Lundi, 22 juillet 2024
Dossier > Système énergétique propre >

Mohamed Al-Khayyat : La diversité des investissements reflètel’attractivité du marché égyptien

Ola Hamdi , Jeudi, 24 août 2023

Dr Mohamed Al-Khayyat, président de l’Autorité des énergies nouvelles et renouvelables,explique les enjeux et atouts de la transition de l’Egypte vers l’énergie propre.

Mohamed Al-Khayyat

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte vient d’annoncer une nouvelle mise à jour de sa Stratégie énergétique durable intégrée 2035. Quel est l’objectif de cette démarche ?

Dr Mohamed Al-Khayyat : L’Egypte regorge d’une grande richesse en ressources naturelles qui lui permettra d’atteindre l’objectif d’augmenter à 42 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, en ajoutant des capacités d’environ 60 000 mégawatts (40 000 mégawatts d’énergie solaire en plus de 20 000 mégawatts d’énergie éolienne). La Stratégie énergétique durable est effectivement mise en oeuvre en coordination entre le ministère de l’Environnement et celui de l’Electricité et des Energies renouvelables. La stratégie est actuellement mise à jour par un bureau de consultation international dans le but d’augmenter la contribution des énergies renouvelables à plus de 50 % grâce à la mise en oeuvre de projets d’énergie renouvelable en coopération avec le secteur privé.

— Pourquoi la décision de l’actualisation de la stratégie énergétique a-t-elle été prise maintenant ?

— L’actualisation vise en premier lieu à suivre le rythme des changements mondiaux en matière de technologie des énergies renouvelables. En effet, la Stratégie énergétique durable se caractérise par une grande flexibilité. Les technologies et les futures capacités ciblées sont révisées périodiquement. Par exemple, il y a environ 12 ans, les cellules solaires n’existaient pas sur la carte du monde de l’énergie en tant que source d’énergies compétitives. Aujourd’hui, elles figurent parmi les sources de production d’électricité les moins chères. L’Egypte suit également le rythme de l’évolution des politiques pour la mise en oeuvre de projets d’énergie renouvelable, les nouveaux modes d’investissement, ainsi que les nouveaux usages des énergies renouvelables, notamment dans les projets liés à l’hydrogène vert et au dessalement de l’eau. Ce qui nous permet d’explorer de nouveaux domaines prometteurs.

— Quel est le plan de l’Autorité des énergies nouvelles et renouvelables pour accélérer la transition énergétique de l’Egypte ?

— L’Autorité oeuvre à la réalisation d’une stratégie ciblée en matière d’énergies renouvelables à travers la mise en oeuvre de projets d’énergies renouvelables en coopération avec le secteur privé. La stratégie de l’Autorité vise également le renforcement des capacités, la formation du personnel et l’amélioration de leur compétence dans divers domaines, dont la gestion de projets, la prévision des risques et la gestion de crises, ainsi que la localisation de l’énergie propre, l’archivage électronique des documents et l’intégration de l’énergie solaire dans les nouveaux schémas et programmeurs existants. L’Autorité vise également à mettre en place un système d’information pour suivre les services qu’elle fournit, par le biais d’une plateforme interactive pour les petits et moyens systèmes de cellules solaires, outre le développement de l’infrastructure d’information, en coopération avec le ministère des Télécommunications et de la Technologie de l’information. L’Autorité agit en tant que facilitateur du marché, car elle est l’entité responsable du développement de projets d’énergies renouvelables à travers des projets qui sont mis en oeuvre avec des gouvernements amis tels que le parc éolien de Zaafarana, le parc de Gabal Al-Zeit et les projets du golfe de Suez, en plus de la coordination avec le secteur privé comme Masdar des Emirats arabes unis, ACWA Power d’Arabie saoudite et la société norvégienne Scatec. En effet, le total de la production des énergies renouvelables en Egypte s’élève à plus de 6 000 mégawatts, dont 50 % proviennent de l’énergie hydrique et l’autre moitié est répartie entre l’énergie solaire et éolienne.

— Concernant l’augmentation de la production, quels sont les efforts déployés par l’Etat pour augmenter la superficie des terres pour les projets d’énergies renouvelables ?

