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Des villes, des histoires

Racha Darwich, Lundi, 20 décembre 2021

Après des années de guerre et de destruction, plusieurs villes arabes tentent de renaître de leurs cendres. Un défi colossal.

Des villes, des histoires

Derna (Libye) : Priorité aux services et aux écoles

Des activistes libyens ont lancé une campagne à travers les réseaux sociaux sous le hashtag « la mai
Des activistes libyens ont lancé une campagne à travers les réseaux sociaux sous le hashtag « la main dans la main, nous la reconstruirons  ».

La reconstruction commence petit à petit dans la ville côtière de Derna devenue, après la chute du régime de Kadhafi en 2011, « la capitale des terroristes » avant que l’Armée nationale libyenne ne restitue cette ville portuaire stratégique en juin 2018. Située au nord-est de la Libye à quelques 1000 km de Tripoli, Derna est nichée sur la côte de la Méditerranée et sur la chaîne montagneuse de la Montagne verte. Connue pour ses sources d’eau douce et ses forêts montagneuses, elle est surnommée la Perle de la Cyrénaïque.

La ville a vécu de nombreux événements historiques. Durant l’époque hellénistique, les Grecs ont fondé à ses proximités quatre villes connues sous le nom d’Irasa. Bien que la ville ait connu une période de récession durant les ères byzantine et romaine, elle est devenue un important centre commercial et administratif pendant le règne ottoman au début du XVIIe siècle, grâce à son mouvement commercial et culturel, ses terres agricoles fertiles et son port. Entre 1911 et 1945, la ville est tombée sous l’occupation italienne, puis elle est revenue sous la bannière de l’Etat libyen après l’indépendance.

La ville regorge donc de monuments des différentes époques hellénistique, romaine, byzantine et islamique, ainsi que d’une importante richesse en flore dans ses forêts de la Montagne verte qui, elles aussi, ont connu d’importants dégâts.

Après la victoire de l’Armée nationale et le commencement du retour des habitants, dont le nombre était évalué à près de 150000 avant le déclenchement des conflits, des Libyens ont commencé à lancer une campagne à travers les réseaux sociaux sous le hashtag « la main dans la main, nous la reconstruirons », appelant à accorder la priorité à la reconstruction des écoles et des principaux services pour encourager les citoyens à revenir dans la ville.

Dans ce contexte, le Conseil des ministres libyen a promulgué le décret 45 pour l’année 2021 pour la création d’un fonds en vue de la reconstruction des régions détruites par la guerre dans les villes de Benghazi et Derna, lui allouant la somme d’un milliard et demi de dinars libyens pour que Derna, comme le reste du pays, retrouve son ampleur d’antan

Alep (Syrie) : L’espoir de redonner vie à l’industrie

La ville a quasiment perdu toute son infrastructure industrielle, il ne reste presque que les bâtime
La ville a quasiment perdu toute son infrastructure industrielle, il ne reste presque que les bâtiments résidentiels.

Pendant des décennies, cette ville historique du nord de la Syrie a constitué le principal pilier économique et industriel du pays. Mais ce glorieux passé a été complètement anéanti durant les années de guerre, surtout que la ville a vécu fin 2016 « la grande bataille » qui s’est terminée par la reprise de l’armée syrienne de toutes les articulations de la ville mais qui a aussi transformé la ville en ruines. Bien que l’Unesco estime que les affrontements à Alep aient abouti à la destruction de 60% de ses bâtiment, dont 30% sont entièrement démolis, les experts confirment que les chiffres réels sont beaucoup plus importants.

La ville a quasiment perdu toute son infrastructure industrielle, les quelques bâtiments qui restent dans la ville sont en majorité résidentiels. Près de 1 000 usines d’Alep ont été transférées grâce au marché noir vers la Turquie. D’autres ont été démantelées de manière primitive et hasardeuse et vendues sur les marchés turcs. Mais Alep n’a pas seulement perdu ses bâtiments, ses usines et ses machines mais aussi son énorme richesse humaine expérimentée qui a déserté la ville pour trouver abri sous d’autres cieux.

En février 2020, des projets de reconstruction ont été lancés dans plusieurs domaines pour sauver la ville d’Alep et redonner vie à son industrie, mais les défis restent toujours énormes.

Cependant, de nombreux analystes gardent encore espoir qu’Alep pourra renaître des cendres en tant que ville industrielle puissante du fait que des villes proches comme Manbij et Qimichli continuent à compter sur les industries lourdes d’Alep et sont incapables de prendre sa place.

