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Al-Sayéda Nafissa réouverte au public

Nasma Réda , Dimanche, 27 août 2023

Après sa restauration, la mosquée cairote d’Al-Sayéda Nafissa a été ouverte à la visite. Sa rénovation fait l’objet d’un vif débat parmi les spécialistes de l’art islamique.

Al-Sayéda Nafissa réouverte au public

Située sur la place qui porte son nom tout près du Vieux Caire, la mosquée d’Al-Sayéda Nafissa a ouvert ses portes aux fidèles après sa restauration. La mosquée a fait l’objet d’un grand projet de restauration et de rénovation. Cette mosquée, qui fait partie du Caire historique, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, reçoit des fidèles des quatre coins du monde qui viennent prendre la bénédiction d’Al-Sayéda Nafissa, descendante du prophète Mohamad. « C’est l’une des mosquées les plus célèbres d’Ahl Al-Beit (la famille du prophète Mohamad). Elle reçoit la visite d’un grand nombre de personnes chaque jour », a déclaré le ministre des Waqfs, Mohamad Mokhtar Gomaa, saluant le souci de l’Etat de restaurer les mosquées historiques comme celles d’Al-Hussein, de Amr Ibn Al-Ass et d’Al-Sayéda Nafissa.

En effet, la mosquée d’Al-Sayéda Nafissa, ainsi que la place et les rues qui l’entourent ont fait l’objet, pendant près d’un an, d’un projet de réhabilitation financé par la communauté indienne des Bahara. Mais ce projet suscite un débat parmi les spécialistes de l’art islamique, certains affirmant que la mosquée a perdu son caractère historique. C’est ce que dit Tariq Al Murri, urbaniste et expert en restauration des bâtiments historiques. « On a malheureusement déformé et détruit tout ce qui est historique au sein de cette mosquée », affirme Al Murri qui a écrit sur sa page Facebook que les travaux de restauration des mosquées d’Al-Hussein et d’Al-Sayéda Nafissa sont « un gaspillage de leur valeur historique ». « On a éliminé les éléments architecturaux importants qui témoignaient de l’évolution de l’édifice pendant des siècles », indique-t-il. Et d’ajouter que la restauration d’un édifice historique doit suivre les normes mondiales. Selon lui, la maqsoura (tribune) entourant le mausolée d’Al-Sayéda Nafissa a été démontée et transférée à la mosquée d’Ibn Attallah Al-Sakandari pendant les travaux de rénovation. En outre, le mihrab en bois avait été déplacé par le comité de préservation du patrimoine au début du XIXe siècle et il est exposé au Musée d’art islamique du Caire. Selon Al Murri, tout ceci a porté atteinte au caractère historique de la mosquée. Même son de cloche pour Omniya Abdel-Bar, experte d’art islamique. Elle pense que la rénovation des sites historiques islamiques doit cesser. « Seuls les travaux effectués à la mosquée d’Al-Imam Al-Chaféï, inaugurée il y a un an et demi, ont été faits dans les règles », affirme-t-elle. Quant à Tamer Al-Menchawi, étudiant en archéologie islamique et fidèle d’Al-Sayéda Nafissa, il explique que « la restauration des sites archéologiques doit avoir pour but de les ramener à leur état d’origine. Or, ce qui s’est passé est complètement différent car les anciens éléments ont été cachés sous le nouveau marbre. De même, la peinture a déformé ce joyau de l’art islamique ».

Au ministère du Tourisme et des Antiquités, on affirme que la mosquée d’Al-Sayéda Nafissa, bien qu’inscrite sur la liste de l’Unesco, ne figure pas sur la liste du patrimoine national. « Nous ne pouvons pas intervenir et empêcher sa restauration », explique un responsable du Conseil suprême des antiquités qui a requis l’anonymat. Il ajoute qu’étant donné son importance historique, cette mosquée a été classée parmi les monuments relevant de l’Organisme d’harmonisation urbaine. Ce dernier n’a d’ailleurs pas réagi aux critiques sur la restauration de la mosquée.

La restauration de la mosquée d’Al-Sayéda Nafissa s’inscrit dans le cadre d’un grand projet de restauration des mosquées d’Ahl Al-Beit au Caire. L’objectif est de créer un itinéraire de visite touristique qui commence à la mosquée de Zein Al-Abidine et qui passe par celles d’Al-Sayéda Zeinab (en cours de restauration), d’Al-Sayéda Roqaya et d’Al-Sayéda Nafissa. La prochaine étape de ce projet sera la restauration de la mosquée d’Al-Sayéda Zeinab, également financée par la communauté indienne des Bahara.

Kamal Ibrahim, superviseur du projet de réaménagement de la mosquée d’Al-Sayéda Nafissa, rétorque aux critiques : « Dans la partie historique de la mosquée, nous avons pris soin de ne pas toucher aux éléments architecturaux. Nous avons dû travailler sur l’infrastructure et nous avons renforcé les murs et isolé le sol », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Dans la partie moderne (extension de la mosquée), nous avons recouvert les murs de marbre avec des inscriptions islamiques, mais cela ne nuit en rien au caractère historique de la mosquée ».

Le système d’éclairage de la mosquée a été rénové et la façade a été repeinte. « Nous avons travaillé selon un plan déterminé en conservant le style architectural de l’ancien et en unifiant le reste », affirme Ibrahim.

Selon Jacqueline Samir, directrice adjointe du département de restauration des antiquités et superviseure de la restauration des mosquées d’Ahl Al-Beit auprès de l’entreprise Arab Contractors, les travaux ont consisté à restaurer le dôme, le mausolée, le chemin de visite, la peinture murale et les toilettes. Il était question également de fluidifier le trafic sur la place et dans les rues entourant la mosquée. « Les travaux ont coûté plus de 52 millions de L.E., financés par les responsables de la communauté chiite indienne des Bahara. Ils comprenaient trois étapes sous la supervision du ministère des Waqfs et du gouvernorat du Caire », explique Samir. Et de conclure : « Nous avons conservé le caractère antique de la mosquée tout en la modernisant. Avant les travaux, une documentation détaillée avait eu lieu sur la mosquée et des études approfondies ont été faites sur les éléments architecturaux ».

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