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Hussein Haridi : La visite de Biden inaugure une nouvelle phase dans les relations arabo-américaines

Ola Hamdi , Mercredi, 20 juillet 2022

L’ambassadeur Hussein Haridi, ancien adjoint au ministre des Affaires étrangères, analyse les résultats de la première tournée de Joe Biden au Moyen-Orient.

Hussein Haridi

Al-Ahram Hebdo : Quel était, selon vous, l’enjeu de cette première visite de Joe Biden au Moyen-Orient ?

L’ambassadeur Hussein Haridi: Le timing de la visite était important pour plusieurs raisons :  elle  est  liée  aux  conséquences  de  la  guerre en Ukraine et à la confrontation entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine. C’est également la quatrième tournée de Biden dans le monde depuis sa prise de fonction à la Maison Blanche. Sa visite en Israël pourrait avoir un impact positif sur les chances du Parti démocrate aux prochaines élections de mi-mandat qui se tiendront en novembre, à un moment où le taux d’inflation a atteint son niveau le plus élevé depuis 40 ans, soit 9,1 %. Quant aux pays du Conseil de coopération du Golfe, je pense que le document final du sommet montre la volonté des Etats-Unis de retrouver leur place au Moyen-Orient. Au cours des 18 derniers mois, les signaux envoyés par Washington étaient contradictoires et peu clairs, soulevant des doutes sur les intentions de l’Administration Biden au Moyen-Orient. Les rencontres qui ont eu lieu en Arabie saoudite ont mis les points sur les i et inaugurent une nouvelle phase dans les relations arabo-américaines. Les résultats de cette visite vont apparaître jour après jour.

—  Cette visite a-t-elle donc, selon vous, rétabli les liens entre les pays du Golfe et les Etats-Unis après une période de stagnation ?

— Nous pouvons dire qu’elle a remis les relations entre la région du Golfe et les Etats-Unis sur la bonne voie. La visite de Biden a été marquée par de nombreuses rencontres : le sommet sur la sécurité et le développement, les rencontres bilatérales entre le président Biden, l’Egypte et l’Iraq ... C’étaient deux jours pleins d’activités, ce qui reflète la volonté des deux parties de traiter toutes les questions soulevées, qu’il s’agisse des conséquences de la guerre en Ukraine ou des questions arabes. La déclaration conjointe issue des pourparlers entre Biden et Mohamad bin Salman constitue un plan d’action clair de la coopération américano-saoudienne dans divers domaines, même dans le domaine spatial.

— Quels sont, selon vous, les résultats de la visite du président américain en Israël et en Cisjordanie ?

— Cette visite est bien évidemment un gain énorme pour Israël et pourrait renforcer le camp de Biden et le Parti démocrate aux élections de mi-mandat du Congrès en novembre prochain. Malheureusement, la question palestinienne ne figure pas parmi les priorités stratégiques d’Israël et des Etats-Unis. Les négociations de paix sont suspendues depuis avril 2014, et il n’y a aucun signe que l’Administration américaine veuille leur reprise. Les discussions se focalisent actuellement sur la paix économique et l’amélioration des conditions de vie du peuple palestinien. Pourtant, nul ne parle de la mise en oeuvre des résolutions des Nations-Unies, de la solution des deux Etats, ou de l’arrêt de la colonisation.


(Photo : AP)

— Le président Mahmoud Abbas a mis en garde Joe Biden contre le fait que la solution des deux Etats pour la paix avec Israël pourrait être manquée. Biden a-t-il un plan clair pour la paix ?

— Il s’agissait de la première rencontre entre Abou-Mazen et Biden à Bethléem, un grand soutien moral et politique à l’Autorité palestinienne, d’autant plus que Biden a annoncé son soutien à la solution des deux Etats sur les frontières de 1967. Cette déclaration est d’une importance majeure et est considérée comme une réussite pour le sommet car, sur le plan diplomatique, elle signifie que les Etats-Unis ne reconnaissent pas l’occupation des terres de la Cisjordanie. Il ne fait aucun doute que l’Autorité palestinienne avait besoin de cette motivation morale et politique de la part du président américain. Nous avions espéré bien sûr qu’il y aurait des mesures américaines plus audacieuses qui soutiennent la cause palestinienne.

— Comment analysez-vous la Déclaration de Jérusalem et son impact sur la sécurité régionale ?

— Biden a signé la Déclaration de Jérusalem avec Israël, en vertu de laquelle Washington s’engage à empêcher l’Iran d’obtenir des armes nucléaires. Cet engagement américain oblige les prochaines Administrations américaines à défendre Israël, tout en soulignant que l’Iran ne possède pas de bombe nucléaire. Ce partenariat entre Biden et Lapid nuit à la sécurité régionale : si nous examinons ses clauses, elle ne peut pas mener à la sécurité régionale, bien au contraire, elle ébranle plutôt les fondements de la stabilité régionale. De même, ce qui s’est passé en termes de renforcement de la coopération militaire et d’augmentation de l’aide militaire et de la défense américaine à Israël n’était pas surprenant.

— Et quelle est la réaction de l’Iran ?

— L’Iran a dévoilé, lors de la visite, sa première division navale de porte-drones de la marine iranienne, comprenant des navires et des sous-marins capables de transporter toutes sortes de drones, allant des drones de combat à ceux de détection et de destruction. Il s’agit d’une évolution dangereuse des capacités militaires iraniennes. C’est pourquoi je pense que les conclusions de la Déclaration de Jérusalem déstabilisent la sécurité et la stabilité régionales.

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