément les sujets, mais plutôt de se contenter de quelques idées basiques. Les conférences se sont limitées à des questions régionales : l’expérimentation dans les pays du Golfe, dans les pays du Maghreb, en Iraq et au Levant, les artistes arabes en exil et les défis de l’expérimentation en Egypte. Les membres du jury, ainsi que les honorés sont majoritairement arabes, à l’exception de Gabriela Luca (Roumanie), Asiimwee Daborah (Ouganda) et Giles Foreman (Angleterre).


Ma yrawash.

Lueur d’espoir ?

Malgré les circonstances peu favorables, certains choix laissent paraître une lueur d’espoir. Quelques spectacles, de par leur originalité et la pertinence des sujets traités, sèment un air d’optimisme.

La troupe palestinienne Ishtar, qui a déjà beaucoup de succès, fait son comeback avec la pièce Ventoline est de retour. Ce monodrame écrit et mis en scène par Iman Aoune évoque l’histoire du peuple palestinien à travers le monologue d’une jeune fille, s’interrogeant sur son identité et son histoire personnelle.

A l’aide d’un jeu d’éclairage habile et d’un décor sobre, la troupe a transformé l’espace scénique en une cabine d’ascenseur assez étroite. Emprisonnée dans cette cabine, bloquée entre les étages d’un hôtel, la jeune fille adresse la parole à des personnes qui hantent sa mémoire, mais aussi au public.

Les spectacles de marionnettes se taillent une belle place dans cette édition, regroupant trois pièces pour adultes, évoquant de grands thèmes humanitaires. Le spectacle tunisien Ma yrawash (blackout) est une adaptation de l’oeuvre de Maurice Maeterlinck Les aveugles, écrite et mise en scène par Mounir Al-Argui, interprétée par la troupe du Centre national de l’art de la marionnette. Les comédiens en noir jouent avec les marionnettes exprimant toutes de vieilles personnes aveugles. La troupe Yerven Puppet Theater (Arménie) fait partie des habitués du festival. Dans une ambiance intimiste, elle présente l’histoire de l’écrivain américain d’origine allemande Charles Bukowski, selon une adaptation de Marieta Dovlatbekyan. La marionnette en question n’est que l’écrivain alcoolique lui-même, récitant ses poèmes et se rappelant ses anciens amours.

La troupe Nodar Dumbadze youth theatre, venue de Géorgie, a donné une nouvelle version d’Othello de William Shakespeare. Les marionnettes de la troupe trahissent leurs identités, leurs cultures et leurs histoires. A travers les habits et peu d’accessoires sur une petite scène, la pièce est bien située dans son contexte historique. Ces spectacles ont donné un coup de souffle au festival, malgré tant de défaillances. Et ce, dans l’attente de meilleures éditions à venir.

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