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Ferid Belhaj : Nous travaillons à accroître la participation du secteur privé dans l’économie

Sarah Al-Eissawy , Vendredi, 26 mai 2023

Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour le Proche-Orient et le Nord de l’Afrique, revient sur les priorités économiques en Egypte.

Ferid Belhaj

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte a été exposée à de nombreuses crises extérieures, partant de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine. Comment améliorer la capacité de l’économie à faire face à de telles crises ?

Ferid Belhaj : Effectivement, la pandémie et ses répercussions sur les chaînes d’approvisionnement et sur l’inflation, puis la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont eu des impacts négatifs sur l’économie égyptienne, imposant des défis importants et des pressions sur le gouvernement égyptien et sur les plans de réforme économique et diminuant l’efficacité des efforts déployés. Face à cette situation apparaît la nécessité d’adopter des politiques plus stimulantes de la croissance, en plus de la nécessité d’une couverture sociale plus forte pour les couches les plus en besoin afin de garantir la stabilité. Ajoutons que les pressions actuelles qu’affronte l’économie égyptienne nécessitent d’accorder plus d’intérêt à la classe moyenne pour l’aider à rester loin du seuil de pauvreté. L’économie égyptienne n’est pas la seule à affronter de telles pressions. La plupart des économies après la pandémie sont dans une situation plus fragile.

Pour quelles raisons la préparation du partenariat stratégique entre la Banque mondiale et l’Egypte a duré longtemps ? Quelles sont ses caractéristiques et objectifs ?

— La préparation de la stratégie n’a pas duré longtemps. Des pourparlers et des discussions ont eu lieu avec le gouvernement égyptien pour fixer les objectifs que l’Egypte vise à réaliser à travers une vision globale d’action commune pendant les 5 années, de 2023 à 2027. La structuration du rôle de l’Etat dans l’économie et l’élargissement de la participation du secteur privé sont parmi les objectifs les plus importants que la stratégie vise à réaliser. L’objectif essentiel est de sortir de la crise actuelle et de faire augmenter les taux de croissance. La réalisation de ces objectifs nécessite d’adopter des politiques différentes afin d’améliorer l’environnement des affaires et créer un environnement d’investissement confiant à travers un climat législatif stable et encourageant et aussi à travers l’encouragement des petites et moyennes entreprises et l’augmentation de la compétitivité de l’économie, ce qui mènera à l’augmentation de la production, des opportunités d’exportation et la création d’emploi pour les jeunes.

Le renforcement du capital humain est également l’un des principaux objectifs de la stratégie, et ce à travers l’amélioration des services de santé, sachant que la Banque mondiale collabore au financement du projet global de l’assurance médicale. De plus, la Banque mondiale finance le projet de développement de l’enseignement, qui est un modèle pionnier dans le domaine de l’enseignement suivi par un nombre d’Etats arabes. La stratégie vise également à soutenir les efforts de l’Egypte dans la transition vers l’économie verte et l’adaptation écologique. L’Egypte a assumé un rôle important en accueillant la COP27, ce qui a ouvert la porte à l’adoption de nouvelles politiques.

Citons le rapport sur le climat et le développement, publié par la Banque mondiale, qui a cité de nombreux défis auxquels l’Egypte fait face dans le domaine de l’environnement dont le plus important est la pollution de l’eau. Il est impératif d’appliquer les programmes qui aident à diminuer la pollution et à améliorer la gestion des ressources hydriques et la transition vers les énergies renouvelables. L’Egypte a effectivement annoncé le lancement de projets de production d’hydrogène vert et de dessalement de l’eau. L’un des objectifs de la stratégie est également d’améliorer la gouvernance et la transparence en ce qui concerne les données gouvernementales et le budget de façon à permettre au secteur privé de se former une vision claire concernant l’avenir de l’économie.

— L’impact des crises mondiales sur l’Egypte s’est traduit par une pénurie de dollars et un déficit de financement. Est-il possible d’augmenter les financements accordés à l’Egypte ?

— L’Egypte possède le plus grand portefeuille de financement de la région avec une valeur de 7 milliards de dollars, suivie du Maroc avec 5 milliards. Ce portefeuille représente le volume de fonds convenus dans le cadre de la nouvelle stratégie de partenariat, dont 5 milliards de dollars de la part de la Banque mondiale pour financer des projets de développement à raison d’un milliard de dollars par an, auxquels s’ajoutent 2 milliards de dollars de financement de la part de l’institution financière internationale du Groupe de la Banque mondiale et qui sont consacrés au financement du secteur privé. Puisque le Groupe de la Banque mondiale soutient les efforts de réforme et de croissance de l’Egypte, la valeur du financement du partenariat a été établie sur la base d’un dialogue avec l’Egypte. Ce financement peut être augmenté si nécessaire pour financer des projets importants. Il peut également contribuer à stimuler le financement de la part de partenaires au développement ou du secteur privé.

— La crise mondiale a fortement impacté l’Egypte. Ce qui a conduit certaines agences de notation à revoir à la baisse leurs perspectives pour l’économie égyptienne. Cela affecte-t-il les financements de la Banque mondiale ?

— Les notations de crédit n’affectent pas les financements de la Banque mondiale, mais elles sont prises en compte. La preuve en est le lancement du nouveau cadre de partenariat avec l’Egypte et la poursuite des programmes et plans existants. Le rôle de la Banque mondiale porte sur le soutien aux projets de développement spécifiques et étudiés et non sur le soutien au budget en général, comme c’est le cas avec le Fonds monétaire international. Cette diversification des rôles consolide les résultats et réalise les objectifs requis.

— La question du rôle de l’Etat dans l’économie soulève le débat entre ceux qui soutiennent ce rôle et ceux qui s’y opposent. Qu’en pensez-vous ?

— Le débat autour du rôle de l’Etat dans l’économie est soulevé depuis des années. Je suis convaincu que le rôle de l’Etat est de cadrer l’économie, c’est-à-dire de fixer le cadre spécifique des activités économiques et déterminer les législations qui les régissent. Mais son rôle ne doit pas s’étendre au rôle d’entrepreneur, d’acteur économique direct ou de producteur. L’Etat doit céder ce rôle au secteur privé et adopter les politiques qui réalisent cet objectif dont le plus important est le développement des démarches de création des entreprises, l’amélioration des procédures des contentieux économiques, le développement des compétences des juges et l’exécution des arrêts. Ce qui peut donner un élan et une plus grande confiance au secteur privé.

— L’Etat a adopté plusieurs mesures concrètes pour élargir le rôle du secteur privé et accroître sa participation, comme le Document de la propriété de l’Etat. Que pensez-vous de ces mesures ? Qu’est-ce qui peut encore être fait à ce sujet ?

— L’Etat égyptien a adopté ce document afin d’ouvrir la voie au secteur privé pour travailler et contribuer au processus de développement via la souscription dans plusieurs entreprises publiques. Ce qui confirme la volonté de l’Etat d’accroître la participation du secteur privé. Le fonds souverain joue aussi un rôle positif à travers lequel la porte peut être ouverte au secteur privé à condition qu’il y ait de la transparence. Il existe aussi d’autres alternatives comme l’entrée en Bourse ou la vente à un investisseur stratégique.

— L’autonomisation de la femme est une question-clé dans les programmes de la Banque mondiale. Comment peut-elle être renforcée dans les circonstances actuelles ?

— L’autonomisation de la femme est l’un des thèmes importants du nouveau cadre de partenariat avec l’Egypte. Il est travaillé sous plusieurs aspects : économique, social et politique. Sur le plan économique, le rôle et la position des femmes sur le marché du travail sont en deçà de leurs niveaux cibles malgré le niveau élevé d’éducation, d’expérience et de compétences des femmes égyptiennes. Pour soutenir le rôle de la femme, il faut prêter attention à d’importants facteurs auxiliaires, notamment la disponibilité des moyens de transport, de garderies d’enfants et d’incitations pour leur permettre de remplir leur rôle, sans oublier des salaires équitables.

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