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Tour d’horizon de l’art plastique égyptien

Lamiaa Alsadaty , Vendredi, 18 août 2023

Pour la 22e année consécutive, Zamalek Art Gallery (ZAG) présente « Masterpieces XXII ». Une exposition d’été collective qui réunit diverses générations et invite à une réflexion sur l’état de l’art égyptien contemporain.

Tour d’horizon de l’art plastique égyptien
La ville d’Athènes vue par Farghali Abdel Hafiz.

Les oeuvres de 21 artistes, peintres et sculpteurs, appartenant à des générations et à des tendances différentes, sont exposées à Zamalek Art Gallery (ZAG). Impossible de ne pas se poser tant de questions sur l’état des lieux de l’art contemporain égyptien.

Des artistes de renom qui ont toujours exposé à la galerie depuis sa fondation, tels Gazbia Sirry, Abdel Rahman El Nashar, Farghali Abdel Hafiz, Zeinab Al Séguiny, Mostapha Abdel Moati et Rabab Nemr, côtoient d’autres plus jeunes tels Neamat Al-Diwani, Ayman Saadawy, Adel Moustafa, Mohamed El Fayoumi et Yasmine El Hazek.

Adel Moustafa dépeint à travers son oeuvre une scène d’Alexandrie, sa ville natale : les pêcheurs au bord de la plage, une famille nombreuse, deux amoureux, des amies … Un moment de détente et d’espoir contre toute attente après des périodes d’anxiété et d’isolement.


Mostapha Abdel Moati, trait d’union entre peinture et sculpture.

L’artiste n’a jamais abandonné ses couleurs vives tout au long de son parcours artistique. Cela devient évident à travers les vêtements brillamment ornés de fleurs rouges et fuchsia, et la mer où se marient les couleurs dorées, argentées, avec les nuances de vert et bleu.

Par ailleurs, la ville est représentée autrement, dans cette même exposition, par Farghali Abdel Hafiz. Pour dépeindre une scène de la ville d’Athènes, le grand artiste, qui vient de nous quitter il y a quelques mois, a eu recours à sa mémoire visuelle et à sa vaste culture, afin de nous révéler une ville sous forme de couches où les trois couleurs bleue, blanche et sableuse portent l’identité grecque. Cette dernière est complétée par d’autres éléments : un temple, un soldat grec, etc. Un réductionnisme époustouflant qui réinvente l’endroit.

A quelques pas, Neamat Al-Diwani est identifiable dans sa peinture ; elle y est présente comme d’habitude sous la forme d’une fleur de magnolia. Pour elle, c’est un symbole d’auto-libération des contraintes matérielles. Donc toujours dans ses peintures, la fleur est portée par des personnages en couronnes ou à la main. Cette fois-ci, elle entoure le cou d’une figure dont la féminité n’est soulignée qu’à travers une robe rose peinte sur un fond orange, accentuant le désir d’émancipation. Un oiseau de couleur bleue en face du personnage établit un équilibre chromatique et donne à l’oeuvre un sentiment d’innocence et de pureté qui rappellent les oeuvres de la grande Zeinab El Séguiny.

L’univers féminin et enfantin de cette dernière s’impose avec son oeuvre où sont dépeintes deux femmes vêtues de robes blanches, en toute simplicité, sur un arrière-plan de couleurs sableuses. Toutefois, une grande sensualité se dégage de ces voluptueuses silhouettes de femmes ayant les cheveux ondulés et les lèvres généreuses … Impossible de perdre de vue l’univers d’El Séguiny !


Adel Mostafa, des couleurs vives pour décrire des moments de détente.

La sculpture est présente de manière intéressante. Yasmine El Hazek entreprend un jeu avec le spectateur : ses figures en 2 dimensions faites en fils et bronze, sous l’effet des lumières, deviennent en 3 dimensions grâce à leurs ombres qui ajoutent de la profondeur à l’oeuvre. El Hazek a développé un vif intérêt pour les gens, qu’elle représentait avec un sens de l’observation astucieux et un mélange d’humour, de satire et d’empathie. Une certaine fantaisie ne cesse de se dégager de son oeuvre.

Les oeuvres de Mostapha Abdel Moati, très ouvert à la technologie et attaché à la civilisation égyptienne, ne manquent pas de formes géométriques et de dimensions architecturales. Il participe à l’exposition avec une peinture et une oeuvre sculpturale. Celle-ci semble être inspirée de l’idée de la peinture dans le vide, de l’imaginaire intangible à la réalité tangible.

Sculptures aux multiples facettes

Aux côtés de Mostapha Abdel Moati qui constitue un trait d’union entre peinture et sculpture, une génération de sculpteurs, plus jeunes, a réussi à s’affirmer, tout en sa propre identité.

Nathan Doss expose à travers sa sculpture en bronze son univers poétique. Un homme au corps allongé et une petite tête est assis sur une chaise, en ayant une cigarette à la main et en s’appuyant sur des fascicules de papiers ; à l’autre main, il tient un journal … le souci des détails qui caractérise l’oeuvre de Doss lui octroie un esthétisme particulier : les muscles ont plutôt une forme aiguë, sans courbes, sans exagération. Et les lignes sont plutôt des supports qui concrétisent le rapport du corps à l’espace. Le message communiqué est celui d’un homme accablé sous le poids des nouvelles …


Nathan Doss, le souci des détails soignés.

L’esthétisme de l’oeuvre d’Ayman Saadawy provient de cette capacité d’intensifier et de lier mouvement et expression. L’observation de la sculpture en bronze de Saadawy, représentant une paysanne égyptienne sur la poupe d’un bateau, transporte les visiteurs de l’exposition dans un monde très égyptien jusqu’aux moindres détails. Authentique, sa sculpture est munie d’un aérodynamisme, soulignant une excellente conscience des proportions et des échelles.

En effet, une lecture rapide des oeuvres que proposent les différentes générations dans cette exposition permet de détecter une autodéfinition des nouvelles générations qui ne s’écartent pas toutefois des cadres des grands. Une volonté sincère est ressentie dans la construction de nouveaux rapports entre les générations.

Jusqu’au 10 septembre, de 11h à 20h (sauf le vendredi), à la galerie Zamalek. 10, rue Brésil, Zamalek

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