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La télévision au goût de l'insurrection

Yasser Moheb, Mardi, 16 juillet 2013

Ramadan 2013 s'est ouvert avec une large polémique au sujet de la portée politique et religieuse de la majorité des feuilletons, diffusés à l’occasion de ce mois sacré. Coup de projecteur sur une grille de plus en plus engagée.

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Le prédicateur.

Dès le début du Ramadan, contours et thèmes de la grille télévisée du mois sacré semblent déjà se profiler. La révolution égyptienne et les événements politiques qui en résultent semblent influencer la production des télé-feuilletons.

L’actualité politique s’impose alors au petit écran. Parmi les premiers feuilletons essayant de refléter celle-ci, mais de manière comique, on trouve Nazariyat al-gawafa (la théorie de la goyave), écrit et réalisé par Medhat Al-Sébaï et animé par Elham Chahine.

« Il y avait plein de choses, d’expressions ou d’actes provocants déployés par l’ancien régime. Il faut les critiquer ou les tourner en dérision à travers les oeuvres artistiques », affirme Medhat Al-Sébaï, faisant allusion aux expressions verbales et gestuelles de l’ex-président et de ses ministres.

La même tendance satirique est adoptée par le feuilleton Alf salama (bonne arrivée), avec le comédien Ahmad Eid, connu pour ses oeuvres aux thèmes politiques. Pour ce dernier, « les fautes, voire les bêtises, commises par certains responsables de l’ancien régime, ainsi que par des révolutionnaires prétentieux peuvent être facilement exacerbées ». Et d’ajouter : « On ne peut pas faire la sourde oreille face à de tels comportements, surtout qu’il s’agit d’abus de pouvoir. Ils peuvent

engendrer des effets comiques, sans précédent. Le vrai problème, à mon avis, c’est que la réalité est devenue plus riche en bouffonnerie que les oeuvres imaginaires ».

Miroir concave

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La théorie de la goyave.

Selon plusieurs scénaristes d’oeuvres ramadanesques, il est impossible de ne pas tenir compte d’événements aussi bouleversants. Mais comment coller à une actualité en mouvement sans prendre le risque d’être démenti ou surpassé par l’enchaînement des circonstances ?

« Ni l’humour spontané, ni le réalisme social ou le côté romantique de Farah Laïla (noces de Laïla) ne peuvent écarter les comportements contradictoires de certains fanatiques religieux », déclare Amr Al-Dali, scénariste du feuilleton. « Loin de tomber dans l’exagération, on s’est contenté de critiquer ces modèles fanatiques à travers le personnage d’un étudiant universitaire rejeté par son entourage ».

Mais une chose est sûre : la révolution a augmenté l’audace des scénaristes qui se rivalisent, en exploitant les pistes les plus taboues.

« On ne peut plus parler d’amour, d’aventures ou d’ambitions sociales de la même façon qu’avant la révolution », avoue Wahid Hamed, auteur du feuilleton Bedoun zikr asmaa (sans citer des noms), avec Ahmad Al-Fichawi et Roubi.

« La diversité et les changements successifs du réel sont devenus franchement tellement angoissants pour les auteurs. Les mutations pèsent sur notre imaginaire, mais elles ne freinent pas l’élan de nos idées. Notre mission est de faire la chronique du pays », ajoute-t-il.

Tabou religieux

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Sans citer des noms.

Il faut bien l’admettre, les feuilletons diffusés, cette année, sont bien marqués par le Printemps arabe. On tente de briser les tabous religieux, comme dans Al-Daiya (le prédicateur), avec Hani Salama et Basma. Le feuilleton retrace la vie d’un jeune prédicateur vicieux qui prône une chose et fait son contraire. Le scénariste Medhat Al-Adl signale : « Il ne faut pas se voiler la face. Ces exemples de prédicateurs musulmans représentent davantage l’une des forces les plus remuantes en Egypte. Cependant, on les prend pour des intouchables, sans revenir sur leur histoire ou leurs faiblesses humaines. Je préfère que l’on joue carte sur table, que l’on reconnaisse leur existence, mais qu’on divulgue aussi leurs vices, comme toutes les autres classes ou catégories sociales ». Un aspect qui ne peut passer inaperçu pour d’aucuns.

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