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Les atouts de l’Egypte

Nada Al-Hagrassy , Jeudi, 17 août 2023

L’Egypte possède plusieurs atouts pour rejoindre les BRICS. Devenir membre de ce groupe offrirait au pays l’opportunité de diversifier son économie et de renforcer ses liens commerciaux avec les pays membres. Décryptage.

Les atouts de l’Egypte
Le 23 janvier 2023, le Conseil des députés a approuvé le décret 628 du président de la République relatif à l’accord d’adhésion de l’Egypte à la Nouvelle Banque de Développement (NBD) des BRICS. Créée par cinq pays : la Russie, la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, celle-ci a été conçue en tant qu’alternative à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. Elle favorise une plus grande coopération financière entre les économies émergentes.

L’Egypte est le quatrième pays à adhérer à la NBD en décembre 2021. Elle a été précédée, en septembre 2021, par le Bangladesh, les Emirats arabes unis et l’Uruguay, après la décision de la NBD, créée en 2014, d’étendre sa portée mondiale. D’ailleurs, l’Egypte a obtenu l’approbation des Etats membres, après de longues négociations, pour déterminer le montant de sa contribution au capital de la banque et les conditions qui s’y rapportent. La direction de la banque a fixé le montant de la contribution égyptienne à 1,196 milliard de dollars. 20 % de cette somme, soit 239,2 millions de dollars, seront payés sur une durée de 7 ans. Cette contribution est la plus élevée d’un pays non fondateur de la banque. Elle donne à l’Egypte 2,1 % des droits de vote au sein de la NBD des BRICS.

Relations économiques

L’Egypte est l’un des pays ayant affiché leur volonté de rejoindre le groupe des BRICS. « Devenir membre d’un bloc économique qui représente environ 40 % de la population mondiale et plus de 15 % du PIB mondial peut être un vrai atout pour l’Egypte qui importe ses besoins essentiels en céréales, en équipements industriels et même en technologie des pays membres des BRICS. Son adhésion à ce groupe lui permettra de couvrir ses besoins vitaux directement auprès des pays producteurs et à des prix raisonnables », explique l’expert économique Ali Al-Idrissi, professeur d’économie à l’Académie maritime. Et d’ajouter : « L’Egypte profitera aussi des différents domaines d’activités financés par la NBD, comme le soutien au développement durable et le renforcement de la coopération et de l’intégration régionales ». Même avant son adhésion officielle, l’Egypte maintenait de très bonnes relations commerciales avec le groupe des BRICS. Le Caire exportait aux pays membres des BRICS du cuir, des meubles, des produits agricoles, notamment le coton brut, et des engrais azotés. Le volume des échanges commerciaux entre l’Egypte et les pays membres du groupe s’élevait à environ 20 milliards de dollars en 2016 (la Chine à elle seule représente 11 milliards de dollars). Le volume des échanges bilatéraux s’élevait en 2020 à 46 milliards de dollars. Mais les relations entre les deux parties ne se limitent pas au commerce. Les investissements des pays membres des BRICS ont commencé à affluer ces dernières années, portant à 2 318 le nombre d’entreprises établies par ces pays en Egypte (soit des investissements de 2 milliards de dollars) et ce, dans plusieurs secteurs vitaux de l’économie comme l’industrie, les services, les constructions, les télécommunications et la technologie.

Intérêts réciproques

L’Egypte peut profiter de son adhésion aux BRICS pour diversifier son économie et renforcer ses relations commerciales avec les pays membres. En effet, l’économie mondiale a connu ces dernières années plusieurs crises : la crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19 et, enfin, les répercussions du conflit en Ukraine. Ces crises successives ont poussé les pays à chercher un refuge financier stable loin du puissant billet vert. Le 2 juin 2023, les ministres des Affaires étrangères des pays membres des BRICS, réunis en Afrique du Sud, ont déclaré qu’ils souhaitaient créer une monnaie qui remplacerait le dollar en tant qu’unité de transaction du commerce international. Une bonne nouvelle pour l’Egypte qui cherche à réduire la pression sur les devises étrangères, notamment le dollar.

En janvier dernier, la Banque Centrale de Russie a décidé d’introduire la livre égyptienne dans son panier de devises étrangères. Une décision qui devrait accroître les échanges commerciaux entre les deux pays. Selon Nourhane Al-Cheikh, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire, l’Egypte est l’un des pays les plus éligibles à devenir membre des BRICS, étant donné son importance géostratégique. « On sait que la Russie et la Chine cherchent à augmenter le volume de leurs échanges commerciaux et leurs investissements avec l’Afrique. Cette orientation est beaucoup plus facile à travers l’Egypte, considérée comme le portail du continent noir », explique Nourhane Al-Cheikh. Avis partagé par Ali Al-Idrissi qui souligne que « outre ses investissements dans la zone de l’Est du Canal de Suez, la Russie n’a pas d’autres investissements significatifs hors de ses frontières. L’Egypte, avec sa position géographique au carrefour de trois continents, peut contribuer au développement du commerce entre le groupe des BRICS et le reste du monde ».

 Les BRICS représentent

42 % de la population mondiale, soit 3,2 milliards d’habitants.

19 % du commerce mondial.

33,3 % des produits manufacturés dans le monde.

27 % de la superficie du globe, soit 39,7 millions de km2.

50 % des produits agricoles.

31,5 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial en 2023 contre 30,7 % pour le G7.

15 % des droits de vote à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international.

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