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Mohamad Al-Chérif : L’Etat est conscient de la nature distinguée d’Alexandrie et travaille dur pour la mettre en valeur

Amira Samir , Mercredi, 30 novembre 2022

Le général Mohamad Al-Chérif, gouverneur d’Alexandrie, revient sur le plan de développement multidimensionnel du gouvernorat. Il explique les efforts de promotion des investissements et du secteur industriel à Alexandrie. Entretien.

Mohamad Al-Chérif
(Photo : Karim Mostafa)

Al-Ahram Hebdo : Le gouvernorat d’Alexandrie se trouve au coeur d’un plan de réaménagement à multiples dimensions. Quelle est la nouvelle philosophie du développement ?

Général Mohamad Al-Chérif : L’Etat accorde une grande attention au développement du gouvernorat d’Alexandrie. Le gouvernement a ainsi élaboré un vaste plan d’aménagement basé sur des principes et des idées économiques avancés qui vont au-delà des idées anciennes. Ce sont effectivement des idées qui portent des politiques publiques claires et des décisions conscientes, transparentes et sincères. Le développement d’Alexandrie s’inscrit dans la stratégie de l’Etat de s’attaquer aux erreurs du passé et faire face aux défis du présent et de l’avenir.

— Le processus de développement ne peut être réalisé sans une infrastructure solide. Qu’est-ce qui a été réalisé dans ce domaine ?

— Le gouvernorat d’Alexandrie a commencé par mettre en oeuvre des grands projets d’infrastructures afin d’éliminer la crise de congestion du trafic dont souffrent la plupart des quartiers et zones vitales d’Alexandrie depuis plusieurs années, en particulier pendant les mois d’été, lorsque le nombre de citoyens atteint 7 millions de personnes et parfois 9 millions entre résidents et visiteurs de la ville. Dans ce contexte, le gouvernorat d’Alexandrie a lancé des projets routiers importants dont les plus importants sont : l’axe de circulation d’Al-Mahmoudiya qui relie l’est à l’ouest de la ville, ainsi que la construction du tunnel et pont Anouar Al-Sadate, dont la phase opérationnelle a été lancée le 18 novembre. Connu auparavant par l’axe Khamsa Warbeïn ou 45, le projet de l’axe Sadate comprend la construction d’un tunnel à double voie, de 19 mètres de largeur et d’une longueur d’environ 150 mètres, ainsi que la construction de deux tunnels pour piétons, à droite et à gauche de la voie. Environ 97% des travaux de ce projet ont été achevés.

— Le problème des bidonvilles est le plus grand défi pour le développement urbain et économique de toute ville. Quelles sont les mesures prises par le gouvernorat à ce sujet ?

— Le plan de développement des bidonvilles comprend deux axes principaux : le premier concerne les bidonvilles qui souffrent d’un manque criant de services tels que l’assainissement, l’éclairage, le pavage des rues et d’autres services qui garantissent une vie décente aux habitants de ces quartiers. Le deuxième axe concerne les marchés anarchiques répartis dans ces quartiers. En ce qui concerne les bidonvilles, le gouvernorat d’Alexandrie est sur le point d’achever le développement et la réhabilitation de 6 bidonvilles en coopération avec le Fonds de développement de la civilisation dépendant de la présidence du Conseil des ministres, avec un coût total qui s’élève à environ 721 millions de L.E. Ces zones sont : Assafra Qébli, Sidi Bichr Qébli, Dana et Mahroussa, Ezbet Mohsen, Al-Dékheila Al-Gabaliya et Al-Hadara Al-Guédida. Le taux d’exécution du projet a dépassé 90% dans certaines zones et 97% dans d’autres. De même, les travaux du développement de la région de Maamoura Al-Balad, à l’est d’Alexandrie, vont bientôt commencer avec un coût estimé à 2,5 millions d’euros, financé par l’Union européenne, l’Agence allemande pour la coopération internationale et le Fonds de développement urbain.

— Qu’en est-il des marchés informels ?

— La ville d’Alexandrie compte environ 84 marchés informels, regroupant un grand nombre de vendeurs ambulants. Cela a conduit à des embouteillages dans de nombreuses rues vitales. Ainsi, un plan a été élaboré pour traiter les racines de ce problème. Par exemple, on a déjà commencé par le marché de la « gare Masr », considéré comme l’un des plus grands marchés informels de la ville. Le but étant de redonner aux places leur forme civilisée, et ce, en coopération avec l’Agence des projets du service national pour établir un marché urbain sur la place de la « gare Masr » sur le modèle européen. Les anciens vendeurs y seront transférés, et la place sera bientôt inaugurée. Le développement des marchés de la zone Manchiya et la station Raml sera traité de la même façon, afin d’éradiquer complètement les marchés anarchiques et de restaurer l’aspect esthétique et civilisé d’Alexandrie.


(Photo : Karim Mostafa)

— La ville d’Alexandrie se distingue par son caractère historique et culturel unique. Quel est le plan posé pour renforcer et préserver l’identité et l’attractivité touristique d’Alexandrie ?

