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Gaz naturel, qui va payer ?

Marwa Hussein, Mardi, 02 octobre 2012

Le gouvernement envisage de réduire drastiquement les subventions sur l’essence et le gaz. Il souhaite accorder 70 milliards de L.E. à ces aides contre 115 l’année dernière. Mais la crainte d’une grogne sociale pourrait remettre à plus tard ces décisions.

Les subventions au gaz naturel doivent être amputées de plus de 75 % selon les chiffres annoncés pour le budget 2012-2013, pour se réduire à 2,6 milliards contre 11 milliards de L.E. l’année dernière. Comment y parvenir ? Le gouvernement ne s’explique pas vraiment sur le sujet. Le bon sens commun pencherait pour une augmentation du prix du gaz naturel pour les industries lourdement consommatrices d’énergie, comme celles du ciment, du fer et de l’acier et des engrais, au total une cinquantaine d’usines. Or, il s’agit là de bien gros poissons, dont plusieurs occupaient des postes éminents dans le Parti national démocrate de Moubarak.

Selon le ministre de l’Industrie, ces 50 usines capitalisent 60 % des subventions au gaz naturel utilisé dans l’industrie. La polémique que cela suscite est très vive au vu, non seulement des profits réalisés par ces sociétés, mais aussi de la hausse courante de ceux-ci alors que le pays est en crise. Une part importante de ces profits est en effet réalisée à l’export, où ces entreprises dégagent des bénéfices d’autant plus importants qu’elles vendent à prix international ce qu’elles ont produit grâce à un gaz naturel subventionné, tandis que d’autre part, elles ne répercutent pas l’économie réalisée sur le coût de production grâce aux subventions aux prix des produits qu’elles vendent sur le marché intérieur égyptien.

Décision a été prise mi-juillet 2012 d’augmenter le prix du gaz naturel utilisé par les industries lourdement consommatrices d’énergie de façon rétroactive depuis janvier 2012. « Le prix du gaz naturel pour ces usines est passé de 3 à 4 dollars par million d’unités thermiques britanniques », assure Mohamad Shoeib, président de la holding pour le gaz naturel. Ceci devrait permettre de réaliser une économie de 2,5 milliards L.E. en subventions. Mais le gouvernement refuse de confirmer que les usines ont bien commencé à payer ces nouveaux tarifs.

De son côté, Hatem Saleh, ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, souligne qu’« On ne peut pas continuer indéfiniment de subventionner ces industries. Cela affecte la marge de manœuvre économique de l’Etat ».

Mais ce genre de déclarations ne satisfait pas tout le monde. Selon Ibrahim Zahran, expert pétrolier, le prix de 4 dollars représente un maximum, dont ne s’acquitteront pas de nombreuses sociétés. En effet, dans un premier temps, afin de préserver l’économie égyptienne, seules les 50 entreprises mentionnées précédemment paieraient effectivement ce tarif de 4 dollars, les autres continuant de bénéficier d’un tarif d’environ 2 dollars, ainsi que l’indiquaient précédemment diverses sources officielles. D’autres experts recommandent, eux, d’aligner le prix de vente du gaz naturel sur les prix pratiqués dans la région, d’autres encore recommandent de limiter ce changement de tarif à la part de la production destinée à l’exportation. Par ailleurs, ce prix de 4 dollars n’est aligné ni sur les prix de la région du Moyen-Orient, ni sur les prix internationaux, c’est un prix « moyen » issu des négociations de l’Egypte avec ses clients investisseurs internationaux, notamment européens.

Prix trop faibles

La Holding pour l’électricité de l’Egypte est également en bonne place pour assumer la facture de la baisse des subventions au gaz naturel. 60 % du gaz naturel égyptien est en effet consommé dans la production d’électricité, industrie à laquelle il est également fourni à des prix trop faibles. Shoeib, sans révéler si une baisse des subventions à l’électricité est d’ores et déjà envisagée ou pas, proteste cependant qu’« Il est encore trop tôt pour révéler un plan de la baisse des subventions au gaz naturel. Elles sont loin d’être les plus importantes, comparé au gasoil ou aux bonbonnes de gaz ». Pourtant, une baisse des subventions au gaz naturel utilisé dans la production d’électricité est bien prévue par les experts du secteur. « La Holding pour l’électricité n’a pas besoin d’être subventionnée », révèle ainsi Zahran. « Le Mégawatt/heure est vendu au consommateur à 220 L.E (soit 36 dollars) alors que son prix international est de 30 dollars (soit 184 L.E.). Il faut donc corriger le système avant de penser à une quelconque répercussion de la baisse des subventions à l’électricité sur les citoyens », ajoute-t-il. D’après l’agence Bloomberg, le prix du Mégawatt/heure sur les marchés de cotation les plus importants se négocie entre 30 et 32 dollars.

Cependant, en ce qui concerne le gaz naturel destiné à l’usage domestique, plusieurs officiels assurent qu’il ne sera pas touché : la consommation des ménages ne représente en effet même pas 5 % de la totalité de la consommation de l’Egypte en gaz naturel .

Gaz naturel

2011/2012 :

11 milliards de L.E.

2012/2013 :

2,5 milliards de L.E.

Impact sur le budget : Economiser 8,5 milliards de L.E.

La Société Holding d’électricité paiera plus cher le gaz naturel.

Les industries lourdement consommatrices d’énergie paieront plus cher leur gaz naturel.

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