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Kamal Habib, spécialiste des mouvements islamistes: « L’islam politique restera ancré dans la société égyptienne »

Propos recueillis par Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 16 juillet 2013

Kamal Habib, spécialiste des mouvements islamistes, estime que si les Frères musulmans ont perdu une bataille, ils n’ont pas perdu la guerre.

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Al-Ahram Hebdo : L’expérience des Frères musulmans au pouvoir a été un échec. Comment selon vous l’image de la confrérie sera-t-elle affectée après la destitution du président Morsi ?

Kamal Habib : Sans aucun doute, l’image de la confrérie des Frères musulmans et celle de son bras politique, le Parti Liberté et justice, ont été touchées au coeur après la destitution de Morsi. Les Frères se retrouvent pour la première fois de leur histoire face à la société et à la rue égyptiennes. Au cours de cette année passée au pouvoir, ils ont perdu le statut religieux sur lequel ils s’étaient toujours appuyés. De plus selon de récents sondages, la confrérie a perdu de nombreux partisans.

— Et qu’en est-il de l’organisation internationale des Frères musulmans ? Sera-t-elle aussi touchée par cet échec de la confrérie en Egypte ?

— Oui, bien sûr. L’islam politique a été touché en Egypte, et cela affectera sans doute l’image de l’organisation internationale des Frères et aura des échos même si cette influence varie d’un pays à l’autre. Les pays du Printemps arabe, qui ont vu émerger les Frères musulmans, seront sans doute influencés. Certains ont même commencé à appliquer l’expérience du mouvement égyptien Tamarrod (rébellion). Mais les choses ne sont pas les mêmes dans un pays comme la Turquie. Là, l’image de l’islam politique est différente. Les Frères musulmans ne sont pas arrivés au pouvoir suite à une révolution. Les manifestations qui ont touché dernièrement le pays ne s’inscrivaient pas dans le cadre d’une opposition au régime mais se rapportaient à des revendications d’ordre social.

— Oui mais certains parlent déjà d’une fin probable de l’islam politique dans la région …

— Je ne crois pas que ce soit le cas. Même si les Frères musulmans ont beaucoup perdu, ce n’est en fin de compte qu’une bataille. Ils n’ont pas perdu la guerre. Les islamistes doivent tirer les leçons de leur expérience malheureuse. Ils disposent d’une importante assise populaire. Malgré tout ce qui s’est passé, l’islam politique restera ancré dans la société égyptienne.

— Vous dites donc qu’il y aura un retour de la confrérie sur la scène politique égyptienne ?

— Evidemment. Ceux qui imaginent que les Frères musulmans s’éloigneront de la scène politique ont tort. On peut même dire qu’en cas d’élections libres et transparentes, les Frères musulmans remporteront le plus grand nombre de suffrages et seront suivis par le parti salafiste Al-Nour.

— Après la révolution du 25 janvier 2011, nous avons assisté à l’avènement de plusieurs autres partis politiques de tendance islamiste. Quel rôle auront-ils dans la période à venir ?

— Certains ont dit qu’il fallait interdire les partis politiques alliés aux Frères musulmans ... Tout ceci me paraît insensé. Ces partis de tendance islamiste sont comme les autres partis, ils resteront dans leur vie politique. Certains sont solides et ont pu s’imposer sur la scène politique, alors que d’autres sont faibles et ont commis de graves erreurs.

— Pensez-vous que le parti salafiste Al-Nour puisse remplacer le Parti Liberté et justice des Frères musulmans sur l’échiquier politique ?

— C’est probable. Le parti salafiste Al-Nour ne s’est pas opposé à la destitution de Morsi et s’est positionné au côté de l’armée. L’enjeu pour Al-Nour, dans la perspective des élections, est de reconstruire l’image de l’islam politique. Ce n’est pas seulement un parti porteur d’idéologie, mais aussi un parti qui a des moyens, des ressources et une capacité à mobiliser. Jusque-là, il reste avec les Frères musulmans le seul parti structuré capable de mener une campagne électorale efficace. Ainsi, il faudra certainement s’attendre à ce qu’il gagne plus de sièges lors des prochaines élections.

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