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Israël - Palestine: Derrière les barreaux d'Israël

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 30 juillet 2013

Le dossier des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes reste épineux. La violence institutionnalisée de la politique carcérale d’Israël n’a d’autre but que de briser la résistance palestinienne.

Derrière les barreaux d
On compte près de 4 800 Palestiniens détenus en Israël.

« 104 Palestiniens vont être libérés dans le cadre d’une reprise des pourparlers », a indiqué Benyamin Netanyahu, premier ministre israélien, comme une preuve de « bonnes intentions ». Des promesses toujours incertaines. Quelques heures avant que les parties palestinienne et israélienne ne retournent à la table de négociation, l’opération de la libération des prisonniers reste toujours ambiguë. Pas de calendrier précis, même les noms des prisonniers n’ont pas encore été officiellement rendus publics. Les fuites dans les médias israéliens indiquent que seuls les détenus incarcérés avant les accords d’Oslo en 1993 seraient concernés par cette mesure. Mais Israël risque de mettre des bâtons dans les roues en conditionnant ces libérations : elles se feront par « étapes, et en fonction de l’évolution des pourparlers ».

Le dossier des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes est complexe. Aujourd’hui, selon les estimations, on compte près de 4 800 Palestiniens détenus en Israël, pour des actes de résistance dans les territoires occupés. Environ 300 d’entre eux sont en détention administrative, une mesure qui autorise une détention de six mois sans jugement, sans preuve, sans avocat, et renouvelable à l’infini. Parmi ces prisonniers, 27 députés palestiniens, du jamais vu. Parmi eux, se trouve Marwan Barghouti, surnommé le Mandela palestinien, enfermé depuis 11 ans et condamné cinq fois à la prison à vie et quarante ans de sûreté. Les chiffres restent lourds. Depuis l’occupation par Israël de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est en 1967, 700 000 Palestiniens se sont retrouvés dans les geôles israéliennes. Cela signifie qu’environ 20 % de toute la population vivant dans les territoires occupés ont connu la prison. Et les mineurs ne sont pas épargnés de la répression israélienne. Dans un rapport publié récemment par le Fonds des Nations-Unies pour l’enfance (Unicef), environ 700 enfants palestiniens, âgés entre 12 et 17 ans, sont arrêtés annuellement, soumis à des interrogatoires ou détenus par l’armée, la police et les agents de sécurité d’Israël. Selon les estimations, ces 10 dernières années, 7 000 enfants ont été détenus. L’Unicef a confirmé que les traitements cruels, inhumains et dégradants, ou les peines d’emprisonnement que subissent les enfants palestiniens dans le système carcéral israélien étaient généralisés, systématiques et institutionnalisés, et constituaient une violation flagrante de l’article 37 de la Convention relative aux droits de l’enfant.

Autre malheur

Une nouvelle résistance palestinienne commence à se développer depuis deux ans au sein des prisons israéliennes. Les prisonniers palestiniens n’ont d’autre recours que la grève de la faim pour protester contre les conditions inhumaines de l’emprisonnement. Le 17 avril 2012, au moins 1 200 prisonniers ont participé à une grève de la faim. Leurs principaux objectifs : la suppression des mesures d’isolement contraire à toutes les règles et conventions internationales sur le traitement des prisonniers, l’arrêt des détentions administratives et la suppression de la loi Shalit (interdisant les visites familiales de personnes originaires de la bande de Gaza, interdisant d’étudier en prison).

Et comme le souligne la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, les conditions de détention infligées aux prisonniers politiques palestiniens ne respectent aucun des standards internationaux. Le droit d’exercer des activités et l’amélioration des soins médicaux leur sont totalement privés.

Le recours à la torture physique contre les Palestiniens qui débute dès leur arrestation est un autre malheur. La méthode la plus fréquemment utilisée est « le Shabah », qui consiste à attacher les bras du prisonnier derrière son dos, alors qu’il est assis sur une chaise dont les pieds avant ont été écourtés ; c’est là une position extrêmement douloureuse qu’on lui inflige de 18 à 22 heures d’affilée, pendant plusieurs jours.

Les Palestiniens détenus sont emprisonnés dans 17 des 32 prisons israéliennes. C’est le cas des prisons de Megiddo, d’Ofer, de Mitzpe Ramon, de Nafha et de Ketziot. Seule la prison d’Ofer se trouve dans le Territoire Palestinien Occupé (TPO), toutes les autres se trouvent au sein des colonies juives. Des ONG ont signalé à plusieurs reprises que le transfert de civils du TPO vers le territoire de la puissance occupante est considéré comme une violation du droit humanitaire international, et notamment des articles 49 et 76 de la quatrième Convention de Genève.

Pour Saïd Okacha, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, relâcher des captifs palestiniens par étapes est un moyen de pression et de chantage sur le côté palestinien pour l’obliger à accepter les conditions israéliennes, sinon, l’Etat hébreu reviendra sur la libération des autres prisonniers. « Israël, par cette démarche, veut seulement embellir son image et donner un semblant de concessions à son allié américain pour revenir aux négociations. Mais il sait bien que le dossier des prisonniers sera de nouveau bloqué en se heurtant à d’autres dossiers tels que celui de la colonisation et des frontières de 1967 », conclut Okacha.

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