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Population : Indicateurs positifs

May Al-Maghrabi , Mercredi, 14 septembre 2022

L’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques vient de publier les résultats d’une enquête sur la population et la santé publique. Décryptage.

Population : Indicateurs positifs

La santé reproductive des Egyptiens s’est globalement améliorée. C’est ce qui ressort d’une enquête publiée cette semaine par l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS). L’enquête revient sur des indicateurs comme les taux de fécondité, de mortalité infantile, d’excision, ainsi que l’usage des moyens de contraception. Hala Al-Saïd, la ministre de la Planification, a souligné également l’importance de cette étude : « Ces données nous permettent de mettre en place des stratégies qui répondent à nos objectifs de planification et de développement durable jusqu’en 2030. Elle ajoute que « la nette amélioration des indices confirme l’efficacité des programmes lancés ces dernières années ». Par ailleurs, la ministre explique que le développement de la famille repose sur 4 axes principaux: la sensibilisation des citoyens aux conséquences d’une forte croissance démographique, l’accès gratuit aux contraceptifs et aux soins médicaux, l’autonomie économique des femmes via des microprojets, et la transition vers le numérique pour suivre l’évolution des familles égyptiennes. Le taux de fécondité est passé de 3,5 enfants par femme en 2014 à 2,8 en 2021, soit une baisse de 20%. Le gouvernement souhaite ramener ce taux à 1,6 enfant par femme. L’enquête souligne que cette baisse varie selon les zones géographiques. En milieu urbain, le nombre moyen d’enfants par femme est de 2,2 tandis qu’il reste à 3,7 en Haute-Egypte. L’étude souligne également que 20% des naissances en 2021 étaient inopinées, contre 8% en 2014, et que 81,5% des mères de trois enfants ne désirent plus désormais de grossesse. Le facteur éducatif est à prendre en considération, les femmes diplômées (baccalauréat et plus) ont en moyenne 2,6 enfants, contre 3,6 pour celles qui n’ont pas terminé leurs études primaires. Le rapport souligne un pourcentage alarmant de naissances par césarienne de 72% en 2021, contre 52% en 2014.

En ce qui concerne le taux d’excision, les statistiques montrent que 14% des femmes de moins de 19 ans ont été victimes de Mutilations Génitales Féminines (MGF) en 2021, contre 21% en 2014. Le pourcentage s’élève à 86,6 % en zone rurale. Depuis mars 2021, de nouvelles lois approuvées par le parlement durcissent les peines à l’encontre des médecins pratiquant des opérations d’excision. Pourtant, 74% des femmes de moins de 19 ans qui ont été excisées l’ont été par des médecins. Un recul positif, mais qui reste « insuffisant » comme le déplore la députée Abla Al-Hawari, membre de la commission de la santé au parlement.

Le travail des enfants est en recul, il concerne 5,6% des 5 -17 ans en 2021, contre 7% en 2014. Les gouvernorats périphériques enregistrent le pourcentage le plus faible avec 2,6% des enfants qui travaillent, contre 3,6% en 2014. Les zones rurales affichent le pourcentage le plus élevé avec 8,4% de petits travailleurs en 2021, contre 10,4 % en 2014. La mortalité infantile (de 0 à 4 ans) est passée de 5 enfants pour 1000 naissances en 2014 à 3 enfants pour 1000 naissances en 2021, soit une légère amélioration. Les enfants qui accusent un retard de croissance représentent désormais 13% des enfants égyptiens contre 21% en 2014 et ceux qui souffrent de malnutritionreprésentaient 3% de la population enfantine en 2021, contre 8% en 2014. En revanche, le nombre d’enfants (- de 5 ans) atteints d’anémie a grimpé à 43%, contre 27% en 2014.

Ce qui reste à faire

Ayman Zohari, spécialiste en démographie, considère que dans leur ensemble, ces indices sont prometteurs, surtout ceux concernant la fécondité. « Aujourd’hui, un taux de fécondité à 2,85, c’est un réel progrès. Cela montre l’efficacité des stratégies de planning familial qui ont été déployées, à la tête desquelles on retrouve le Projet de développement de la famille égyptienne, lancé par le président Sissi en février 2021 », explique Zohari. « Il faut se pencher sérieusement sur certains chiffres, comme celui des grossesses inopinées. Il est important que l’Etat soutienne le planning familial et qu’il offre un accès gratuit aux moyens de contraception. Mais il est aussi tout important d’inciter le personnel médical à sensibiliser les femmes à l’usage des contraceptifs. Si le pourcentage des grossesses non souhaitées a grimpé de 8% en 2014 à 20% en 2021, cela veut dire qu’il existe un véritable problème quant à l’usage des contraceptifs. Il faut donc trouver des solutions », insiste Zohari. Tarek Tawfik, vice-ministre de la Santé et responsable du dossier de la population, estime que ces données soulignent « l’importance d’axer les efforts de l’Etat sur la santé de la femme et de l’enfant pour contrer la croissance démographique ». Et d’ajouter: « Les chiffres montrent clairement le rapport qui existe entre le niveau d’éducation, l’utilisation des moyens de contraception et le taux de fécondité. Il faut à présent une loi pour relever l’âge minimum du mariage et durcir les peines à l’encontre des personnes responsables du mariage précoce. La loi sur le travail des enfants doit être également revue pour condamner les parents qui considèrent leur progéniture commeune source de revenus », conseille Tawfik. Il salue, pour terminer, les mesures prises par le gouvernement dans le but de renforcer l’autonomie économique des femmes, d’élever leur niveau d’éducation et d’améliorer les services de santé qui leur sont offerts. « Ces politiques remédient aux défaillances des précédentes stratégies de planning familial qui n’incluaient pas le développement social et économique des citoyens. Ces mesures commencent à porter leurs fruits, même s’il reste encore beaucoup à faire », conclut-il.

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