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PERSPECTIVES 2023 : Le monorail du Caire introduit le transport vert

May Al-Maghrabi , Mercredi, 21 décembre 2022

L’année 2023 verra l’entrée en service au Caire du premier monorail d’Afrique. Un mégaprojet destiné à décongestionner la circulation et à réduire la pollution.

Le monorail du Caire introduit le transport vert
La première ligne du monorail sera inaugurée en octobre 2023 et reliera l’est du Caire à la Nouvelle Capitale administrative.

Octobre 2023 devra voir l’entrée en service de la première ligne du plus long monorail d’Afrique dont l’Egypte a entamé la construction au Caire en 2019. Un mégaprojet qui s’inscrit dans le cadre du plan adopté ces dernières années pour effectuer la transition vers le transport vert, réduisant la pollution et le coût des carburants traditionnels.

Le projet de deux lignes de monorail est destiné à connecter le Grand Caire aux zones métropolitaines périphériques. La première ligne, de longueur 54 km, reliera l’est du Caire à la Nouvelle Capitale administrative, avec 21 stations, alors que la deuxième ligne de 42 km, dotée de 12 stations, raccordera la ville du 6 Octobre à Guiza. A noter qu’en novembre 2022, le monorail a effectué avec succès son parcours d’essai entre le dépôt de la Nouvelle Capitale administrative et la station 22.

Une fois achevées, les deux lignes de monorail offriront des options de transport nouvelles et nécessaires aux zones-clés du Grand Caire, notamment la Nouvelle Capitale administrative. Les deux lignes devront considérablement fluidifier la mobilité des habitants du Caire sachant qu’elles seraient en mesure de transporter environ 45 000 passagers par heure dans chaque sens, lorsque leur capacité maximale sera atteinte, avec des vitesses d’exploitation atteignant 80 km/h. Le temps de trajet de l’est du Caire à la Nouvelle Capitale administrative sera d’environ 60 minutes, tandis que celui de la ville du 6 Octobre à Guiza sera d’environ 42 minutes. Le monorail utilisera 70 trains entièrement automatisés et sans conducteur à 4 wagons, soit un total de 280 wagons. Fabriqués en panneaux d’aluminium extrudé, les trains sont résistants à la corrosion et recyclables. Les trains sont dotés du système de contrôle Cityflo™ 650, basé sur les communications. Une technologie qui comprend une grande fiabilité, une exploitation flexible, des intervalles plus courts entre les trains, une sécurité accrue et des coûts de maintenance réduits. D’ailleurs, des « Screen Doors » sont installés sur les quais face aux portes des rames pour maintenir la sécurité des passagers et pour réduire l’énergie. Des passerelles d’évacuation pour une sortie sûre sont conçues dans l’infrastructure du système afin de fournir aux passagers le moyen d’évacuation le plus rapide, le plus sûr et le plus discret.

Les véhicules sont également équipés d’écrans LED présentant des informations aux passagers sur le trajet. Ils sont aussi utilisés pour diffuser des publicités payantes. Par ailleurs, des places spécifiquement équipées seront consacrées aux personnes ayant des besoins spéciaux.

Ce réseau ferroviaire moderne est exécuté dans le cadre d’un contrat signé en 2019 par l’Autorité nationale des tunnels avec un consortium composé de Bombardier Transportation, Orascom Construction PLC et Arab Contractors, pour la conception et la construction de deux systèmes de monorail automatisés dans le cadre d’un contrat d’une valeur de près de 4,5 milliards de dollars. En vertu du contrat signé, le consortium assurera pendant 30 ans l’exploitation et la maintenance des deux lignes. Dans l’exécution du chantier, Orascom Construction et Arab Contractors s’occuperont des travaux de génie civil, tandis que Bombardier Transportation, dont l’apport s’élève à 2,85 milliards de dollars, assure la fourniture et l’installation du matériel électrique et mécanique. Le groupe canadien s’occupe entre autres de la mise en place de la signalisation Bombardier Cityflo 650, du centre de contrôle des opérations, ainsi que l’exploitation et la maintenance des véhicules et des systèmes en bordure de la voie.

Multiples avantages

Responsables et experts affirment que ce mégaprojet réalisé pour la première fois en Egypte aura de multiples avantages. Karim Al-Omda, professeur d’économie des transports, estime tout d’abord que le projet marque un tournant dans le concept du transport vert de masse et son service à des fins de développement urbain. Selon lui, le développement du réseau des routes et du transport est considéré comme « la colonne vertébrale » de toute économie et sert de locomotive pour les investissements. Il affirme que le monorail contribuera à faciliter les déplacements des fonctionnaires du Caire et de Guiza vers le Nouveau Caire et la Capitale administrative, surtout qu’il se croise avec la troisième ligne de métro à la gare du Stade de Madinet Nasr et le train électrique léger à la station des arts et de culture, à la Nouvelle Capitale administrative. « Selon les études effectuées, le fonctionnement du monorail diminuera la circulation de 595000 voitures, réduisant ainsi énormément les embouteillages qui provoquent une consommation de carburants d’un coût estimé à 8 milliards de dollars par an », indique Al-Omda.

Selon lui, les avantages du monorail dépassent la fluidité de la circulation, il encouragera la construction de nouvelles villes, le commerce et l’investissement. Des objectifs que favorise la connexion avec la Nouvelle Capitale administrative, qui devrait être assurée par un réseau routier de 650 km, un LRT (Light Rail Transit) et un BRT (Bus Rapid Transit).

Selon Mohamed Sadeq, professeur des transports et des routes à l’Université de Hélouan, la comparaison entre le transport ferroviaire et les transports routiers et aériens montre que le train est plus durable, que ce soit en termes d’émission de CO2, de consommation d’énergie, d’utilisation de l’espace ou de bruit. « Il était nécessaire pour l’Egypte d’améliorer l’efficacité énergétique, de réduire les émissions atmosphériques, d’utiliser des matériaux propres, recyclables et naturels. La meilleure option pour répondre à tous ces éléments est le système de monorail qui permet de construire rapidement des lignes de grande capacité à moindre coût », affirme-t-il, pour qui cette technologie est très avantageuse vu que le monorail passe au-dessus des autoroutes. Nul besoin donc de construire de nouveaux viaducs. Il ne nécessite pas non plus d’expropriation de biens. « On économise tous ces coûts de travail au sol, de construction de viaducs et de ponts, d’expropriation », pense Sadeq. Au niveau environnemental, le spécialiste se réfère à un rapport publié le 14 novembre par la société Alstom, spécialiste des transports ferroviaires, selon lequel les lignes de métro et de monorail devraient permettre à la capitale d’éviter un cumul de 35 millions de tonnes d’émissions de CO2 entre 2023 et 2050, soit 10% des émissions totales de gaz à effet de serre de l’Egypte en 2019. A cela s’ajoute le fait que « le design emblématique du monorail et sa capacité de transport de masse contribueront à façonner l’identité du Caire en tant que ville moderne ».

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