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Humanitaires, missions à hauts risques

Dina Darwich, Mardi, 18 juin 2013

Tous l'affirment : le travail des humanitaires devient de plus en plus dangereux. Mais rien n'arrête ces personnes engagées, toujours prêtes à s'exposer au danger pour sauver des vies.

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L'accès des aides aux nécessiteux devient de plus en plus difficile pour les sociétés de secours.

« ils sont rentrés dans le parking en brandissant leurs armes, nous ont sommés de nous mettre à genoux, les bras en l’air. Puis, ils ont tiré sur le blessé qui était allongé sur la civière et ont quitté les lieux comme si rien ne s’était passé », se rappelle un bénévole anonyme de la Croix-Rouge qui était à l’époque en mission en Croatie.

« Nous étions la cible d’un missile. Je ne sais pas s’ils avaient l’intention de nous tuer ou juste de nous envoyer un avertissement pour nous éloigner du terrain de conflit. Une chose est sûre, ce missile a été lancé dans notre direction », se rappelle un autre bénévole, Khaled Abou-Saad, chauffeur d’ambulance au Croissant-Rouge palestinien.

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Ces témoignages, parmi d’autres, prouvent à quel point le travail des humanitaires est devenu dangereux. Obligés de se trouver aux premiers rangs dans les situations de conflits armés, ils ont pour mission de secourir les blessés ou de les transporter dans des lieux plus sûrs. Mais aujourd’hui, les hôpitaux, les convois d’aide alimentaire et les ambulances sont devenus des cibles.

Les organisations humanitaires doivent désormais faire face à un nombre croissant de manoeuvres d’intimidations. Pourtant, de la Syrie à la Somalie, de la Colombie au Rwanda, en passant par la Palestine et l’Afghanistan, les victimes des conflits armés sont toujours plus nombreuses.

Risques croissants

Mais la mission des membres du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) devient de plus en plus difficile dans plusieurs pays. « Cela fait des mois que nous essayons de pénétrer dans la ville d’Al-Qousseir en Syrie. Les négociations avec les belligérants n’ont pas abouti et, jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu le feu vert pour passer. En attendant, des blessés meurent, faute de soins, surtout que les batailles sont féroces », regrette Dibeh Fakhr, porte-parole du Haut Commissariat de la Croix-Rouge qui a quitté l’Iraq en 2003 pour se rendre en Libye puis au Yémen et en Syrie.

« Il nous arrive parfois de travailler suivant la technique de sauvetage appelée Remote Control. On emploie cette technique lorsqu’on n’accepte pas notre présence ou si la situation est vraiment critique. Il s’agit de gérer notre travail à partir d’un pays voisin et de saisir la première occasion pour faire des incursions rapides dans le pays en guerre. En Iraq à une certaine époque, on a eu recours à cette technique. C’est à partir de la Jordanie que l’on organisait nos services », explique Fakhr.

Mais l’envoi de convois humanitaires n’est qu’une partie du travail de ces bénévoles. Le docteur Mostafa Marwan, membre au comité de secours et d’urgence à l’Union des médecins, n’oublie pas ce qu’il a vécu à Misrata en Libye, une ville qui a connu les affrontements les plus sanglants de la guerre contre Kadhafi.

« On avait l’impression d’être dans une course contre la montre. Il fallait secourir en même temps 2 ou 3 blessés, souvent dans un état critique et avec peu d’équipements. On devait également choisir le lieu et le sécuriser pour éviter qu’il ne soit pas la cible de bombardements. Je devais faire des points de suture sous un faible faisceau de lumière dans le seul hôpital qui restait, les autres ayant été détruits par les bombardements », se souvient le médecin, encore choqué d’avoir vu des personnes mourir devant ses yeux sans avoir pu les sauver.

Quand le conflit s’étend et gagne en violence, le nombre de blessés se multiplie. Le personnel de secours est alors débordé, incapable de porter assistance à tous.

Ce constat d’impuissance a poussé les responsables de 4 organisations internationales : le Haut Commissariat des réfugiés, le Programme mondial pour la nourriture, l’Organisation mondiale de la santé et l’Unicef à collaborer. Ils ont rédigé, en avril 2013, un éditorial commun intitulé Enough is Enough, dans le New York Times, à travers lequel ils lançaient un appel à la communauté internationale pour mettre fin au conflit syrien. Car en Syrie, les efforts déployés par les associations humanitaires n’arrivent plus à suivre le rythme des événements.

Pour compliquer le tout, les conditions de travail à l’intérieur du pays ne sont absolument pas sécurisées. Le CICR a récemment affirmé que les missions de terrain devenaient de plus en plus dangereuses.

Une étude, effectuée par la Croix-Rouge sur 6 hôpitaux libanais en 2009, a révélé que 80 % des employés dans les départements d’urgence ont été blessés et 25 % d’entre eux ont été victimes d’actes de violence durant les troubles qu’a connus ce pays. Les agresseurs étaient le plus souvent des parents ou des proches des blessés.

En Iraq et en Somalie, des groupes armés sont entrés dans les salles d’opération pour obliger les médecins à sauver leurs proches en premier.

