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Chérif Hazem : Nous travaillons sans relâche pour achever ce projet en 5 ans

Ola Hamdi, Lundi, 16 août 2021

Dr Chérif Hazem, conseiller du ministre des Finances, revient sur les enjeux du projet de numérisation des Archives nationales.

Chérif Hazem

Al-Ahram Hebdo : Quelle est l’importance du projet de numérisation des Archives nationales ?

Dr Chérif Hazem : Dans le cadre de la transformation numérique, l’Etat essaie de documenter la mémoire de l’Egypte en numérisant tous les documents anciens. Les Archives nationales sont l’ancien modèle d’un centre d’information où sont préservés tous les documents de l’Etat depuis l’époque de Mohamad Ali en 1829 jusqu’à nos jours. Un citoyen qui habite Assouan qui veut un document sur la propriété d’un bien immobilier ou qui veut connaître son arbre généalogique doit se rendre au Caire et aller aux Archives nationales pour soumettre sa demande. Une copie officielle du titre de propriété lui sera remise. Une fois la numérisation mise en place, les choses seront plus faciles pour les citoyens et ils n’auront plus à venir au Caire, ils auront les documents via Internet.

Numériser des documents ne signifie ni les scanner ni les mettre sur ordinateur, mais plutôt les intégrer dans un système complet qui vise à les protéger de tout dommage, d’autant plus qu’il s’agit de documents vieux d’environ 200 ans. De même, nous effectuons une analyse des données, ce qui confirme la validité du document et protège les propriétés agricoles, immobilières et autres.

— Y a-t-il un calendrier ?

— Nous travaillons sur ce projet à pleine capacité pour pouvoir numériser environ 5 millions de documents chaque année. Nos ambitions vont même plus loin que cela. Les directives du ministre des Finances, Dr Mohamad Maeit, vont dans le sens de doubler ou tripler ce chiffre durant la période à venir. C’est pourquoi nous organisons de nombreuses réunions avec le groupe chargé du projet afin d’accélérer le rythme de travail en doublant le personnel qualifié qui numérise les documents et les informations et en multipliant les outils dans le but d’arriver à 10 millions de documents par an. Nous donnons la priorité à deux types de documents : les propriétés agricoles et immobilières des particuliers et les propriétés de l’Etat. Nous voulons achever ce projet en 5 ans.

— Quel est le nombre des personnes qualifiées qui travaillent sur le projet ? Et comment sont-elles choisies ?

— Nous avons 100 personnes hautement qualifiées, ce sont des diplômés universitaires spécialisés en archéologie, en histoire et en documentation et qui connaissent plusieurs langues. Au cours de la période à venir, leur nombre va doubler. Nous avons également 30 cadres chargés de la restauration des documents. Eux aussi, ils sont hautement qualifiés. Ils traitent des documents vieux de 150 ou 200 ans, dont l’état a commencé à se détériorer pour les faire revenir à leur aspect d’origine sans perdre leur valeur historique. Ces cadres sont l’une des ressources humaines les plus importantes ici. C’est pourquoi nous essayons de faire en sorte qu’ils évoluent et qu’ils forment aussi de jeunes cadres afin d’assurer leur continuité.

— Combien de documents y a-t-il aux Archives nationales ? Quels sont les documents les plus importants ?

— Nous en avons environ 150 millions. Bien sûr leur importance varie. Nous nous concentrons actuellement sur la numérisation des deux parties principales que je viens de mentionner, et en même temps, il y a une partie historique très importante, qui est l’histoire de la juridiction égyptienne, les documents qui ont trait aux décisions de la justice égyptienne, les certificats de naissance, les dossiers qui se rapportent à l’emploi des hauts fonctionnaires du gouvernement égyptien et des anciens présidents de la République (Gamal Abdel-Nasser, Anouar Al-Sadate, et Saad Zaghloul, lorsqu’il était premier ministre). Il y a aussi les documents qui se rapportent à Tewfiq Al-Hakim et à Taha Hussein. Nous avons un projet ambitieux de faire un musée des documents une fois la numérisation des documents historiques terminée. Ce musée rendra service aux chercheurs et aux touristes qui veulent prendre connaissance de l’histoire de l’Egypte et voir ce bâtiment qui a une grande valeur historique.

— Les Archives nationales ont joué un rôle important dans la restitution de Taba à l’Egypte par Israël. Pouvez-vous nous dire comment ?

