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João Aguiar Machado : L’OMC doit apporter des solutions concrètes à des problèmes concrets

Névine Kamel, Mercredi, 14 décembre 2022

Lors de rencontres avec des journalistes à l’occasion d’un Séminaire de formation sur l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les délégués des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la Chine auprès de cette organisation ont livré leurs visions sur les problématiques du commerce mondial. Compte rendu.

João Aguiar Machado

João Aguiar Machado, ambassadeur de l’Union européenne auprès de l’OMC.

Quel est l’impact des tensions géopolitiques croissantes sur les principes du multilatéralisme commercial ?

João Aguiar Machado: Le monde a connu des bouleversements majeurs et les tensions géopolitiques croissantes n’épargnent pas le commerce international. La pandémie de Covid-19, les frictions entre les Etats-Unis et la Chine et la guerre menée par la Russie en Ukraine ont profondément changé la donne. Les défis se superposent: sécurité alimentaire, crise énergétique, inflation, gonflement de la dette, venant s’ajouter aux problématiques structurelles comme le changement climatique. Les tentations sont fortes d’un retour à l’unilatéralisme, au protectionnisme, portant le risque d’un système fragmenté. La réponse doit, au contraire, être celle d’une coopération accrue et d’un renforcement du système multilatéral. Ainsi, coopérer avec nos partenaires est fondamental pour soutenir la reprise économique mondiale, des emplois décents, le développement durable et la transition écologique. Pour cela, nous avons besoin d’institutions multilatérales efficaces — et d’une OMC forte.

— Pensez-vous donc que l’OMC doit être réformée pour répondre aux nouveaux défis mondiaux ?

— Réformer l’OMC, c’est retrouver un système de règlement des différends qui fonctionne pleinement. Les membres s’y sont engagés d’ici 2024. C’est avoir une approche plus souple pour que l’OMC puisse négocier sur les sujets d’importance de la politique commerciale de façon ouverte et inclusive.

C’est avoir un dialogue renouvelé sur l’articulation entre commerce et développement en prenant en compte l’expérience et les problématiques concrètes auxquelles sont confrontés les pays en voie de développement et les pays les moins avancés.

— La CM12 a conclu un accord qui autorise la levée temporaire des brevets sur les vaccins anti-COVID. Quelle est la position de l’Union Européenne (UE) envers cette question ?

— Les débats sur la réponse à la pandémie ont mis en exergue la question-clé du développement des capacités — que ce soit en matière de santé ou plus largement. L’enjeu est multidimensionnel et appelle une approche d’ensemble. La propriété intellectuelle a un rôle à jouer. D’autres dimensions de politique commerciale sont également cruciales. Assurer un commerce transparent et ouvert est fondamental à une réponse coordonnée et efficace. Maintenir ou ériger des barrières tarifaires, réglementaires et douanières est une stratégie perdante. Sans accès rapide et simple aux ingrédients ou aux matériels, à quoi sert de lever la protection des brevets ? L’OMC doit apporter des solutions concrètes à des problèmes concrets.

L’UE a joué un rôle moteur dans la réponse globale à la pandémie, notamment à travers COVAX, et pour renforcer le cadre global relatif à la sécurité en matière de santé. Parmi les producteurs principaux de vaccins, l’UE a été la première à exporter — et a exporté une partie importante de sa production. Elle a exporté autant de doses qu’elle en a distribué à ses propres citoyens. A la mi-novembre 2022, l’UE et ses Etats membres avaient distribué plus de 497 millions de doses, parmi lesquelles près de 420 millions de doses par le biais de COVAX.

L’UE soutient le développement de la production de vaccins au niveau local (Ghana, Sénégal, Afrique du Sud et Rwanda) avec un investissement de 1 milliard d’euros. Plusieurs initiatives du secteur privé visent également à accroître la capacité de production en Afrique — BioNTech coopère avec plusieurs pays d’Afrique sur la technologie ARN messager ; Moderna installe des sites de production.

— Comment voyez-vous l’importance de l’intégration économique entre l’UE et l’Afrique ?

— Le système commercial multilatéral est un atout pour l’intégration économique africaine. Les deux peuvent se renforcer mutuellement. L’UE souhaite approfondir le dialogue avec le continent africain et les Etats africains. Nos deux continents peuvent bâtir sur de multiples liens culturels, économiques et politiques. Une intégration économique plus étroite des deux continents servirait tout à la fois la stabilité et la prospérité en Afrique et la stabilité et la prospérité de l’UE. Il s’agit de gagnant-gagnant.

— Quelle est la nouvelle vision de la politique d’aide au développement de l’UE ?

— Les accords de partenariat économique remplacent un système unilatéral de l’UE par un partenariat visant à mobiliser la relation commerciale et l’aide européenne pour le développement des pays partenaires, de préférence en renforçant l’intégration régionale entre eux. Ces accords ne sont pas obligatoires, mais ils sont un outil intéressant pour les pays — y inclus les pays les moins avancés — qui souhaitent se développer via une intégration économique plus poussée avec leurs voisins et avec l’UE, marché de 440 millions d’habitants et source de technologie et investissements.

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