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Les impératifs de la reconstruction post-conflit

Racha Darwich , Samedi, 10 juin 2023

Le Caire a accueilli le deuxième atelier de la Révision de la politique de reconstruction et de développement post-conflit de l’Union africaine (RDPC), dont le but est de parvenir à une politique de reconstruction résiliente et adaptée aux nouveaux défis de l’Afrique.

Les impératifs de la reconstruction post-conflit

Le Caire a accueilli la semaine dernière les travaux du deuxième atelier de la Révision de la politique de reconstruction et de développement post-conflit de l’Union africaine (RDPC). Tenu du 30 mai au 1er juin, cet événement a été organisé par le ministère égyptien des Affaires étrangères (le département des organisations et regroupements africains), le Centre international du Caire pour la résolution des conflits, le maintien et la consolidation de la paix (CCCPA) en coopération avec le département des affaires politiques, de la paix et de la sécurité (PAPS) de la Commission de l’Union Africaine (CUA) et l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD). Les séances de l’atelier ont réuni des experts éminents, des parties régionales et internationales, des communautés et mécanismes économiques régionaux, des représentants des Nations-Unies, des institutions financières africaines et internationales, des groupes de réflexion et des organisations de la société civile. « La révision de la politique de l’UA pour la RDPC, qui remonte à 2006, se présente comme une nécessité. La nature des défis qui se posent à la reconstruction post-conflit a changé de manière radicale depuis cette date. Cette politique doit être compatible avec ces changements. En effet, la reconstruction et le développement post-conflit ne se font pas dans des circonstances naturelles, car il s’agit d’un processus de reconstruction d’Etats vu que dans de nombreux conflits, les institutions de l’Etat sont entièrement détruites », affirme dans son allocution inaugurale l’ambassadeur Ashraf Sweilam, ministre adjoint des Affaires étrangères et directeur du département des organisations et regroupements africains.

Avis partagé par Khaled Hanafi Ali, chercheur dans les affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « La reconstruction et le développement post-conflit ne signifient pas la simple restauration des fonctions détruites de l’Etat aux niveaux sécuritaire, politique, économique, social et autres, qui existaient avant le déclenchement du conflit armé. Cela s’étend principalement à l’instauration de nouveaux fondements pour remplir ces fonctions, différents de ceux qui ont contribué au déclenchement du conflit, de sorte qu’ils soient basés sur les valeurs de justice, de démocratie, de pluralisme, de respect de l’autre, de réconciliation, de développement durable et autres », dit-il.

En effet, la RDPC avait été adoptée par le Conseil exécutif de l’Union africaine lors de sa 9e réunion ordinaire tenue à Banjul les 28 et 29 juin 2006. Elle représente l’instrument central de la reconstruction post-conflit, de la consolidation de la paix et du développement en Afrique. Selon la vision africaine, la RDPC est « un ensemble global de mesures qui visent à répondre aux besoins des pays sortant d’un conflit, y compris les besoins des populations touchées, empêcher l’escalade des différends, éviter de récidiver dans la violence, s’attaquer aux causes profondes des conflits, et à consolider une paix durable ». Ces activités se décomposent en trois phases : phase d’urgence (court terme), de transition (moyen terme) et de développement (long terme). « Nous devons reconstruire l’infrastructure physique pas seulement comme des briques et du mortier, mais comme des ponts qui relient les communautés, des écoles qui nourrissent les jeunes esprits, et des hôpitaux qui guérissent le corps et l’âme », a souligné Mme Nardos Bekele-Thomas, directrice exécutive de l’AUDA-NEPAD, lors de son intervention à l’atelier, en mettant l’accent sur le rôle de l’agence qui est l’organe de développement de l’UA dans les programmes de consolidation de la paix, de la reconstruction et du développement, afin de faire face aux défis qu’affronte le continent.

