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Mali: Bamako, tensions avant le scrutin

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 22 juillet 2013

Malgré l'instabilité et le manque de préparatifs, le premier tour de la présidentielle au Mali se tiendra comme prévu le 28 juillet. Des actes de violence sont à redouter.

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Malgré les actes de violence qui ont eu lieu cette semaine, les préparatifs du scrutin se poursuivent.

A quelques jours du premier tour de la présidentielle, la tension monte au nord du Mali. Samedi 20 juillet, cinq personnes, dont des agents électoraux, ont été enlevées par des hommes armés dans la région de Kidal au nord-est du Mali.

«agents enlevés étaient à la mairie de Tessalit pour organiser la distribution des cartes d’électeurs en vue du premier tour de la présidentielle », a indiqué le responsable administratif, employé au gouvernorat de Kidal.

Ces enlèvements sont survenus au lendemain de violences à Kidal entre Touareg et Noirs ayant fait, entre jeudi et vendredi dernier, quatre morts et plusieurs blessés, selon le gouvernement. Des boutiques ont été pillées et saccagées, et le marché central a été incendié dans des violences. Selon des premiers indices, il s’agirait d’un coup du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad, rébellion touareg). « Ce mouvement ne veut pas d’élection », a accusé un fonctionnaire au ministère de la Sécurité interrogé par l’AFP.

Le MNLA avait pris le contrôle de Kidal en février 2013 à la faveur de l’intervention de l’armée française qui avait permis de chasser ses anciens alliés djihadistes ayant occupé le nord pendant près de dix mois.

Les rebelles touaregs ont longtemps refusé la présence de l’armée et de l’administration maliennes à Kidal. Jusqu’à la signature, le 18 juin à Ouagadougou, d’un accord avec le gouvernement malien qui a permis le cantonnement dans la ville des hommes du MNLA en parallèle avec l’arrivée, le 5 juillet, de 150 soldats maliens, suivi d’un retour de l’administration.

Défaillances électorales

Par ailleurs, les violences ont eu lieu au temps où les préparatifs du processus électoral se poursuivent. La Délégation Générale aux Elections (DGE) du Mali vient d’achever l’élaboration du fichier électoral biométrique, c’est-à-dire la liste de tous les électeurs potentiels du pays.

Un fichier électoral qui comporte de nombreuses défaillances mais qui, pour la DGE, permet malgré tout de tenir un scrutin solide. Ils sont 6 829 696 électeurs inscrits et identifiés par la DGE. Mais le fichier électoral, élaboré dans de courts délais et sur la base d’un recensement datant de 2009, comporte cependant de nombreuses limites.

Ainsi, il dénombre 265 000 électeurs à l’étranger contre plus de 700 000 dans l’ancien fichier ou encore plus de 20 000 électeurs inscrits sans que l’on connaisse leurs lieux de résidence et qui n’ont donc pas été pris en compte. Autre exemple, plus de 200 villages ne comptent officiellement qu’un seul électeur.

Le délégué général aux élections du Mali, le général Sangaré, est conscient de ces imperfections, mais il ne s’en alarme pas. « Il n’y a pas de fichier électoral parfait, même dans les pays développés. Ce sont de petites anomalies qui ne sont pas du tout de nature à mettre en cause la fiabilité de notre fichier électoral 2013 », dit-il.

Selon lui, « si on devait corriger toutes ces erreurs, il faudrait aller au-delà de 2013 ». En outre, la mauvaise situation sécuritaire fait planer le doute sur la possibilité d’organiser le scrutin au coeur de ces territoires touaregs. Et ce, alors que la campagne bat son plein dans le reste du pays, notamment dans la capitale Bamako, à 1 500 km de là, et les principales villes du sud du pays.

Un seul candidat, Ibrahima Boubacar Keïta, dit IBK, parmi les favoris du scrutin, s’est rendu à Kidal le 15 juillet pour une visite de quelques heures.

Pas de stabilité

Pour sa part, le général Grégoire de Saint-Quentin, qui va prendre la direction des forces spéciales françaises après avoir mené l’opération Serval au Mali, a annoncé, lors d’une interview publiée dans Le Journal du Dimanche, que le Mali n’était pas encore stabilisé malgré une dynamique de succès militaires.

Des voix se sont élevées pour réclamer un report du scrutin de quelques semaines ou de quelques mois.

Le 17 juillet, un des candidats, Tiébilé Dramé, artisan de l’accord de paix entre Bamako et les groupes armés touaregs, avait dénoncé les conditions de préparation du scrutin, particulièrement à Kidal, et a annoncé en protestation son retrait de la course.

Mais une source administrative malienne avait assuré à l’AFP qu’en dépit des violences, « tout sera mis en oeuvre pour que les élections se tiennent à Kidal à la date prévue » .

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