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Le gouvernement à la manoeuvre

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 04 janvier 2023

Un paquet de mesures a été pris pour contrôler les marchés qui subissent les effets de la crise économique mondiale. Objectifs: interdire le monopole et contenir la flambée des prix. Explications.

Hausse des prix : Le gouvernement à la manoeuvre

Réajuster la pente des prix. Telle est la mission principale du comité supérieur de contrôle des prix qui a commencé son travail avec le début de la nouvelle année. Formé de représentants des fédérations des industries, des Chambres de commerce et de l’Agence de protection du consommateur, ce comité devrait fixer «  le prix équitable » d’environ 10 à 15 denrées alimentaires stratégiques. Ces prix seront révisés chaque mois et déterminés en fonction de l’évolution des coûts de production, à la hausse comme à la baisse. Le gouvernement a fixé ainsi un délai de deux semaines pour que tous les commerces mettent obligatoirement des étiquettes de prix sur les produits mis en vente. Après l’expiration du délai, toute personne n’appliquant pas ces règles sera exposée à une sanction.

La création de ce comité fait partie d’une série de mesures prises récemment par le gouvernement pour contenir la hausse des prix sur les marchés, parfois exagérée, dans un contexte de tensions inflationnistes. « La priorité du gouvernement, à l’heure actuelle, est d’assurer la disponibilité des produits de base avec des prix convenables », a déclaré le premier ministre, Moustapha Madbouli. « On a récemment remarqué de fortes fluctuations de prix et des hausses injustifiées de temps en temps. Compte tenu de la crise économique qui touche le monde entier, y compris l’Egypte, il est devenu primordial pour le gouvernement de frapper d’une main de fer tous ceux qui manipulent les prix des produits de base ou les stockent pour réaliser des gains illégaux aux dépens des citoyens. La liberté du marché ne signifie pas laisser les choses jusqu’au chaos et laisser les mains libres aux commerçants pour imposer leurs prix. Les organes de surveillance traiteront de manière décisive les contrevenants pour garantir que le juste prix verse dans l’intérêt de toutes les parties, producteurs, commerçants et consommateurs », assure le premier ministre.

Plafonner les prix

C’est la deuxième fois que le gouvernement intervient ces derniers mois pour contester des pratiques monopolistiques. A la mi-novembre, le Conseil des ministres a publié un décret faisant du riz une denrée stratégique après avoir plafonné son prix à 18 L.E. sur le marché local. Ce décret vise à réglementer le commerce du riz sur le marché et prévoit une peine d’emprisonnement d’au moins un an et une amende comprise entre 100000 et 1 million de L.E. contre tout vendeur, détaillant, fournisseur, distributeur et marchand qui stocke ou dissimule les quantités de riz, afin de spéculer sur les prix.

En effet, les prix des produits alimentaires ne cessent d’augmenter depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne. Ce qui a affecté le mode de consommation des familles égyptiennes, d’après une enquête récemment publiée par l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS). Selon l’agence, l’inflation urbaine en Egypte est passée de 16,2% en octobre à 18,7% en novembre. Les prix des légumes ont augmenté de 7,8 %, les produits laitiers (fromage et oeufs) de 5,5% et les céréales et le pain de 4,8%, tandis que le coût du poisson a augmenté de 3,7% et celui de la viande et de la volaille de 6,8%. Ce qui a poussé, selon une autre étude de la CAPMAS, 74 % des familles égyptiennes à réduire leur consommation alimentaire.

« Le taux du dollar vis-à-vis de la livre égyptienne, la diminution de l’offre mondiale, ainsi que les difficultés d’importation ont conduit certains commerçants à manipuler les prix pour réaliser des profits illégaux. Il était donc important que le gouvernement intervienne pour stabiliser le marché », souligne Ahmed Etabi, membre du Conseil des exportateurs et importateurs au sein de la Chambre de commerce, avant d’ajouter qu’« afficher clairement les prix sur les produits aidera à contrôler l’échange de denrées alimentaires comme cela se passe sur le marché pharmaceutique. Il est également nécessaire de sensibiliser les consommateurs à l’importance de signaler les infractions commerciales ».

Augmenter l’offre locale

Les tentatives de plafonner les prix interviennent au moment où les initiatives se multiplient pour augmenter l’offre locale, afin de renforcer la sécurité alimentaire et combattre la hausse des prix. C’est dans ce contexte que le gouvernement vient d’annoncer le lancement plus tôt cette année des expositions d’«  Ahlane Ramadan » dans tout le pays à partir du 1er janvier, 3 mois avant le début du mois sacré, pour fournir des produits de base à des prix abordables pour tous les citoyens. Ces expositions, qui commencent généralement deux semaines avant le Ramadan et durent jusqu’à la fin du mois, auront lieu pour la 7e année consécutive. Selon un communiqué publié par le ministre de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, au moins 5 points de distribution seront installés dans chaque gouvernorat. Les prix d’un certain nombre de produits de base seront également fixés avec des réductions allant de 10 à 20%. « La création de points de distribution constitue l’une des solutions pour contrôler le rythme du marché afin de réduire les effets redoutables de l’inflation mondiale sur le marché égyptien », explique Etabi. Pour sa part, Abdel-Moneim Khalil, président du secteur du commerce intérieur au ministère de l’Approvisionnement, a confirmé que « l’Egypte dispose d’un stock stratégique suffisant et sûr de tous les produits de base ».

Doper la production

Sur un autre volet, le gouvernement a posé un plan pour accélérer le dédouanement de tous les biens importés qui sont bloqués dans les ports depuis des semaines en raison du manque de devises étrangères. Ce processus se fera par ordre de priorité, en commençant par les produits alimentaires, les composants entrant dans l’industrie agroalimentaire, les médicaments et les besoins de production et des usines. Jusqu’à présent, 5 milliards de dollars de marchandises sur un total de 16 milliards de dollars ont été débloqués dans les ports entre le 1er et le 23 décembre. Selon les déclarations de Madbouli, « des produits d’une valeur de 4 à 4,5 milliards de dollars sont aujourd’hui presque prêts à être libérés pour répondre aux besoins des consommateurs au cours des quatre mois à venir jusqu’à la fin du mois du Ramadan ».

Autre mesure: l’annulation, vendredi 29 décembre, des crédits documentaires par la Banque Centrale d’Egypte (BCE) et la reprise des documents d’encaissement dans la mise en oeuvre de toutes les opérations d’importation constituent une autre avancée encourageante (voir pages 6-7). Selon Mohamed Shadi, expert économique, « accélérer la libération douanière des marchandises accumulées dans les ports et annuler les crédits documentaires constituent deux démarches d’une grande importance non seulement pour augmenter l’offre sur le marché, mais aussi pour alléger la pression sur le secteur industriel qui contribue à environ 16% du PIB». Et de conclure: « L’arme la plus tranchante entre les mains du gouvernement pour équilibrer le marché égyptien et ramener les prix des matières premières à leurs taux normaux est de remettre les usines au travail avec toute leur capacité, afin de doper la production locale et réduire la dépendance au dollar ».

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