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Au sommet du G7, la politique vole la vedette à l’économie

Julie Lepecquet , Jeudi, 25 mai 2023

Le sommet du G7 s’est tenu cette année à Hiroshima, au Japon, du 19 au 21 mai. Une rencontre très géopolitique axée sur la guerre en Ukraine et les relations avec la Chine.

Au sommet du G7, la politique vole la vedette à l’économie

Dans un contexte de guerre en Ukraine et de tensions autour de Taïwan, les dirigeants du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Japon, Italie, ainsi que l’Union européenne) se sont retrouvés du vendredi 19 au dimanche 21 mai au Japon, à Hiroshima, afin de définir une politique commune face aux secousses économiques et militaires qui défient depuis plusieurs mois le statu quo de l’ordre international. Conscients du fossé qui se creuse entre le Nord et le Sud et du poids économique grandissant de ce dernier, ont également été invités à participer le Brésil, l’Inde et l’Indonésie.

Volodymyr Zelensky, annoncé en dernière minute, s’est également rendu au sommet du G7. Initialement prévu de participer en visioconférence au sommet, le président ukrainien s’est finalement rendu en personne au Japon le samedi 20 avril afin d’y rencontrer ses alliés, mais aussi, et surtout, les membres présents des BRICS. Des puissances qui ne se sont toujours pas prononcées officiellement sur le conflit en Ukraine.

Sur ces trois jours de rencontres multilatérales et bilatérales, la guerre en Ukraine, l’expansionnisme chinois et la menace nucléaire ont dominé les discussions. Les dirigeants du G7, qui ne sont pas tous parfaitement alignés sur les dossiers stratégiques du moment, se sont entendus sur un certain nombre de mesures communes, à commencer par le renforcement des sanctions contre la Russie et la prise de mesures de protection contre la « coercition économique » de Pékin.

En tête des annonces de ce sommet, la prise d’un nouveau train de sanctions économiques contre la Russie et la possibilité ouverte par Joe Biden de soutenir la formation des soldats ukrainiens aux avions de chasse de 4e génération (F-16) et, in fine, leur livraison par des pays tiers. Après des mois de demandes acharnées de la part de Kiev et de divergences militaires au sein de ses alliés, les Etats-Unis ont donc finalement modifié leur position. Joe Biden a ainsi annoncé la mise en place, dans les semaines à venir, de la formation des pilotes ukrainiens par les pays alliés. Le temps de formation, qui prendra plusieurs mois, permettra aux Occidentaux de se mettre d’accord sur les pays fournisseurs, la quantité et l’agenda des livraisons.

Réitérant leur plus ferme condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le G7 s’est également entendu pour prendre des mesures contre des secteurs clefs qui « soutiennent l’entreprise guerrière » de Moscou. Dans leur communiqué officiel publié samedi, les dirigeants du G7 se sont ainsi engagés à restreindre le commerce de diamants russes, 3e source de revenus pour Moscou, ainsi que limiter les exportations de biens nécessaires à la Russie sur le terrain ukrainien et sanctionner les entités les acheminant.

Alors que, au même moment, le 20 avril, les milices Wagner et l’armée russe annonçaient la prise de Bakhmout, le viceministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, réagissait à ces nouvelles décisions. « Nous voyons que les pays occidentaux adhèrent toujours au scénario de l’escalade. Cela comporte des risques colossaux pour eux ».

Les récentes intimidations économiques de la Chine, également, ont été l’une des préoccupations majeures de ce sommet. Désormais inévitable, tant économiquement que diplomatiquement, les dirigeants du G7 cherchent toujours un moyen de composer avec la Chine tout en se protégeant contre les pratiques de « coercition économique » ou de son expansionnisme militaire en mer de Chine.

Partagé entre la campagne proactive de Washington contre la Chine et les partisans d’un dialogue plus ouvert, le G7 a néanmoins réaffirmé que la Chine n’avait aucune prétention maritime ou territoriale sur Taïwan tout en soulignant que « leur approche globale n’était pas conçue pour nuire à la Chine ou contrecarrer ses progrès économiques ou son développement ». Mais, conscients de leur dépendance dans certains secteurs comme les semi-conducteurs ou certains minerais, le G7 s’est néanmoins accordé pour rendre ses « chaînes d’approvisionnement et celles de [ses] partenaires plus résilientes, durables et fiables » et d’approfondir le dialogue stratégique contre les « pratiques malicieuses », « l’influence illégitime, l’espionnage, les fuites illicites de connaissances et le sabotage dans la sphère numérique », lit-on dans le communiqué. Sans la nommer, le message reste clairement adressé à Pékin qui a aussitôt réagi et dénoncé « l’hypocrisie » des puissances occidentales, ainsi qu’ « une chasse aux sorcières ».

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