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200 ANS D’ÉGYPTOLOGIE : Sur les pas des scientifiques

Doaa Elhami , Mercredi, 28 septembre 2022

Nombreuses sont les tentatives effectuées avant Champollion pour déchiffrer les hiéroglyphes. Focus.

Sur les pas des scientifiques

 « Les dessins, les couleurs vives et les colonnes régulières des signes hiéroglyphiques de la langue de l’Egypte Ancienne ornant les parois des temples et des tombes ont toujours fasciné les amateurs et les professionnels », souligne l’égyptologue Okasha Al-Daly, responsable des acquisitions à Qatar University Press, ajoutant que la beauté de ces formes et le mystère qui entoure ces monuments ont attiré des scientifiques des époques islamiques pour étudier ces signes en tant que clés pour découvrir les différentes sciences des Anciens Egyptiens. « Lors de mes recherches académiques qui ont duré presque une décennie, j’ai découvert des milliers de manuscrits qui témoignent de l’intérêt profond prêté aux signes hiéroglyphiques pendant les époques médiévales », souligne-t-il.

Tous ces manuscrits précèdent de plusieurs siècles le déchiffrement de Jean-François Champollion. En effet, la langue de l’Egypte Ancienne, avec ses trois écritures, hiéroglyphique, hiératique et démotique, restait vivante parmi les Egyptiens jusqu’au IVe siècle de notre ère. A partir de cette date, la langue de l’Egypte Ancienne commença à disparaître petit à petit.

Contributions arabes

Néanmoins, les tentatives de décoder cette langue commencent au VIIIe siècle avec le chimiste arabe Gaber Ibn Hayane qui constate que les signes colorés qui ornent les parois des temples et tombes égyptiens sont la clé pour découvrir les sciences des Anciens Egyptiens. Il inscrit ses tentatives du déchiffrement dans ses deux livres Kachf Al-Romouz wa Mafatih Al-Konouz (la découverte des signes et les clés des trésors) et Al-Hassel Fi Elm Al-Mizane (l’effectué dans la science de la balance). Cette tentative est suivie par une autre effectuée par le scientifique égyptien Ayoub Ibn Maslama qui parvient à lire certaines inscriptions de la langue de l’Egypte Ancienne.

Au IXe siècle, le soufi Zoul-Noun Al-Mesri, né près du temple de la cité d’Akhmim, dans l’actuel gouvernorat de Sohag, en Haute-Egypte, se trouve entouré par les signes hiéroglyphiques. « A cette époque, la communauté locale communique encore la langue copte, qui est dérivée de la langue de l’Egypte Ancienne », explique Ahmad Mansour, directeur du Centre des études des calligraphies à la Bibliotheca Alexandrina. Zoul-Noun étudie les hiéroglyphes comme témoignent ses ouvrages Hal Al-Romouz (la solution des signes) et Barie Al-Arqam fi Kachf Ossoul Al-Loghate Wal Aqlam (l’expert en chiffres dans la découverte des origines des langues et des écritures). Ces livres renferment les études des écritures anciennes, dont l’égyptienne. Certaines pages de ces livres sont consacrées à quelques signes hiéroglyphiques avec leur valeur sonore.

Toujours au IXe siècle, le linguiste et chimiste iraqien Ahmad Abou-Bakr Ibn Ali, connu par Ibn Wahchia, a réalisé des essais remarquables dans ce domaine. « Il distingue quelques signes hiéroglyphiques comme des signes sonores, écrit correctement un grand nombre de signes hiéroglyphiques, en utilisant 12 parmi ceux-ci dans l’alphabet égyptien », explique Mansour. Il souligne que son livre est conservé dans la Bibliothèque Nationale de France et la version anglaise est publiée en 1806.

Aboul-Qassem Al-Eraqi, qui a vécu au XIVe siècle et est décédé en 1341, a fait une copie d’une stèle de la XIIe dynastie. « Il y indique les noms et les surnoms du roi Amnemhat II », reprend Mansour. D’après les égyptologues, les scientifiques égyptiens et arabes ont contribué au déchiffrement des signes hiéroglyphiques en découvrant le lien entre la langue de l’Egypte Ancienne et celle copte. Ils ont aussi compris que les signes hiéroglyphiques ne sont pas de simples inscriptions figuratives, mais des lettres d’une valeur phonétique. Selon lui, ces résultats, d’une importance majeure, ont jeté les bases pour les scientifiques européens, trois siècles plus tard.

Intérêts plus vastes

Surnommé le « père des Orientalistes », le Français Silvestre de Sacy est le premier à s’intéresser aux langues orientales. Il étudie les langues arabe, perse et turque. De Sacy compare la langue copte au démotique. « Mais les signes hiéroglyphiques gardent toujours leur mystère. Ils sont pour lui des symboles qui expriment de simples idées », explique Mansour. Vient ensuite son élève suédois, Johan David Akerblad, qui continue son itinéraire. Il est également orientaliste, il s’intéresse à l’étude de l’égyptologie et de la langue copte. « Il révèle 14 signes démotiques de 29. Quant aux signes hiéroglyphiques, ils gardent toujours leur secret », reprend Mansour.

La dernière tentative de décodage est marquée par la rivalité entre le médecin anglais Thomas Young et le Français Jean-François Champollion. Tous deux ont travaillé sur la pierre de Rosette. Young traite les hiéroglyphes comme une énigme à décoder, utilisant la logique et les maths, mais ses tentatives essuient un échec. Quant à Champollion, son itinéraire est plus long, mais bien assuré. Constatant que la langue copte est la clé de la langue de l’Egypte Ancienne, il décide de l’étudier. A leur tour, les officiers français lui conseillent de consulter le moine égyptien Yohanna Al-Cheftéchi qui vit dans l’église Saint-Roche, vu sa vaste culture et sa modestie. Etant interprète, Al-Cheftéchi apprend à Champollion les lettres, et surtout les sons de la langue copte, ainsi que les mots et les structures des phrases. Grâce à ces leçons, le jeune Champollion parvient à déchiffrer les signes hiéroglyphiques, donnant naissance à l’égyptologie.

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