— Les zones où sont implantés les projets d’énergies renouvelables sont choisies selon des études bien précises. L’Atlas du Soleil d’Egypte comprend des lectures comptées au fil des années pour toutes les régions les plus radieuses de la République. Alors que l’Atlas éolien comprend des relevés enregistrés depuis une vingtaine d’années. Ceux-ci présentent des informations aux investisseurs et constituent une référence pour les décideurs quant à la faisabilité des projets d’énergies renouvelables solaire ou éolienne. En outre, le cadre législatif régissant les énergies renouvelables est très encourageant pour créer un environnement propice pour la promotion des investissements. Autre mesure importante : le président Abdel-Fattah Al-Sissi a donné ses directives d’allouer des zones supplémentaires aux énergies renouvelables. A l’heure actuelle, des projets d’énergies renouvelables s’étendent sur une superficie d’environ 5 200 km2. Des superficies supplémentaires ont été allouées à des projets d’énergies renouvelables dans les gouvernorats d’Assouan, de Sohag et de Marsa Matrouh, qui porteront la superficie totale allouée à ces projets à plus de 31 000 km2. Ce qui reflète l’importance d’optimiser l’utilisation de toutes les ressources naturelles pour produire de l’énergie renouvelable et d’assurer sa durabilité et sa disponibilité pour les générations futures.

— Existe-t-il un plan de développement des réseaux pour pouvoir absorber les augmentations attendues ?

— Oui, bien sûr, l’expansion de l’infrastructure des énergies renouvelables dont l’Egypte a été témoin au cours de la période écoulée a conduit à la construction d’un modèle avancé de politiques et de cadres juridiques favorables aux énergies renouvelables, ce qui a eu une incidence positive sur le secteur des énergies renouvelables qui est devenu une priorité absolue pour l’Etat. Lors de la Conférence sur le climat COP27, l’Egypte a réussi à obtenir des subventions et un financement de 500 millions d’euros pour développer le réseau afin d’absorber 10 gigawatts supplémentaires d’énergies renouvelables.

— Justement, lors de la COP27, l’Egypte a signé de nombreux projets et accords dans le secteur de l’énergie propre. Qu’estce qui a été réalisé jusqu’à maintenant ?

— La COP27 a vu la signature de plusieurs accords et protocoles d’accord pour mettre en place des projets de production d’énergies renouvelables à partir du vent et du soleil. Outre la mise en place d’usines de production d’hydrogène vert d’une capacité de 28 000 mégawatts, dont 10 000 mégawatts par l’émirati Masdar Alliance, Infinity Power et Hassan Allam Holding, ainsi que la société norvégienne Scatec. A cela s’ajoutent les investissements du saoudien ACWA Power et le consortium Orascom, d’une capacité de 3 000 mégawatts. En effet, la grande diversité des investissements dans le domaine des énergies renouvelables reflète l’attractivité du marché égyptien et la capacité du pays à attirer les investissements étrangers directs, ainsi que sa volonté d’accroître davantage le recours aux énergies renouvelables au cours de la période à venir. D’ailleurs, l’augmentation des nouvelles capacités énergétiques de l’Egypte aura un impact positif sur la réduction de ses émissions de carbone, ainsi que de sa dépendance aux combustibles fossiles. Les capacités installées des centrales solaires s’élèvent à environ 1 808 mégawatts, dont 246 mégawatts générés par les projets du secteur public et 1 562 mégawatts par le secteur privé. Il existe également des projets en construction d’une capacité d’environ 500 mégawatts, dont la mise en oeuvre sera entièrement assurée par le secteur privé.

— Le ministère de la Planification vient d’annoncer une augmentation du taux d’investissement dans les projets verts. Quelles sont les incitations que le gouvernement offre pour promouvoir les investissements dans ce domaine ?

— Le secteur privé a un rôle majeur à jouer dans le cadre d’accroître sa participation aux projets d’énergies renouvelables. L’exemple le plus impressionnant est celui du parc solaire de Benban qui est une centrale photovoltaïque d’une capacité totale de 1 465 mégawatts, avec des investissements étrangers directs de plus de 2 milliards de dollars. Le parc a remporté 3 prix internationaux. Ce qui confirme que nous sommes sur la bonne voie pour fournir un produit fiable qui offre des opportunités d’investissement durables et d’emplois verts. Le volume total des investissements dans les projets gouvernementaux mis en place par le système « clé en main » — de technologie de production d’électricité par l’énergie solaire et celle éolienne — a dépassé environ 1,5 milliard de dollars. Tandis que le volume des investissements du secteur privé dans des projets établis dans le cadre du système de « construction-possession-exploitation » s’est élevé à environ 3 milliards de dollars. En outre, 23 mémorandums d’entente ont été signés en 2022 avec nombre d’investisseurs pour la production d’énergie électrique « vent-soleil » nécessaire à la génération d’hydrogène vert, dont 9 sont en cours d’application.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique