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Le Caire espère que l’accord saoudo-iranien renforcera la stabilité régionale

Samar Al-Gamal , Samedi, 11 mars 2023

L'Egypte a réagi sobrement au rétablissement des relations entre son allié saoudien et l'Iran, son rival de longue date.

Le Caire espère que l’accord saoudo-iranien renforce la stabilité dans la région

L'Iran et l'Arabie saoudite ont convenu vendredi de rétablir leurs relations diplomatiques et de rouvrir leurs ambassades après sept ans de tensions. Cette percée diplomatique majeure, parrainée par la Chine, a provoqué une réaction plutôt conservatrice du Caire qui a annoncé « suivre avec intérêt l'accord ». Dans un bref communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères, l'Egypte exprime son espoir que l'accord « atténue les tensions dans la région, renforce la stabilité et préserve la sécurité nationale arabe, et réalise les aspirations des peuples de la région à la prospérité, au développement et à la stabilité ».

Le rétablissement des relations entre Téhéran et Riyad offre de grandes possibilités d'un rapprochement entre l'Egypte et l'Iran, mais peut-être pas dans un avenir très proche. Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques complexes depuis des décennies et ont connu des périodes de coopération, mais également de très fortes tensions. Leurs relations s'étaient détériorées rapidement après la révolution iranienne de 1979, lorsque l'Egypte a offert un refuge au shah déchu, et plus tard lorsque Téhéran a fait l'éloge de Khaled Al-Islamboli, l'assassin du président Sadate. Des signes de rapprochement potentiel ont pourtant resurgi ces dernières années.

L'Iraq, qui a négocié l'accord entre Riyad et Téhéran, veut faciliter « des pourparlers politiques et sécuritaires en vue de rétablir les relations entre l'Egypte et l'Iran ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a ainsi annoncé en février qu'une proposition avait été faite par le premier ministre iraqien, Mohammed Shia Al-Sudani, pour tenir des négociations avec Le Caire, affirmant que des « démarches seraient entreprises par Al-Sudani dans les prochaines semaines pour faciliter de telles discussions ».

Et juste quelques jours avant la conclusion de l’accord irano-saoudien, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, avait déclaré que « les autorités iraniennes souhaitent élargir leurs relations avec des nations amies, Le Caire n'est pas une exception à cet égard ».

Le Caire a préféré maintenir le silence, même si cette prudence n'avait pas entravé des tentatives de rapprochement par le passé. Sous la présidence de Rafsandjani, l'Iran avait repris les relations avec l'Egypte, tandis qu'un dialogue plus ouvert s'était développé sous Khatami. En 2001, Moubarak avait même rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharazi. Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité en Iran, avait visité l'Egypte en 2006. En 2012, l’ancien président frériste, Mohamad Morsi, avait cherché à renouer les liens avec le rival d'hier et s'était rendu en Iran, et bien avant, Ahmadinejad avait été reçu au Caire. Des gestes conciliants ont été aussi faits sous la présidence de Hassan Rouhani.

En juin 2022, Fouad Hussein, le ministre iraqien des Affaires étrangères, avait annoncé que des pourparlers entre l'Egypte, la Jordanie et l’Iran avaient commencé à Bagdad. Il parlait lors d’une interview à la chaîne saoudienne Al-Arabiya, mais a refusé de donner plus de détails.

Cependant, ces tentatives de rapprochement n'ont pas abouti à une percée majeure. L'Egypte avait maintenu une position alignée notamment sur l'Arabie saoudite vis-à-vis de l'Iran. Très tôt, le président Sissi avait déclaré que « la relation avec l'Iran passe par les pays du Golfe ». En effet, l'Egypte s'est montrée préoccupée par les activités de l'Iran, menées par procuration dans la région, surtout au Yémen et au Liban. Toutefois, elle s'est engagée, par la voix du président Sissi lui-même, à ne pas se laisser entraîner dans le clivage sunnite-chiite. Les deux pays ont montré des signes de rapprochement potentiel, surtout qu'ils partagent le même intérêt pour la Syrie. En 2016, Sameh Choukri a rencontré son homologue iranien, Javad Zarif, et a déclaré à l'époque que la position du président Sissi « était alignée sur celle de l'Iran en Syrie », et la même année, le ministre égyptien du Pétrole s'était rendu en Iran.

La position de l'Egypte s'explique aussi par sa plus récente approche de diversifier ses relations avec les puissances régionales et internationales, et un partenariat avec l'Iran s'inscrirait dans le cadre de cette politique. Le Caire espère, en effet, que cette récente entente entre Riyad et Téhéran « accroitra les possibilités de coopération et consolidera la communication positive, afin de répondre aux aspirations des peuples de la région à la prospérité et au progrès », selon un communiqué publié samedi du porte-parole de la présidence, Ahmad Fahmy.

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