Même Damas, l’éternel concurrent d’Alep, est incapable de répondre aux besoins industriels du pays. Raison pour laquelle la reprise des vols dans l’aéroport international d’Alep avait essentiellement pour objectif d’encourager les industriels pour qu’ils puissent exporter leurs produits. Mais malgré toutes ces tentatives, la capacité d’Alep de retrouver sa place industrielle d’antan reste fortement liée aux conjonctures politiques du pays, aux sanctions économiques qui lui sont imposées et aux difficultés d’importer et d’exporter.

Mossoul (Iraq) : Ressusciter la symbolique religieuse

La ville a été largement détruite pendant l’occupation de Daech.
La ville a été largement détruite pendant l’occupation de Daech.

Quatre ans après sa libération, la ville de Mossoul témoigne de vastes efforts de reconstruction après les énormes destructions témoignées pendant la domination de Daech de 2014 à 2017, ainsi que les batailles de libération de la ville. Située à 402km de Bagdad, Mossoul est la deuxième plus grande ville de l’Iraq. Les travaux de reconstruction avancent lentement à cause de l’énorme étendue des dégâts et les tonnes de débris. En effet, près de 75% de ses bâtiments historiques ont été détruits, alors que les pertes sont estimées à plus d’un milliard de dollars. La grande mosquée Al-Nouri avec son célèbre minaret baptisé Al-Hadba (la bossue) a été abattue.

Les images de ce joyau du XIIe siècle détruit à l’explosif par les terroristes de Daech en juin 2017 avaient fait le tour du monde. A quelques dizaines de mètres, le couvent Notre-Dame de l’Heure a lui aussi été largement endommagé, ainsi que la grande église Al-Tahra des Syriaques catholiques. Abu-Dhabi finance la reconstruction de ces trois monuments religieux sous l’égide de l’Unesco qui a lancé, en 2018, un an après la libération de la ville, une opération baptisée « Faire revivre l’esprit de Mossoul » qui concerne « la réhabilitation du tissu historique de la vieille ville de Mossoul, la relance de la vie culturelle de la ville et le renforcement de son système éducatif pour assurer une éducation de qualité pour tous ».

Dans ce cadre, l’organisation onusienne a lancé un concours international d’architecture en novembre 2020 pour la reconstruction du complexe historique de la mosquée Al-Nouri. Sélectionné par un jury international parmi 123 candidatures, le projet gagnant dévoilé par l’Unesco en avril dernier a été présenté par des architectes égyptiens chevronnés avec une expérience notable dans la réhabilitation du patrimoine, l’urbanisme et l’architecture climatique. Les travaux doivent commencer ce mois de décembre 2021 et durer au moins jusqu’en 2023.

Beit Lahia (Bande de Gaza, Palestine) : Une nouvelle ville résidentielle

Les agressions israéliennes ont détruit de grandes parties de la ville, notamment ses grandes tours
Les agressions israéliennes ont détruit de grandes parties de la ville, notamment ses grandes tours résidentielles.

La ville de Beit Lahia, située dans le nord de la bande de Gaza à près de 9 km de la ville de Gaza, remonte à l’ère romaine comme le confirment les monuments romains, perses puis islamiques qui s’y trouvent. Selon certains historiens, son nom viendrait du mot Beit Al-Aléha (la maison des dieux) car elle était un emplacement pour les dieux et les temples durant l’antiquité, alors que d’autres pensent qu’il s’agissait de grands jardins avec des lieux de promenade et de divertissement (lahou) à proximité des temples.

C’est pourquoi elle est devenue la maison des dieux et des divertissements en même temps. Avant 1948, sa superficie atteignait quelque 50 km2 sans les terres que possédaient ses habitants à l’est en dehors du village. Aujourd’hui, cette superficie a changé en conséquence des mutations survenues. Des terres ont été occupées au nord par l’Etat hébreu, alors que d’énormes superficies ont été utilisées pour loger les réfugiés et construire de nouveaux quartiers.

Durant les agressions israéliennes contre la bande de Gaza en 2017 et en mai dernier, les bombardements ont détruit de grandes parties de la ville, notamment ses grandes tours résidentielles.

En mai dernier, le président Sissi avait annoncé que l’Egypte accorderait une somme de 500 millions de dollars à la reconstruction de la bande de Gaza. C’est ainsi que plus de 50 engins et matériels de génie ont franchi les frontières égyptiennes vers Gaza dès le mois de juin dernier pour commencer à déblayer les débris, alors que le gouvernement égyptien vient d’annoncer le commencement de la seconde phase de reconstruction.

C’est ainsi que devra commencer la construction d’une ville résidentielle à Beit Lahia, la reconstruction de la rue Al-Rachid où les travaux ont déjà commencé, ainsi que la création d’un pont au-dessus d’un carrefour important de la ville. Quant à la reconstruction des tours résidentielles détruites, elle figure sur la liste des priorités des équipes égyptiennes de reconstruction, notamment celles dont les débris ont été balayés.

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