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Chez les voisins, des menaces économiques à l’horizon

Amira Samir , Mercredi, 19 juillet 2023

L’instabilité persistante au Soudan pose de nombreux défis économiques aux pays voisins. Explications

Chez les voisins, des menaces économiques à l’horizon

Alors que les pays africains cherchent à se remettre des effets de la pandémie et de la guerre en Ukraine, le conflit au Soudan qui fait rage depuis presque 4 mois impose de nombreux défis aux 7 pays voisins qui partagent des frontières de plus de 8 000 km avec le Soudan, à savoir l’Egypte, la République centrafricaine, la Libye, le Tchad, le Soudan du Sud, l’Ethiopie et l’Erythrée. Le Soudan, 3e plus grand pays d’Afrique par sa superficie, est situé au carrefour entre différentes régions : l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est, l’Afrique centrale et la Corne de l’Afrique. Selon beaucoup d’observateurs, au cas où le conflit se transformerait en une guerre prolongée, des conséquences potentielles énormes sont envisagées : instabilité sécuritaire et commerciale, ralentissement de la croissance économique, flux de réfugiés et de trafic illicite. « Le Soudan exporte de nombreux produits de base. Les principales exportations du Soudan sont l’or, le carburant, les animaux vivants, en plus de la viande congelée », explique Jehan Abdel-Salam Abbas, professeur d’économie à la faculté des hautes études africaines de l’Université du Caire, avant d’ajouter : « La crise soudanaise a causé la perturbation des échanges commerciaux avec le Soudan et ses pays voisins qui sont économiquement liés ».

Exportations soudanaises en chute

Selon les données de la Banque Centrale du Soudan, les exportations soudanaises ont diminué de plus de 85 % au cours des trois derniers mois. En effet, le Soudan du Sud et l’Afrique centrale importent 70 % de leur besoin en produits alimentaires du Soudan. Pour l’Egypte, le Soudan est également la porte d’entrée des exportations égyptiennes vers les marchés des pays du bassin du Nil. En outre, le marché égyptien dépend du Soudan pour couvrir environ 35 % de ses besoins en sésame, légumineuses et plusieurs produits agricoles. Le volume des exportations soudanaises de viande rouge vivante vers l’Egypte est estimé à environ 200 000 têtes par an, en plus de 4 000 tonnes de viande abattue.

L’activité des investissements et les projets communs entre les deux pays seront aussi affectés, car l’Egypte a de nombreux investissements au Soudan dont le volume est estimé à environ 2,7 milliards de dollars, avec environ 273 projets dans les domaines de commerce, ciment, plastique, marbre, médicaments, cosmétiques, meubles, fer et industries alimentaires, et environ 90 projets de services.

Quant au Soudan du Sud, si le conflit s’intensifie, les infrastructures pétrolières reliant le pays à Khartoum risquent d’être ciblées. La guerre a perturbé les exportations de pétrole des opérateurs malaisiens, chinois et indiens au Soudan du Sud qui dépendent à 100 % de l’accès au marché mondial via le Soudan. 90 % de l’économie du Soudan du Sud se base sur le pétrole, qui est exporté via le port du Port-Soudan et représente 70 % de son PIB. « La crise soudanaise en cours devient une bombe à retardement régionale potentielle qui pourrait exploser à tout moment », explique Jehan Abdel-Salam.

Pays enclavés

En outre, le commerce via le Soudan dépend de son port principal, Port-Soudan. 90 % du commerce extérieur du Soudan passe par Port-Soudan qui représente une importante porte d’entrée maritime commerciale pour les pays voisins enclavés. Le Soudan est entouré d’un certain nombre de pays économiquement ou commercialement fermés. Ainsi, il constitue un point de passage pour le commerce de ces pays fermés avec le monde extérieur, en particulier le Tchad, le Soudan du Sud, l’Afrique centrale et l’Ethiopie. Ce port situé à environ 338,1 km de l’Arabie saoudite est un point de passage important pour des milliers de musulmans de l’ouest et d’autres régions d’Afrique qui se lancent dans le hadj et la omra vers La Mecque via le port islamique de Djeddah. En outre, la plupart des transporteurs aériens nigérians du hadj et de la omra transitent par l’espace aérien soudanais en route vers La Mecque. Un conflit violent au Soudan pourrait obliger ces transporteurs à rechercher des itinéraires alternatifs mais plus coûteux et plus longs, un processus qui pourrait empêcher de nombreux musulmans d’accomplir avec succès cet important rituel religieux.

L’impact économique immédiat du conflit a été aussi ressenti dans certains autres pays plus éloignés, en dehors du continent africain. Ces pays ont aujourd’hui tout intérêt à voir le calme retourner une autre fois au Soudan. Les principales exportations du Soudan vers ces pays sont l’or qui a rapporté un total de 2,85 milliards de dollars en 2021, les arachides (488 millions de dollars), le pétrole brut (385 millions de dollars) et les moutons et les chèvres (239 millions de dollars), qui ont été vendus principalement aux Emirats arabes unis, en Chine, en Arabie saoudite, en Inde et en Italie. Le Soudan et le Soudan du Sud ont exporté ensemble environ 132 000 barils de pétrole brut par jour en 2021. 45 % de ces exportations se dirigent vers les Emirats arabes unis. Le Soudan est également le premier exportateur mondial de gomme arabique, un ingrédient-clé pour de nombreuses industries alimentaires. Le conflit actuel pourrait faire dérailler ce commerce et créer des problèmes économiques pour le Soudan et ses partenaires commerciaux.

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