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Israël - Palestine : La vacuité des négociations

Samar Al-Gamal, Mardi, 30 juillet 2013

Sans grand espoir, les négociations entre palestiniens et israéliens reprennent timidement suite aux incitations de John Kerry. La liste des entraves reste cependant trop longue pour envisager un quelconque progrès.

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(Photos: Reuters)

Il y a trois ans et demi, les négociations de paix sont gelées, en grande partie en raison de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Lundi dernier, Palestiniens et Israéliens se retrouvent à Washington pour une première rencontre, mais sans s’engager sur les dossiers qui fâchent.

Saëb Erakat, le négociateur en chef palestinien, et Tzipi Livni, ministre israélienne de la Justice et ancienne chef de la diplomatie, se rencontrent suite à une intervention et un engagement personnel de John Kerry, chef de la diplomatie américaine.

Depuis son entrée en fonction il y a six mois, M. Kerry a fait six voyages au Proche-Orient, abandonnant la ridicule idée que les Etats-Unis ne peuvent davantage vouloir la paix que les parties directement concernées.

L’administration Obama a peut-être le mérite d’avoir compris — tardivement d’ailleurs — l’importance de la question palestino-israélienne pour la région et pour la façon dont les Etats-Unis sont perçus dans cette région secouée par maints bouleversements, en Egypte comme en Syrie.

Mais M. Kerry devra consolider son travail pendant les 42 mois restants du second mandat d’Obama pour dépasser la simple valeur symbolique des négociations qui, depuis toujours, s’étalent sans fin sans qu’aucun progrès réel soit à noter.

Premier round timide

Mais aucune avancée concrète n’est attendue de ce premier round de rencontres israélo-palestiniennes. Cette « rencontre amicale » ne visera qu’à développer « un plan de travail qui déterminera comment les parties procéderont dans ces négociations au cours des prochains mois », a précisé la porte-parole du département d’Etat américain, Jennifer Psaki.

L’incertitude plane ainsi sur le calendrier des pourparlers et les priorités qu’ils chercheront à résoudre, mais aussi sur les conditions préalables. Pour cette première « session d’observations », le président palestinien Mahmoud Abbas avait fait de la libération de détenus palestiniens une condition sine qua non.

Le gouvernement israélien a approuvé dimanche la libération de 104 prisonniers palestiniens, tous détenus depuis plus de 20 ans (lire page 5). Ils seront pourtant libérés en quatre tranches au moins, étalées sur une période de neuf mois.

Les ministres du gouvernement israélien continuent cependant de rejeter tout gel de la colonisation dans les territoires occupés. Depuis les accords d’Oslo, le nombre de colons dans les territoires occupés est passé depuis de 150 000 à 600 000. Et c’est justement sur ce dossier de la colonisation qu’achoppe le processus de paix : tracé des frontières, colonies en Cisjordanie et statut de Jérusalem.

Situations internes divisées

La politique intérieure de chaque acteur est une autre raison, les incitant à la prudence. Une grande partie du gouvernement israélien préfère, en effet, l’annexion d’une partie des territoires palestiniens à une solution à deux Etats. Les Palestiniens restent, quant à eux, politiquement divisés et faibles.

Après avoir remporté les élections début 2013, Netanyahu a formé une coalition avec une majorité opposée à la solution de deux Etats. Il n’a jamais accepté les frontières de 1967 comme base de négociations et ne cache pas son appétit territorial — un Jérusalem élargi et des colonies jusqu’à la vallée du Jourdain — qui ne laisse tout simplement pas de place pour un Etat palestinien.

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(Photo: AP)

L’ancien ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, partenaire de Netanyahu au sein de l’alliance Likoud, a ainsi relativisé l’idée de pourparlers, estimant que la diplomatie ne servait qu’à « gérer » le conflit israélo-palestinien.

Le ministre Likoud des Transports, Yisrael Katz, affirme de son côté que « tout comme personne ne songerait à céder des territoires à Bachar Al-Assad dans la situation actuelle, personne ne songe sérieusement à céder des territoires à Abou-Mazen, alors qu’il ne gouverne qu’une partie de la population palestinienne ».

C’est pour cette même raison que le Hamas, qui règne sur Gaza, a rejeté les négociations : « M. Abbas n’a aucune légitimité pour négocier au nom du peuple palestinien sur des questions fondamentales ».

« Retourner aux négociations hors du cadre de l’Onu et de ses résolutions reviendrait à un suicide politique », a aussi prévenu le Front populaire de libération de la Palestine.

Renouveler le dossier

Kerry doit désormais trouver un moyen de contourner la réticence de Netanyahu en avançant d’autres questions sur des pistes parallèles, comme la reconnaissance palestinienne d’un Etat juif d’Israël. La presse américaine évoque « une structure régionale de soutien », mise en place par Kerry pour la relance de l’initiative de paix arabe et qui pourrait engendrer « des échanges de territoires à partir des lignes de 1967 ».

Du côté palestinien, il n’y a pas de plan pour l’avenir, pas même dans la demande de reconnaissance de l’Etat palestinien par l’Onu.

La situation en Syrie et la chute de Morsi en Egypte ont encore une fois bouleversé les cartes. Le Hamas semblait compter sur le régime des Frères en Egypte pour isoler Abbas en Cisjordanie et échapper à une réconciliation forcée. La dégringolade des Frères musulmans pourrait ainsi obliger le Hamas à changer de position. Mais les Palestiniens ont-ils de véritables partenaires pour la paix ? La population israélienne, nourrie depuis des décennies par une haine envers les Arabes, peut-elle vouloir la paix ?

Le gouvernement israélien vient d’adopter un projet de loi prévoyant un référendum en cas d’accord de paix avec les Palestiniens. Mais quelle forme d’accord accepteront-ils ? Les observateurs tablent peu sur des négociations publiques. Pour eux, la majeure partie des mesures seront prises dans le secret.

Au cours des dernières semaines, Netanyahu s’est rendu secrètement en Jordanie et Abbas s’est rendu à Riyad. Des discussions qui amplifient les attentes d’une paix qui risque subitement de voler en éclats sans créativité de la part de Kerry. Car un nouvel échec pourrait engendrer une vague de violence, mais cette fois-ci en Cisjordanie.

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