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Le pari gagné de la parité

Névine Kamel, Jeudi, 09 mars 2023

Combler le fossé entre les femmes et les hommes dans tous les domaines constitue une priorité nationale pour l’Egypte. L’Etat s’y attelle depuis plusieurs années. Explications.

Le pari gagné de la parité

C’est sous le slogan « La femme égyptienne, icône du succès » que l’Egypte a célébré, dimanche dernier, la Journée mondiale de la femme qui intervient au moment où les acquis de la femme en matière d’autonomisation politique et économique continuent à se consolider jour après jour. En Egypte comme dans le monde entier, le mois de mars représente le mois de la femme par excellence. Cette année, cet événement intervient alors que le monde entier traverse des circonstances exceptionnelles provoquées par la pandémie et la guerre en Ukraine qui fait toujours rage. Toutefois, ces circonstances ont pu mettre en relief le rôle central des femmes et l’importance de leur participation dans le développement économique en tant que partenaires et citoyennes à part entière pour faire face aux enjeux économiques.

Une question s’impose alors : qu’est-ce l’autonomisation économique des femmes et quel est son apport au développement ? Selon la définition des Nations-Unies, l’autonomisation de la femme est le fait de réduire le fossé entre la femme et l’homme dans la valeur de la rémunération qu’elle perçoit et dans l’égalité des chances et l’accès au marché du travail. L’autonomisation est également mesurée en fonction des facilités qu’elle obtient dans les crédits bancaires, ainsi que la levée des entraves qui s’opposent à sa progression, que ce soit le fait d’abolir les lois discriminatoires ou de mettre fin au partage inégal des responsabilités familiales et domestiques. Améliorer l’accès des femmes au marché du travail augmentera les chances d’enrichissement de leur famille, de leur communauté et, partant, de leur pays. L’autonomisation économique des femmes est essentielle pour atteindre les Objectifs de développement durable et parvenir à une Planète 50-50 d’ici 2030. Ainsi, il est temps de combler l’écart économique entre les sexes dans le monde.

Des écarts à réduire

Selon des estimations, l’écart entre les deux sexes dans la population active est de 26 %. Alors que les femmes consacrent 2,5% plus de temps que les hommes aux soins familiaux. A l’échelle mondiale, les femmes gagnent 24% de moins que les hommes et 75 % des femmes qui travaillent dans les pays en développement occupent des emplois informels et non assurés.

Toutes ces conditions entravent l’autonomisation économique des femmes et l’accès à leurs droits. Il est donc grand temps de mettre en oeuvre des mesures à grande échelle pour s’assurer que les gouvernements, les organisations de développement et d’autres veillent à ce que les femmes et les filles bénéficient et participent au développement économique durable.

Dans ce contexte, l’Organisation des Nations-Unies a tenu à former une commission de haut niveau chargée des questions de l’autonomisation économique de la femme. Celle-ci a tenu sa toute première réunion en mars 2016 à l’heure de la tenue de la 60e session du statut de la femme au siège de l’Onu à New York.

L’impact de l’accroissement du nombre de femmes dans la population active aura des résultats positifs non seulement sur la vie des femmes, mais également sur l’économie de l’Etat et, par conséquent, sur l’économie mondiale. Afin d’atteindre cet objectif, l’Etat égyptien a été parmi les pays qui ont réussi à réaliser des progrès remarquables au cours des dernières années au niveau du statut de la femme, et ce, en lançant des stratégies nationales, des programmes sociaux et des projets qui ont été mis en oeuvre sous la présidence d’Abdel-Fattah Al-Sissi.

Selon un rapport publié récemment par le Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques, les politiques d’autonomisation économique des femmes se trouvent au coeur des priorités de l’Etat égyptien. Cet intérêt est dû, entre autres, à la lutte contre la pauvreté et à la réalisation d’un développement humain durable. Selon les estimations de la Banque mondiale, le PIB de l’Egypte pourrait augmenter de 34% si la participation des femmes au marché du travail était égale à celle des hommes. L’augmentation de la participation des femmes à la main-d’oeuvre est l’un des indicateurs positifs les plus importants de l’autonomisation économique en Egypte. Selon les mêmes estimations, dans les années 2011 et 2012, le pourcentage était d’environ 22,48 et 22,75%. Il s’agit du taux le plus bas dans les indicateurs de la participation des femmes au marché du travail, étant donné que les femmes ont rencontré de nombreux obstacles au cours de cette période, en raison de l’absence d’un environnement favorable au travail de la femme, que ce soit au niveau de la société ou à celui des politiques publiques qui régnaient à l’époque.

