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La Révolution 8 ans après : L’Egypte, la voix de l’Afrique

Rahma Hassan*, Mardi, 29 juin 2021

« Promouvoir le développement pour instaurer la sécurité et la stabilité ». Telle est l’orientation du Caire depuis 2014. Une politique qui a permis à l’Egypte de retrouver sa place au sein du continent.

L’Egypte, la voix de l’Afrique
Renforcer le rôle des jeunes Africains figure parmi les objectifs de la vision égyptienne du développement durable 2030.

C’est sur tous les fronts que la diplomatie égyptienne est actuellement active dans le continent noir, reflétant ainsi un message important : l’identité africaine est une partie intégrante de l’Egypte. En fait, l’Egypte a réussi à retourner au coeur de l’Afrique après l’arrivée au pouvoir du président Abdel-Fattah Al-Sissi en 2014. La suspension de la participation de l’Egypte à l’Union Africaine (UA) en juillet 2013 s’est transformée en coopération fondée sur « la complémentarité et le développement ». L’Egypte est redevenue membre de l’UA dans sa 23e session tenue en Guinée équatoriale en 2014, puis elle a présidé l’UA en février 2019.

Tout d’abord, l’Egypte a récupéré son rôle avec l’axe du bassin du Nil à travers la mise en valeur du principe suivant : « Le Nil est une superficie de coexistence pacifique, de fraternité et de développement ». Ainsi, Le Caire a accordé un grand intérêt aux visites diplomatiques, au transfert des expertises égyptiennes et au soutien de la stabilité des Etats africains. La diplomatie égyptienne a ensuite soutenu l’établissement du Conseil de souveraineté du Soudan, ainsi que le transfert des expertises à travers la tenue d’un sommet de consultation entre les partenaires régionaux du Soudan en avril 2019.

Au niveau du développement, l’Egypte a accordé un grand intérêt aux projets de liaison continentale. La première phase de la station de génération de l’énergie solaire implantée dans le champ commun égyptotanzanien vient d’être inaugurée. L’Egypte se charge de la construction du projet hydroélectrique « Julius Nyerere » en Tanzanie et du barrage de Stiegler’s Gorge sur le fleuve Rufiji. Il s’agit de l’un des plus grands barrages servant à la production de l’énergie hydraulique à l’Est de l’Afrique. Citons également le projet de liaison fluviale Alexandrie-Victoria et l’initiative du président Sissi portant sur « le lancement de l’initiative africaine de l’énergie renouvelable 2015 », qui vise l’exploitation des énergies propres de l’Afrique, évaluées à 40 % des capacités mondiales. Il y a aussi le projet de liaison entre l’Egypte et le Soudan et le commencement de la liaison au réseau d’électricité en Ethiopie dans le cadre du projet de liaison des Etats du bassin du Nil. Une étude est actuellement en cours concernant la possibilité de la participation de l’Egypte à la construction du barrage d’Inga au Congo, ce qui contribuera à faire de l’Egypte un axe de transport de l’énergie hydraulique entre les Etats africains et l’Europe.

Par ailleurs, l’Agence égyptienne de partenariat pour le développement a supervisé le financement et l’exécution de trois projets de construction de centrales électriques solaires. Et pour ce qui est de l’agriculture, elle a chapeauté la mise en place de 8 fermes pilotes sur un total de 22 dans différents pays africains.

Enjeux sécuritaires

Le Caire porte également un intérêt particulier aux régions du bassin du Nil et de la Corne de l’Afrique pour leur importance stratégique. C’est pourquoi l’Egypte tente de renforcer ses relations, notamment au niveau de la coopération militaire et des entraînements communs avec des pays comme le Soudan, le Kenya, le Rwanda, la Somalie et Djibouti.

Pour ce qui est de l’Afrique du Nord, cette région constitue un autre point principal d’intérêt de l’Etat égyptien. C’est ce que le président Sissi a prouvé en qualifiant les villes de Syrte et Al-Jufra, dans l’est libyen, de ligne rouge à ne pas franchir, ou en insistant sur le droit de l’Egypte de sauvegarder ses richesses en Méditerranée. L’Egypte a joué un rôle axial dans les tentatives de parvenir à une solution politique interlibyenne et d’instaurer un gouvernement transitoire libyen. En outre, les frontières libyennes sont proches du Sahel et du Sahara, des régions qui souffrent de la présence de groupes terroristes comme Daech et Al-Qaëda, mais aussi de l’aggravation des crises comme résultat des ingérences étrangères.

Et comme l’approche sécuritaire n’est pas la seule solution efficace, l’Etat égyptien tente certes de rétablir la sécurité, mais en parallèle avec le développement, la promotion des investissements dans tous les domaines de l’infrastructure et du transfert numérique. En plus de la participation au renforcement des accords de paix entre les parties en litige dans le continent et des tentatives de limiter les dangers de la migration clandestine, l’entraînement des forces de police et de sécurité ainsi que les entraînements militaires communs.

Dans ce sens, le parlement égyptien a approuvé le traité portant sur la création du Rassemblement du Sahel et du Sahara. La proposition de fonder une force africaine pour la lutte contre le terrorisme a été bien accueillie par les pays africains. Dans ce contexte, on peut citer le renforcement de la coopération avec le Nigeria, le soutien de la stabilité au Tchad à la suite de l’assassinat de son président, Idriss Déby, et le renforcement de la coopération avec le Bénin.

Diplomatie et développement

L’Egypte a représenté le continent africain dans les sommets internationaux, elle a fait la propagande de l’activation de l’accord du commerce continental libre et de la création du Fonds de lutte contre le coronavirus et ses répercussions négatives sur les économies africaines, en plus de la distribution équitable des vaccins au niveau mondial. A cela s’ajoutent l’exécution de la première phase de la route Le Caire-Cap Town pour faciliter le transport et le commerce entre 9 Etats, la fondation de 2 fonds de garantie contre les dangers de l’investissement, l’investissement dans l’infrastructure de l’information, la participation à l’Agence africaine de l’assurance du commerce, l’annonce de l’Agence égyptienne de partenariat pour le développement à Malabo en 2014 et l’accueil de la conférence des présidents africains de l’Organisme de l’investissement dans l’objectif d’affronter les obstacles entravant les investissements et le développement de l’infrastructure.

Partant de ce rôle, l’Egypte a été élue 3 fois membre au Conseil de la paix et de la sécurité à l’UA, à la présidence du comité de lutte contre le terrorisme et à la présidence du groupe africain représentant la région de l’Afrique du Nord auprès des trois organisations onusiennes siégeant à Rome durant l’année 2020. L’Egypte a aussi présidé le groupe des 77 à Rome en 2018 et a remporté la présidence du Comité des politiques sociales et de la pauvreté de l’Onu pour les années 2020-2021. En plus de nombreuses autres réalisations.

L’aspect social et sanitaire figure également au centre des intérêts du pays. L’Egypte s’est intéressée à la formation des jeunes Africaines, à l’adoption d’initiatives médicales pour faire face aux maladies et aux épidémies et au soutien de l’autonomisation de la femme africaine. C’est ainsi que l’Egypte est retournée au sein de l’Afrique à travers la conception de la nouvelle république basée sur le principe du « développement pour la réalisation de la sécurité et de la stabilité » dans l’exécution de l’Agenda de l’Afrique 2063.

*Chercheuse au Centre de la pensée et des études stratégiques (ECSS)

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