Malheureusement, sur le continent africain se poursuivent plusieurs conflits armés, anciens et nouveaux. Ce qui, selon les Nations-Unies, en fait la région du monde la plus touchée par les conflits. En plus, l’intensification du terrorisme représente une menace majeure pour la paix et la sécurité sur le continent. Les décès enregistrés à la suite d’attaques terroristes dans la région du Sahel ont augmenté de 2 000 % au cours des 15 dernières années. Selon l’Indice mondial du terrorisme 2023, 22 074 personnes ont perdu la vie dans 6 408 attaques terroristes entre 2007 et 2022, alors que plus de 40 millions d’armes à feu illégales sont en circulation sur le continent. Par ailleurs, les conflits continuent à engendrer des niveaux record de déplacement de population en Afrique. Selon l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés, les 36 millions de personnes déplacées sur le continent représentent 44 % des déplacés de force dans le monde en 2022. 250 millions de personnes en Afrique souffrent également de la faim ou de la malnutrition, une situation exacerbée par la flambée des violences sur le continent.

Bilan mitigé

Au cours des dernières années, les efforts de la RDPC ont pris diverses formes, notamment la mise en oeuvre de projets à impact rapide et de projets de consolidation de la paix, ainsi que l’élaboration de stratégies de stabilisation pour le Sahel et le bassin du lac Tchad. Ils ont apporté leur soutien à la mise en place d’institutions étatiques (constitutionnelles, d’Etat de droit, organes de défense des droits de l’homme), ainsi que la mise en oeuvre de programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration, sans oublier la réforme du secteur de la sécurité, de la justice transitionnelle et de wl’Etat de droit.

Malgré ces efforts, le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’UA a souligné, lors de sa 1 047e session, tenue en novembre 2021, que la dimension de la RDPC reste le « maillon faible » dans la mise en oeuvre de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) et de l’Architecture africaine de gouvernance (AGA). Il a ainsi appelé à « une révision urgente du Cadre politique de l’UA pour la RDPC, afin de s’assurer qu’il est réaligné et adaptable aux défis émergents dans le paysage continental de la paix et de la sécurité, y compris les menaces de sécurité transfrontalières telles que le terrorisme et l’afflux de combattants étrangers, les phénomènes liés au dérèglement climatique tels que la sécheresse et les inondations, les urgences de santé publique de portée internationale telles que les épidémies et les pandémies qui ont un impact négatif sur les efforts de la RDPC, comme la maladie à virus Ebola et la pandémie de Covid-19 ». C’est ainsi qu’a été organisé le premier atelier l’année dernière à Accra, au Ghana.

Le rôle de l’Egypte

Le second atelier intervient dans le cadre du leadership d’Al-Sissi du dossier de la RDPC depuis 2019, lorsque l’Egypte a tenu la présidence tournante de l’UA. A cette date a été lancé le Forum d’Assouan pour la paix et le développement durable, ainsi qu’a eu lieu la signature du mémorandum d’entente entre le gouvernement égyptien et l’UA pour la création du Centre de l’UA pour la RDPC qui siège au Caire. Dans ce contexte, le commissaire de l’UA chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité, Bankole Adeoye, a tenu dans son allocution inaugurale à remercier l’Egypte pour son rôle central dans la réalisation de la stabilité et d’une paix durable sur le continent, en particulier à la lumière de l’accueil du siège du Centre de l’Union africaine pour la reconstruction et le développement post-conflit.

« Nous avons une occasion exceptionnelle en Egypte de par notre présidence du Comité d’orientation et le leadership du président du dossier de la reconstruction pour nous faire avancer les choses sur la voie de la modernisation de la RDPC, mais surtout pour sa mise en oeuvre sur le terrain », confirme l’ambassadeur Ashraf Sweilam. Sans oublier que l’Egypte accueille également le CCCPA, qui joue lui aussi un rôle important dans ce contexte. « Même si nous avons la politique de la RDPC la plus parfaite, elle ne peut être mise en oeuvre avec succès que si nous avons les bonnes capacités humaines. Des hommes, des femmes et des jeunes capables de la faire avancer en vue de construire des institutions et des communautés fortes et résilientes. C’est pourquoi, parallèlement à la finalisation de la révision de la RDPC de l’UA, nous devons intensifier nos efforts pour renforcer les capacités nationales et locales, afin de promouvoir une paix et un développement durables. C’est ce que le CCCPA s’engage à faire de manière intelligente et ciblée », conclut Ahmed Nehad Abdel-Latif, directeur du CCCPA.

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