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L’Egypte veut développer l’éolien

Amani Gamal El Din , Jeudi, 24 août 2023

Les plans du gouvernement égyptien pour le développement de l’énergie éolienne visent à attirer les investissements étrangers directs. Focus.

L’Egypte veut développer l’éolien
Les primes offertes par le gouvernement sont considérables et attirantes pour les investisseurs.

L’Egypte se prépare à devenir le plus grand producteur d’énergie éolienne d’ici 2030. Elle devrait être suivie du Maroc et de l’Algérie, a estimé le Centre des informations et du soutien de la prise de décision, relevant du Conseil des ministres. Selon la même source, les énergies produites à partir du vent constituent 7,5 % du total de l’électricité en 2022 et représenteraient 21 % du total de l’électricité produite par le monde, si celui-ci respecte les objectifs des émissions zéro carbone. Selon l›Organisme égyptien des énergies renouvelables, la production totale d’électricité à partir des énergies renouvelables en Egypte, au cours de l’année écoulée, a atteint 25,59 milliers de GW contre 23,97 milliers de GW en 2021. En première position vient l’énergie hydrique, suivie de l›éolienne, qui a atteint une capacité de production de 6,1 milliers de GW en 2022 contre 5,39 milliers de GW en 2021. Il existe 3 principales stations éoliennes qui sont opérationnelles, produisant au total 1 375 mégawatts : Al-Zaafarana (545 mégawatts), Gabal Al-Zeit (580 mégawatts) et la station privée du golfe de Suez qui produit 250 mégawatts.

L’Egypte est l’un des pays précurseurs dans l’installation de parcs éoliens. « Les énergies renouvelables existent en Egypte depuis le début du troisième millénaire. Et ce, grâce aux zones qui, selon le plan étatique, devraient être urbanisées ou faire l’objet de développement comme les zones côtières de la mer Rouge, Zaafarana, Gabal Al-Zeit et toute la côte de Suez, grâce à la nature géographique de la région et la vitesse des vents. Ainsi, nous voyons que toute la production des énergies éoliennes provient de cette région. Ces stations éoliennes approvisionnent toute la région en électricité. Les moulins à vent fonctionnent pratiquement tout le temps hors réseaux. Ces centrales éoliennes sont plus faciles à installer et ne se trouvaient pas obligées d’être connectées au réseau principal d’électricité traditionnelle », explique Mohamed Shadi, macro-analyste au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques.

Le Conseil mondial de l’énergie éolienne (Global Wind Energy Council, GWEC) a effectué des modèles quantitatifs envisageant 2 scénarios sur la production de l’énergie éolienne en Egypte à l’avenir. Le premier suggère le maintien des politiques énergétiques actuelles, ce qui veut dire projeter une capacité de production atteignant 2,6 gigawatts entre 2023 et 2027. Le deuxième scénario est celui d’une croissance accélérée, basé sur la l’accroissement des projets et la liquidation des obstacles et prévoyant une production totale frôlant les 4 gigawatts d’ici 2027.

Opportunités économiques

Selon Mohamed Shadi, tout porte à croire que les politiques publiques égyptiennes optent pour le second scénario. Pour preuve, il cite la vente prévue en octobre de certains actifs de la centrale éolienne de Gabal Al-Zeit, tel qu’annoncé par Hala Al-Saïd, ministre de la Planification et du Développement économique, lors d›une conférence de presse avec le premier ministre, Moustapha Madbouli, en juillet dernier au cours de laquelle elle avait révélé les grandes lignes du programme de vente des actifs publics. « Le gouvernement a reçu des offres non contraignantes pour le parc éolien de Gabal Al-Zeit et l’offre gagnante sera annoncée en octobre prochain. Le projet permettra d’obtenir plus de 300 millions de dollars », avait prédit la ministre.

D’après Shadi, le gouvernement veut vendre rapidement certains actifs de Gabal Al-Zeit pour donner libre cours aux Investissements Etrangers Directs (IED), parce que la production d’hydrogène vert est associée aux parcs éoliens. « Plusieurs entreprises ont présenté des offres pour produire l’hydrogène vert dans la région. Et cela nécessite de grandes quantités d’énergies renouvelables. Pour ne pas faire obstacle à un IED, il faut lui procurer rapidement des sources d’énergie. Le gouvernement s’est mis d’accord pour que les investisseurs acquièrent des actions dans ces stations éoliennes afin de précipiter la croissance économique », analyse l’économiste.