Une législation de plus en plus favorable

Depuis 2014, l’Etat s’est efforcé à accroître la participation de la femme active dans la force du travail, qui a atteint 23,72 % en 2020. Il convient également dans ce contexte de mentionner les lois qui ont été formulées dans le domaine économique afin d’améliorer la situation des femmes égyptiennes. Par exemple, la nouvelle loi sur l’investissement consacre l’article 2 à l’égalité des chances en matière d’investissement pour les hommes et les femmes. La loi n°219 de l’année 2017 sur l’héritage a été modifiée pour imposer des sanctions plus sévères à ceux qui éclipsent les droits dans l’héritage à toute personne qui y a droit. Ce qui a eu un important impact sur les femmes.

Des lois se sont multipliées en faveur des femmes, telles que la reconnaissance par la loi fiscale égyptienne des femmes comme soutien de la famille. Ainsi que la loi de la fonction publique de 2016, qui a accordé de nombreux avantages aux mères soutien de la famille. En 2019, les résolutions 123 et 124 publiées par l’Autorité de surveillance financière ont imposé la représentation d’au moins une femme dans les conseils d’administration des sociétés financières. L’Etat a également mis en oeuvre plusieurs programmes et projets visant à assurer l’autonomisation économique des femmes, notamment des projets d’épargne. Selon l’Autorité de surveillance financière, les femmes représentaient la plus grande part de la microfinance. Le nombre de bénéficiaires parmi les femmes à la fin du deuxième trimestre de 2020 a atteint environ 1,97 million de bénéficiaires avec un taux de 63,74%, et des soldes de financement ayant été chiffrés à 8,19 milliards de L.E. Ces chiffres ont contribué de manière significative à promouvoir la croissance économique des femmes et à réduire l’acuité de la pauvreté.

Parallèlement, et avec des pas constants, les efforts de l’Etat pour promouvoir l’autonomisation politique des femmes se poursuivent. Le Rapport mondial sur le fossé entre les sexes 2020 a souligné les progrès de l’Etat égyptien dans l’indice d’autonomisation politique des femmes, où l’Egypte avait obtenu une note de 103 sur 153. Il s’agit de la classification la plus avancée au cours des dix dernières années.

Sur le volet social, 89 % des femmes bénéficient des programmes de protection sociale. Alors qu’en 2018, 38 millions de femmes ont bénéficié des subventions alimentaires ; 34 millions de femmes ont obtenu des cartes de rationnement; 10 millions de femmes ont bénéficié de services de santé subventionnés. Et que 8 millions de femmes ont tiré profit des services familiaux et de santé.

Une stratégie pour mettre fin aux obstacles

Malgré l’avancée concrète dans le dossier de la femme égyptienne, les indicateurs ne sont toujours pas aux niveaux escomptés. En effet, les taux de chômage des femmes sont liés à des obstacles tels que l’analphabétisme, la maternité et les exigences familiales, en plus de certaines traditions héritées. Car une grande partie de la société estime que les femmes n’ont pas droit à un emploi convenable parce que leur fonction principale consiste à prendre soin de la famille. Et même si les femmes doivent sortir travailler pour des raisons de subsistance, la priorité de l’emploi sera accordée aux hommes et non au critère de la compétence, surtout si les emplois sont rares. C’est là que réside l’importance des efforts continus de l’Etat dans la mise en oeuvre des axes de la Stratégie nationale pour l’autonomisation des femmes, qui a été lancée en 2017 afin d’atteindre l’objectif des Nations-Unies et de parvenir à l’autonomisation économique des femmes d’ici 2030.

Ainsi le Conseil national de la femme, au moment de l’élaboration de la stratégie, a pris en compte les conventions internationales se rapportant à la femme, ainsi que les articles de la Constitution de l’Egypte de 2014 qui stipulent la pleine protection des femmes, l’égalité des chances et la non-discrimination. La stratégie a également pris en considération les mutations qui ont survenu dans la société. La stratégie a fixé 4 axes principaux: l’autonomisation politique, économique, sociale et l’autonomisation-protection, ainsi que l’autonomisation culturelle et juridique qui entrecoupent tous les axes.

L’Egypte a parcouru un long chemin pour autonomiser les femmes et maximiser leur rôle. Cette réalisation m’amène à féliciter fièrement les femmes égyptiennes à l’occasion de leurs Journées égyptienne et internationale du mois de la femme. J’envoie toutes mes salutations à toutes les femmes qui ont érigé de grandes sociétés et dirigé différentes générations et qui ont contribué à élever leurs familles et travaillé pour le bien-être de leur pays. Mes sincères salutations à toutes : femmes actives, femmes au foyer, mères et étudiantes

Bonne année à vous toutes.

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