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Des termes à redéfinir

Saad Al-Qersh, Mardi, 20 août 2013

Dans son essai sur le royaume de David et de Salomon, Ahmed Ezzat Sélim remet en cause les perceptions religieuses sur lesquelles les Israéliens entraînent le conflit arabo-israélien.

Le chercheur et romancier égyptien Ahmed Ezzat Sélim a décidé de mettre fin à toutes les interprétations. Il affirme que le royaume hébreu ne constitue que de pures illusions éternelles. Pour son essai, l’écrivain a choisi un titre encore plus large, ouvert aux différents points de vue, mais surtout qui donne libre cours au lecteur de déduire et d’aboutir à la conclusion désirée : « Le royaume hébreu de David et de Salomon … Illusions sans fin ».

Le lecteur, à qui n’échappera pas la partialité de l’auteur, un fait normal, retrouvera un flot de références, de sources et de preuves en arabe et en hébreu certifiant que les politiques israéliennes pratiquées contre les Palestiniens découlent de perceptions religieuses que les juifs se sont fait des non-juifs, dont les Arabes. Mais, Ahmed Ezzat Sélim refuse que le conflit arabo-israélien se transforme en un conflit religieux. « Même si la religion est omniprésente pour masquer la brutalité politique raciste », dit-il. Ce sont ces visions religieuses qui forment le pivot des stratégies militaires d’Israël, dans lesquelles se mêlent le légendaire au réaliste et le passé au présent : « Où l’Histoire devient théologie et la théologie devient Histoire ». Des perceptions fondées sur la conviction des fondateurs et des dirigeants d’Israël qu’ils sont les héritiers de l’ancien royaume de David et de Salomon. L’auteur refuse de cantonner ce conflit qui se rapporte à la civilisation et à la politique dans les seules dimensions religieuses, ce qui constitue, de son point de vue, une vraie menace à l’entité de la société arabe. Mais il y voit une tentative de « cacher la face réelle de l’entité sioniste colonialiste, ayant pour mot d’ordre le meurtre et l’extermination, et servant de base colonialiste stratégique à l’Occident ». Pour étayer son hypothèse, le chercheur égyptien prend pour témoignage les célèbres propos de Theodor Herzl, le dirigeant juif le plus important depuis le premier Congrès, tenu à Bâle en Suisse en 1897, notamment lorsqu’il a dit que « quand les juifs retourneront à leur patrie historique (la Palestine), ils le feront en tant que représentants de la civilisation européenne ».

Le livre de 284 pages, grand format, est publié par l’Organisme des palais de la culture et vient compléter le côté historique d’un autre roman du même auteur paru 3 ans plus tôt La Torah.

L’auteur n’a pas pour objectif de diaboliser Israël ou de tisser une légende autour de cette entité. Mais il n’omet pas de mettre l’accent sur l’impact des illusions religieuses « qui font des juifs — les seuls humains — l’épicentre de la sainteté et le peuple élu de Dieu. Faisant de leur Etat celui des prophètes et le royaume des théologiens. Ainsi, l’existence et la survie juive deviennent une fin liée à l’élimination et le refus de l’autre ». C’est comme si l’auteur mettait en avant la fameuse équation : « Etre ou ne pas être ».

Justification psychologique

L’écrivain avance également que « la théologie raciste israélienne, en tant qu’énergie sacrée, devient donc une justification à l’inégalité, à l’exploitation et aux guerres ». Cette théologie raciste accorde la justification psychologique et la couverture morale aux attitudes des Israéliens à l’égard des autres, à la tête desquels il y a les Palestiniens et les Arabes.

Il était normal que le livre aborde l’idée de la pureté ethnique des juifs et remette en cause ces illusions pour confirmer qu’ils ne sont pas purs ethniquement, et que le peuple juif n’est pas l’élu de Dieu. Et d’affirmer par contre que les niveaux culturels et ethniques des groupes et des individus juifs diffèrent selon leur passé culturel et mental en rapport avec leurs sociétés d’origine dans lesquelles ils ont vécu. Ce qui veut dire, par exemple, que le juif originaire d’Ethiopie ne ressemble pas à celui qui vient d’Europe de l’Ouest.

Le racisme sioniste ne se limite pas aux dirigeants et aux hommes politiques ; c’est un mal qui atteint également les hommes de lettres et les poètes, que ce soit avant ou après la création d’Israël, tels que Tchernohovsky. Dans le conflit arabo-sioniste, l’existence arabe est antagoniste à l’existence sioniste. Raison pour laquelle, l’auteur estime que les solutions falsifiées qui font profit à Israël dans le rapport de forces reportent toute solution au conflit. Pour lui, la confrontation ne pourra être bénéfique que si elle se place dans un contexte « d’esprit critique, objectif et rationnel ».

L’importance du livre réside dans sa compréhension globale des éléments constitutifs de la théologie raciste israélienne. Cette théologie, qui renferme des classes diverses, relevant de la diversité géographique et anthropologique de groupes hétérogènes d’individus, ne partage ni une histoire, ni un patrimoine commun. Une tendance raciste qui, selon le livre, a trouvé une terre fertile pour servir les intérêts d’un colonialisme occidental qui fait tout pour maintenir son emprise sur le reste du monde.

Saad Al-Qersh Mamlaket Daoud wa Soliman al-ebriya … Awham la néhaya laha (le royaume hébreu de David et de Salomon … Illusions sans fin) d’Ahmed Ezzat Sélim, aux éditions de l’Organisme des palais de la culture, 2013, 284 pages

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