En Libye, « on a trouvé des cadavres bourrés d’explosifs. C’était destiné à nous faire peur et à nous empêcher d’accéder aux victimes. Aucun endroit n’était à l’abri des tirs, même les lieux de culte n’ont pas été épargnés. Les ambulances ont été la cible de missiles », poursuit le docteur Marwan.

Certains bénévoles ont aussi été arrêtés et jetés en prison. Ce fut le cas notamment au Yémen. Le régime les avait accusés d’avoir soutenu les manifestants.

Comprendre avant d’agir

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Sous le risque, les hommes de terrain font face à de véritables défis.

Pour réussir au mieux leur mission, ces bénévoles doivent d’abord comprendre la nature du pays où ils travaillent. Au Yémen par exemple, dans une société tribale, « il a fallu expliquer à chaque camp que nos interventions ne font pas de distinction entre les victimes. Pour nous, ce sont tous des êtres humains », ajoute Fakhr, qui a accepté de porter le voile dans la ville de Nagaf en Iraq pour pouvoir intervenir dans ce milieu conservateur.

Au fil des ans, les humanitaires ont appris à s’attendre à tout et à supporter toutes les pressions. « En Iraq, les gens étaient souvent en colère contre nous. Ils n’arrêtaient pas de répéter : vous êtes la croix noire et non la croix rouge, nous accusant de vouloir imposer des idées occidentales ou de faire un travail de missionnaires », regrette Fakhr.

Pour cette femme de terrain, la patience et la sensibilisation sont les mots-clés pour gagner la confiance des citoyens et pouvoir accomplir au mieux sa mission. Aujourd’hui, malgré des risques qu’ils affirment grandissants, ces bénévoles restent présents dans la plupart des conflits du monde.

Le plus grand réseau humanitaire au monde : 150 ans d'assistance et 186 sociétés nationales

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Le mouvement international de la Croix et du Croissant-Rouge dispose du plus grand réseau de services humanitaires dans le monde. Il se compose du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), ainsi que de 186 sociétés nationales. Les 186 sociétés dépendent du mouvement international de la Croix et du Croissant-Rouge et doivent respecter 7 principes essentiels : l’humanité, la neutralité, l’impartialité, l’indépendance, le volontariat, l’unité et l’universalisme.

Le CICR, fondé en 1863, a pour mission d’alléger les souffrances, de protéger la vie et la santé, de faire respecter la dignité humaine, particulièrement dans les conflits armés et d’autres situations d’urgence, et de porter assistance aux personnes en danger.

Le mouvement international de la Croix et du Croissant-Rouge gère et coordonne les actions de secours en cas de guerre. De même, la FICR, fondée en 1919, a pour mission d’encourager, de soutenir et de renforcer toutes sortes d’activités humaines qui s’inscrivent dans le cadre de l’action des sociétés nationales.

Ces sociétés nationales oeuvrent en tant que comités indépendants et apportent une aide aux populations en difficulté à travers des actions humanitaires. Elles aident aussi les sinistrés en cas de catastrophes naturelles. Ces sociétés utilisent des symboles différents. 4 sont actuellement reconnus : la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge, le Lion-et-Soleil Rouge (qui n’est plus utilisé) et plus récemment le Cristal Rouge. Si la plupart des pays occidentaux utilisent la Croix-Rouge, la majorité des pays arabes ont opté pour le Croissant-Rouge alors que l’Etat hébreu utilise le Cristal Rouge. Ces signes n’ont a priori aucune connotation religieuse.

Georges et Owa, enfants perdus et retrouvés

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« J’ai retrouvé ma famille après de longues années de recherche et de souffrance. Sans mes racines, la vie n’avait pas de sens », dit Georges Gomios, un Allemand qui a retrouvé ses parents grâce à une équipe de la Croix-Rouge, après des recherches qui ont duré plus de 50 ans.

A l’âge de 4 ans, il est séparé de sa mère alors qu’ils se trouvent dans un camp de réfugiés à la frontière belge pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Au début, la mission me paraissait impossible. Mais petit à petit, je suis arrivé à rassembler tous les documents qui prouvaient mes origines grâce à une enquête que j’ai menée avec le CICR », se réjouit Georges.

La Croix-Rouge a commencé à s’occuper des dossiers des disparus en 1943 pour soulager l’angoisse de milliers de familles dans le monde, à la recherche de leurs proches, de ces hommes et de ces femmes qui ont perdu tout contact avec leurs parents à cause de la guerre.

La petite Owa en République Centrafricaine a, elle aussi, pu retrouver sa famille. Alors âgée de 9 mois, elle s’est retrouvée sans sa famille.

En Centrafrique, les villages étaient devenus la cible de groupes armés mettant le feu aux maisons et pillant les réserves.

Lors d’une attaque, la famille d’Owa se réfugie dans la forêt et perd la petite fille. Une autre famille la recueille et la confie à une équipe de secouristes du CICR. Victor, un chauffeur qui travaille avec le personnel de secours, prend une photo d’Owa sur son portable. En la montrant à ceux qu’il croise, il finit par retrouver la mère de l’enfant, désespérée de ne pouvoir retrouver sa fille. Deux exemples parmi tant d’autres.

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