— L’une des sections les plus importantes des Archives nationales est celle des cartes historiques. Elle comprend toutes les cartes d’Egypte et tous les détails géographiques. Lorsque le problème de Taba est survenu lors de la délimitation des frontières entre l’Egypte et Israël, le gouvernement égyptien a formé un comité national qui comprenait entre autres des juristes, tel le Dr Moufid Chéhab. Ce comité est venu aux Archives nationales pour chercher des documents, et en effet, il a trouvé l’original d’une carte accréditée internationalement qui montre clairement que Taba est à l’intérieur des frontières égyptiennes et nous l’avons présentée au Comité d’arbitrage international. C’était l’une des principales raisons qui ont motivé le jugement rendu en faveur de l’Egypte. Cela confirme l’importance des Archives nationales et l’importance de la section de cartographie, des documents historiques et des correspondances officielles.

— Beaucoup de documents sont en français, quelle en est la raison ?

— Les documents en langue française remontent à 1829 jusqu’à la fin du XIXe siècle avant le protectorat britannique. Nous avons en guise d’exemple des documents relatifs aux chemins de fer, aux télégrammes et aux entreprises de BTP qui travaillaient à l’époque et qui utilisaient le français. Nous nous sommes entretenus avec l’ambassadeur de France au Caire, il y a environ 10 mois, et il a dit être prêt à nous fournir un soutien technique, car la France était l’un des trois premiers pays au monde — avec la Grande-Bretagne et l’Egypte — à avoir leurs archives nationales. La France a modernisé ses archives nationales il y a environ 10 ans. Elle a transformé l’ancien bâtiment en musée. Je pense que nous coopérerons durant la période à venir.

— En tant que conseiller du ministre des Finances, quel est le rôle du ministère dans ce projet ?

— Les Archives nationales sont affiliées au ministère des Finances, tout comme l’Administration égyptienne des impôts et celles des taxes foncières et des douanes. Le rôle conventionnel du ministère que les gens connaissent est de s’occuper de la collecte des impôts et de financer les projets et les salaires. En fait, nous avons au ministère des Finances deux rôles non conventionnels. Il s’agit d’abord des archives qui dépendent de l’Administration des taxes foncières, car elles préservent les titres de propriété immobilière. Le second rôle est de gérer l’administration monétaire qui produit la monnaie en livre égyptienne, ainsi que les pièces de monnaie commémoratives durant les différentes occasions nationales. Dernièrement, nous avons émis des pièces pour honorer les médecins et le personnel médical qui sont en première ligne face au Covid-19. Il y a aussi des pièces pour les pères de l’Eglise copte et une collection de médailles commémorant les 1 050 ans de la fondation du Caire. Un autre rôle non conventionnel du ministère des Finances est de sensibiliser les citoyens.

— Quel est le rôle de la Bibliotheca Alexandrina ? Y a-t-il une coopération avec la bibliothèque dans cette initiative ?

— La Bibliotheca Alexandrina est bien sûr l’une des institutions les plus importantes dans le processus de documentation, et elle dispose d’experts dans ce domaine. Lorsque nous avons pensé en 2006-2007 à la modernisation des Archives nationales, la Bibliotheca Alexandrina était l’un des premiers organes avec lesquels nous avons coopéré. Ils ont joué un rôle très important de 2007 à 2014. Ensuite, nos cadres ont été formés et nous avons commencé à prendre la relève. Aujourd’hui encore, nous coopérons avec tout le monde, que ce soit la Bibliotheca Alexandrina, le ministère des Télécommunications ou les ambassades. Nous sommes ouverts à tout type de coopération.

— Quels sont les défis que vous avez rencontrés dans ce projet ?

— En fait, les directives du président concernant le dossier de la transformation numérique sont adressées au gouvernement, et le ministre les tient toujours à coeur, et cela a permis de surmonter tous les défis financiers. Mais le défi le plus important que nous relevons est la taille et le nombre de documents, qui sont très importants du fait qu’ils sont le reflet de l’histoire de l’Egypte. Dans 9 ans, les Archives nationales fêteront leurs 200 ans. Il y a 200 ans, certains pays n’existaient pas. C’est l’histoire de l’Egypte dans des documents et des manuscrits dont certains datant des époques islamique et copte. L’enjeu est de savoir comment bien accomplir la tâche et dans les plus brefs délais et comment protéger ces documents pour que les générations futures en bénéficient et afin de documenter la mémoire de l’Egypte.

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