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Washington sur la sellette

Mohamed Abdel-Hady, Lundi, 24 juin 2013

L’ambassadrice américaine au Caire Anne Patterson s’est attiré les foudres de l'opposition suite à un discours où elle a affiché le soutien américain au régime du président Mohamad Morsi.

Washington

Les récentes déclarations de l’ambassadrice des Etats-Unis au Caire, Anne Patterson, lui ont valu des critiques acerbes et même des appels en faveur de son expulsion par certaines figures de l’opposition égyptienne qui ont dénoncé une « ingérence » dans les affaires de l’Egypte et un soutien au régime du président Mohamad Morsi, « contre la volonté populaire ».

Dans son allocution, Patterson avait critiqué les appels à manifester le 30 juin pour amener le président Morsi à quitter le pouvoir. « Les opposants ont plutôt intérêt à améliorer la performance de leurs structures électorales au lieu d’organiser des manifestations qui risquent de dégénérer en violence … L’Egypte a besoin de stabilité pour remettre de l’ordre dans la maison sur le plan économique. Plus de violence dans la rue ne fera que rallonger la liste des martyrs », a-t-elle dit. « Les Etats-Unis ont choisi de travailler avec le vainqueur des élections quel qu’il soit tant que celles-ci répondent aux critères internationaux », a-t-elle ajouté pour répondre à ceux qui accusent les Etats-Unis de soutenir le président Morsi.

Alimentant davantage les soupçons d’une complicité avec les Frères musulmans notamment, l’ambassadrice a rencontré durant la semaine dernière l’adjoint du guide de la confrérie, Khaïrat Al-Chater, qui n’a pas de poste officiel. Dans des déclarations à l’agence Anatolie, une source diplomatique à l’ambassade américaine au Caire a affirmé que cette entrevue s’inscrivait dans le cadre d’une série de rencontres avec des personnalités politiques.

« L’ambassadrice américaine a donné une leçon de patriotisme. S’il y a alignement, elle s’est alignée sur les valeurs américaines », a déclaré à la presse Ragueh Dardiri, de la commission des affaires étrangères au Parti Liberté et justice des Frères musulmans, prenant la défense de la diplomate qui s’est attiré des critiques très acerbes.

Magdi Hemdane, du bureau exécutif du Front national du salut, une ombrelle regroupant plusieurs partis de l’opposition, estime de son côté que les déclarations de Patterson prétendant défendre les démocraties et forces révolutionnaires étaient en fait contraires aux valeurs américaines. « Les Etats-Unis ferment les yeux sur les abus du régime du président Morsi parce qu’ils voient en lui une personnalité facilement manipulable et susceptible de réaliser leurs intérêts dans la région », estime l’opposant.

Mais les anti-Morsi ne se laissent pas décourager. Ils savent qu’en politique, surtout lorsqu’il s’agit de soutien américain, les positions ne sont jamais éternelles. « Dès que les Etats-Unis réaliseront que les Frères musulmans sont en situation de faiblesse ou que la situation a dégénéré en conflit sanglant entre partisans et opposants, ils seront les premiers à réclamer le départ de Mohamad Morsi, afin de préserver leurs intérêts stratégiques en Egypte », prévoit Essam Chiha, avocat et cadre du parti libéral Al-Wafd.

Mostafa Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, partage le même avis. Il pense également que le soutien américain aux Frères musulmans dépendra du cours et de l’ampleur des manifestations du 30 juin. « Si le soulèvement populaire du 30 juin est comparable à celui du 25 janvier 2011 et si l’armée s’aligne à nouveau sur la volonté du peuple, les Américains feront une volte-face et lâcheront les Frères comme ils l’ont fait avec Moubarak ».

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