Les parcs éoliens ont attiré des IED dans le cadre de partenariats. Le premier, selon les sources gouvernementales, est avec une compagnie norvégienne, Scatec, productrice d’énergies renouvelables, pour installer une station éolienne à l’ouest de Sohag (sud) d’une capacité de production de 5 gigawatts et d’un coût d’investissement de 5 milliards de dollars. Le projet prévoit la création d’environ 8 000 emplois pendant la période de construction et environ 300 emplois permanents. Le deuxième, toujours dans l’ouest de Sohag, est d’un montant de 10 milliards de dollars et d’une capacité de 10 gigawatts. Le projet, qui sera l’un des plus importants parcs éoliens en Afrique, sera effectué par un consortium dirigé par la compagnie émiratie Masdar avec Infinity Power et Hassan Allam pour les infrastructures. Un troisième projet sera mené par le géant saoudien des énergies renouvelables Aqua Power en dehors de la ville de Sohag, d’une capacité de 10 gigawatts et d’un montant de 6,5 milliards de dollars. Il devrait créer plus de 120 000 emplois directs et indirects tout au long de ses différentes phases.

Shadi explique que les primes offertes par le gouvernement sont considérables et attirantes pour les investisseurs, notamment des facilités dans les crédits sur les terres et l’exonération des frais des infrastructures jusqu’à ce que les parcs soient opérationnels. Il s’agit d’un marché qui se distingue par une offre excédentaire et « l’Etat sera gagnant s’il arrive à conclure des accords d’achat unifiés à long terme de l’électricité générée », conclut l’expert.

 Au service du développement économique

Un nouveau rapport du Conseil mondial de l’énergie éolienne (Global Wind Energy Council, GWEC) souligne l’énorme potentiel de cette source d’énergie renouvelable et propre. En 5 ans seulement, 5 pays en développement pourraient ajouter 3,5 GW de capacité, d’une valeur de 12,5 milliards de dollars, pour leurs économies et 130 000 emplois créés. Ces cinq pays sont par ordre l’Argentine, la Colombie, l’Egypte, l’Indonésie et le Maroc.

Ben Backwell, PDG du GWEC, a déclaré que la transition énergétique est une opportunité pour les pays du monde entier de développer leurs économies sur fond d’énergie propre et d’emplois verts. Le rapport explique comment les politiques publiques claires, le développement des infrastructures et la rationalisation des permis et des règles de travail libéreront le potentiel des investissements en énergie renouvelable des cinq pays.

Le rapport a mis l’accent sur le rôle des politiques publiques proactives. Une meilleure coordination avec l’industrie et les investisseurs peut accélérer le déploiement de l’énergie éolienne et renouvelable. Le résultat sera de nouveaux emplois, de nouvelles industries manufacturières de pointe et une croissance accélérée.

Le rapport a mis en lumière l’impact de l’accélération du déploiement de l’éolien dans les 5 pays. Quelques exemples : l’Argentine pourrait créer 64 000 emplois supplémentaires. Un potentiel de hausse de 45 % pour l’économie et une augmentation de 31 % des installations éoliennes entre 2023 et 2027. La Colombie pourrait augmenter ses installations éoliennes de 44 % et créer 150 000 emplois à plein temps et une valeur ajoutée brute de 3 milliards de dollars à l’économie, soit une augmentation de 65 %. Pour l’Egypte, l’approche accélérée pourrait fournir 45 % d’installations éoliennes supplémentaires, avec 164 000 emplois à temps plein et potentiellement plus de 2 milliards de dollars pour l’économie. L’Indonésie pourrait, pour sa part, générer 115 mégawatts en plus de 50 % d’emplois supplémentaires. Enfin, le Maroc pourrait augmenter sa capacité éolienne de 638 mégawatts, ce qui se traduira par 75 000 emplois additionnels et un milliard de dollars de valeur ajoutée à l’économie.

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