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Missions polyvalentes

Doaa Elhami , Dimanche, 03 septembre 2023

Les travaux archéologiques allemands en Egypte remontent à plus d’une centaine d’années. Ils couvrent des activités variées. Focus.

Missions polyvalentes
(Photo : Diane Hartrich)

Le XIXe siècle en Egypte foisonnait de missions archéologiques étrangères, dont des allemandes. Ces dernières y ont vu le jour en 1842 sous la direction de Karl Richard Lepsius, sur la demande du roi de Prusse Fredrick William IV, « puisque l’Etat allemand n’a vu le jour qu’en 1871 », souligne Dietrich Raue, directeur de l’Institut allemand d’archéologie au Caire. Cette première mission a duré 3 ans, jusqu’à 1845. Aux débuts de l’égyptologie, beaucoup de scientifiques prêtaient une grande importance à l’étude des textes, dont le nombre était très modeste, et à la connaissance de la langue de l’Egypte Ancienne, qui était limitée. Ces textes étaient leurs plus communes références de travaux et de fouilles sur les sites archéologiques égyptiens. L’archéologie allemande focalisait en principe sur la philologie égyptienne. Les Allemands envoyaient beaucoup de philologues pour copier des textes anciens. L’accumulation systématique de textes a donné naissance en 1897 au projet du premier dictionnaire allemand de la langue égyptienne « Wörterbuch der ägyptischen Sprache » réalisé par Adolf Erman et Herman Grapow. Mais les travaux archéologiques allemands en Egypte ont été interrompus pendant une longue durée, vu les guerres successives, Première et Seconde guerres mondiales, et les conditions économiques et financières modestes.

Les travaux ont repris au Caire en 1957-1958 avec la création de l’Institut allemand d’archéologie au Caire « Deutsches Archäologisches Institut (DAI) ». Aujourd’hui, l’Institut archéologique allemand appartient au ministère des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne. Situé à Berlin, il a des antennes à Athènes, Madrid, Istanbul, Francfort, Bonn et Munich. Les archéologues allemands ont également des bureaux à Damas, Bagdad, Téhéran, Sanaa, Oulan-Bator et Pékin. En Egypte, « nous avons une mission à long terme en coopération avec l’Institut suisse de recherches architecturales et archéologiques du Caire dans l’île Eléphantine à Assouan », renchérit Dietrich Raue. Cette mission a révélé, au cours de plus d’une vingtaine d’années, une série d’établissements datant de plus de 4 000 ans, dont une série de temples dédiés à la déesse Satet et un temple de la reine Hatchepsout de la XVIIIe dynastie, qui a été reconstruit sur place. Les égyptologues allemands opèrent également à Draa Aboul-Naga à Thèbes (ouest du gouvernorat de Louqsor). « La mission y a découvert des preuves de l’existence de tombes royales de la deuxième période intermédiaire et de tombes-temples des grands prêtres d’Amon de la XXe dynastie », indique le professeur.

Les missions allemandes comprennent aussi les travaux de conservation, comme le projet de conservation des colosses de Memnon et du temple d’Amenhotep III à Kom Al-Hitane. Un autre temple important, qui fera l’objet de futures publications et saisons d’études par une mission égypto-allemande du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, de l’Université de Leipzig, de l’Ecole supérieure des sciences appliquées de Mayence et de l’Institut allemand d’archéologie, est celui du Soleil d’Héliopolis à Matariya, au Caire. Une autre mission opèrera à Abydos dans le gouvernorat de Sohag. « On opère à Oum Al-Qaab, y compris dans le cimetière appartenant à la civilisation de Naqada de la préhistoire, de 6 000 ans av. J.-C. jusqu’à la fin de la période thinite, soit les 1re et IIe dynasties et dont le dernier roi s’appelle Khâsekhemoui (2674 av. J.-C.-2647 av. J.-C.) », renchérit Dietrich Raue. Il ajoute : « Nous avons commencé un projet avec l’Université de Vienne concernant la tombe de la reine Meret-Neith de la 1re dynastie. Cette tombe donne l’impression d’être royale. Et bien que cette reine ne soit pas la première connue par une forte personnalité, sa tombe est en bon état de conservation. Bien que cette tombe soit découverte depuis une centaine d’années, elle n’est pas étudiée en détail. Et c’est notre mission. Nous sommes en train d’étudier tout son mobilier funéraire ». Il estime que l’étude du contexte fournit beaucoup d’informations de valeur plus importantes que la trouvaille d’une pièce dorée.

Le site de Dahchour renferme également une mission d’archéologues du DAI. Là, « les deux pyramides bâties par le roi Snéfrou (2575-2551), la rhomboïdale et la pyramide rouge sont entourées à une distance de plusieurs centaines de mètres par divers cimetières de la famille royale et des employés du temple et de la cité pyramidale de Snéfrou. D’après les égyptologues, Snéfrou était réputé pour sa bonté dans l’histoire égyptienne », souligne le directeur. C’est pourquoi il y a des tombes datées de son époque, ainsi que du Moyen Empire.


Le monastère d’anba Hadra à Assouan, site étudié par les archéologues allemands. (Photo : Ralph Bodenstein)

Restauration, conservation et coopération

Au nord, à Tell Al-Faraïne dans le gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, les Allemands travaillent en coopération avec les égyptologues français sur un site qui remonte à la préhistoire et l’Ancien Empire. « Le Delta a un besoin considérable de recherches archéologiques. Raison pour laquelle les établissements humains de cette partie de l’Egypte sont peu connus tout au long de l’histoire », souligne Dietrich Raue, tout en assurant que Bouto est l’une des régions importantes de l’époque préhistorique au nord comme Abydos au sud de l’Egypte. Selon lui, les experts de l’Institut allemand d’archéologie s’intéressent à toute l’histoire égyptienne, y compris les périodes qui ont suivi l’époque de l’Egypte Ancienne.

Ainsi, il existe des missions allemandes qui s’intéressent aux monuments coptes, à l’instar du monastère d’anba Hadra à Assouan. Il s’agit d’une mission de conservation du site. « Ce monastère, excellemment préservé, était aussi une importante station pour les passagers, comme les pèlerins nubiens et les soufis d’origine syrienne et iraqienne qui ont laissé leurs inscriptions sur les murs du monastère », souligne Dietrich Raue. Et ce, sans oublier les inscriptions chrétiennes qui indiquent la fonction du monastère. Les Allemands fouillent également au monastère d’Al-Bakhit, situé au sommet d’un mont à Draa Aboul-Naga, région connue par ses sites qui remontent aux époques de l’Egypte Ancienne. Il y a aussi un projet allemand qui s’occupe de l’architecture ottomane islamique des XVIe et XVIIe siècles au Caire.

L’Institut allemand d’archéologie accorde également une importance particulière à l’industrie archéologique. Il présente ainsi au grand public, aux étudiants et aux spécialistes beaucoup de services dans son siège à Zamalek, comme la bibliothèque qui renferme des références archéologiques de différentes époques historiques et les rapports de voyagistes de toutes les nationalités. L’institut offre de même en ligne des publications de restauration et de conservation. En effet, tous les projets de la Haute-Egypte sont soumis à des travaux de restauration, de conservation et de réaménagement, alors que ceux du Delta exigent de les couvrir pour les protéger, après la fin de la saison de fouille. L’institut établit aussi des collaborations de formation avec la faculté des antiquités des Universités du Caire, de Aïn-Chams, de Hélouan et de Mansoura. Il coopère également dans le domaine muséologique.

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