— Alexandrie est l’une des villes côtières égyptiennes les plus importantes qui possède un caractère unique, qui apparaît clairement dans la culture, les arts de ses habitants et dans ses rues anciennes. L’Etat est pleinement conscient de la nature distinguée d’Alexandrie et travaille dur pour la préserver et la mettre en valeur. Nous avons déjà commencé à mettre en oeuvre le grand projet national de « l’identité visuelle » visant à unifier et à consolider les concepts d’identité visuelle pour chaque gouvernorat. Nous avons commencé par concevoir un logo qui reflète une image fixe des caractéristiques de la ville d’Alexandrie pour qu’elle soit ancrée dans l’esprit de ses visiteurs et la distinguer facilement des autres gouvernorats. Une autre initiative, « Street Story » ou « histoire d’une rue », a été lancée en coopération avec l’Organisation nationale de coordination urbaine du ministère de la Culture. Celle-ci vise à raviver la mémoire nationale et historique de la société alexandrine et à mettre en lumière les histoires de rues et celles des personnalités importantes dont les noms sont donnés à certaines rues. L’initiative a été mise en oeuvre en plaçant 50 panneaux d’identification sur des poteaux équipés de la fonction QR Code, portant un bref résumé de l’histoire de la rue. Sur un autre volet, les centres de rayonnement culturel d’Alexandrie (tels que la Bibliothèque d’Alexandrie, le Théâtre Sayed Darwich, les palais de la culture, etc.) travaillent à affirmer le statut et l’identité culturelle et historique de la ville à travers des événements et activités qu’ils présentent au public, comme le Festival d’été, qui s’est tenu en août dernier au théâtre romain de Kom Al-Dékka, ainsi que le Festival de la musique arabe, l’un des piliers de la préservation de l’identité et du patrimoine musical arabes, et autres. Tout cela s’ajoute au grand rôle joué par la Bibliothèque d’Alexandrie en tant qu’immense édifice culturel et témoin du statut culturel et civilisationnel d’Alexandrie à travers les différentes époques.

— Selon certains rapports internationaux, Alexandrie fait partie des villes les plus menacées par la montée de l’eau des mers. Quelles sont les mesures prises pour limiter l’impact du changement climatique ?

— Le gouvernorat d’Alexandrie a lancé depuis 2003 des projets de protection des plages en coordination avec l’Autorité générale égyptienne pour la protection du littoral et le ministère de l’Irrigation et des Ressources hydriques. Un plan bien étudié a été élaboré pour sécuriser toutes les plages de la ville. Huit projets sont actuellement en cours d’exécution tout au long de la côte d’Alexandrie, avec un coût de 1,680 milliard de L.E. Au cours de la période allant de 2003 à 2022, un certain nombre de projets ont été achevés, dont les plus importants sont: la zone devant le fort de Qaïtbay, la corniche de Manchiya et la station de Raml, la côte d’Alexandrie devant et à l’ouest de l’hôtel Mahroussa, Bir Massoud et la région de la baie d’Abouqir. Ces projets visent à protéger la route de la corniche des tempêtes, protéger les infrastructures et les installations historiques telles que la forteresse de Qaïtbay et les installations culturelles telles que la Bibliothèque d’Alexandrie. Les travaux de développement consistent également à élargir la route de la corniche et à augmenter les espaces consacrés aux touristes et vacanciers et l’aménagement de certaines plages de sable disparues du fait du changement climatique. Le projet vise également la restauration de l’aspect esthétique des plages d’Alexandrie.

— La saison des pluies approche, comment le gouvernorat s’y prépare-t-il ?

— Nous avons de nombreuses procédures et solutions, dont certaines sont temporaires et d’autres permanentes. La stratégie intégrée de gestion des eaux pluviales est l’une des solutions radicales les plus importantes qui contribuera de manière significative à réduire les impacts résultant des quantités sans précédent d’eau de pluie dont Alexandrie est témoin chaque année en raison du changement climatique. L’Etat s’emploie désormais à profiter des eaux de pluie sans gaspiller une seule goutte d’eau pour la détourner vers le nouveau delta. La stratégie comprend surtout la mise en oeuvre de 9 projets, qui seront exécutés sur plusieurs phases, avec un coût initial de 750 millions de L.E. Trois projets ont été déjà achevés, pour un coût de 160 millions de L.E., dans les régions de Chatbi, Cléopâtre et Laurent, en coopération avec la Société d’assainissement et de gestion des eaux de l’Autorité du génie des forces armées.


(Photo : Karim Mostafa)

— Quel est le plan du gouvernorat pour soutenir les projets d’investissement à Alexandrie ?

— Le gouvernorat d’Alexandrie s’efforce à soutenir le secteur industriel, et ce, à travers la multiplication des projets d’investissement et le lancement des campagnes de commercialisation des zones industrielles. L’objectif étant de booster le climat des affaires et de créer des emplois pour les jeunes. Pour réaliser ces objectifs, le Conseil consultatif économique et social du gouvernorat d’Alexandrie a vu récemment le jour pour participer à la définition de la vision de développement et du futur plan stratégique du gouvernorat. Ce conseil vise à identifier les capacités du secteur industriel à Alexandrie et à discuter de tous les défis et problèmes auxquels il fait face. Le gouvernorat d’Alexandrie a une nature économique particulière. Il détient 40% de l’industrie en Egypte et possède les plus grands ports du pays. Notre ville est prête à fournir un soutien total à tous les investisseurs afin de maximiser les ressources financières du gouvernorat. La zone libre d’Al-Amriya, à l’est de la ville, est considérée comme l’une des plus grandes zones industrielles du gouvernorat. En fait, Alexandrie comprend de nombreuses autres agglomérations industrielles, dont les plus importantes sont les zones industrielles de Borg Al-Arab Al-Guédida, Agami, Nassiriya, Om Zighéo et Anfouchi.

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