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Hatem Mohamed Ali : Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la communication avec le public

May Sélim , Lundi, 06 août 2018

Le metteur en scène et directeur du Théâtre national soudanais, Hatem Mohamed Ali, revient sur le théâtre dans son pays et aborde le succès de sa dernière pièce en date.

Hatem Mohamed Ali
(Photo:Adel Sabri)

Al-Ahram Hebdo : Depuis 2017, le spectacle Katamat (expression qui signifie toutes les portes sont fermées) fait le tour des provinces soudanaises. Comment expliquez-vous son succès ?

Hatem Mohamed Ali : Le spectacle a été donné sur de différentes planches au Soudan, notamment à la capitale Khartoum, où il a duré le plus. Aux 1er et 2e jours, le succès fut énorme. Les réseaux sociaux, les articles des critiques aussi bien que les billets des journalistes sur Internet ont contribué au succès. C’est la raison pour laquelle le spectacle a été souvent repris, ici comme ailleurs. Je crois que le spectacle continuera encore à être donné sur les planches de la capitale.

— Pourquoi avez-vous choisi ce texte en particulier ?

— La coopération avec le dramaturge Abdel-Nasser Abdallah date d’assez longtemps. Nous travaillons ensemble au Théâtre national soudanais. Le texte de Katamat m’a beaucoup attiré. J’ai fait un travail d’adaptation. j’ai voulu le présenter selon une approche non classique, tout en restant fidèle au sujet.

— En tant que metteur en scène et directeur du Théâtre national, quels sont les problèmes actuels du théâtre soudanais ?

— Ces derniers temps, il était difficile qu’un spectacle soit donné pendant plus de deux semaines, faute de promotion, de publicité et de budget. Les spectacles qui remportent un succès médiatique et ont le vent en poupe sur les réseaux sociaux sont appréciés du public. Cela dit, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la communication avec les spectateurs. Les publicités sont assez coûteuses ainsi que la représentation sur les planches pendant plus de deux semaines. Rares sont ceux qui peuvent les permettre.

Il faut bien préciser qu’au Soudan, les troupes théâtrales ne sont plus comme avant. Leur nombre est assez restreint et manquent pour la plupart de structure institutionnelle. On trouve rarement de troupes avec un vrai répertoire et une programmation annuelle. De quoi assurer normalement une activité en permanence. S’ajoute à cela que le théâtre ne peut pas faire face aux attraits de la télévision et de la radio. Pour les comédiens, le succès et la vedettariat sont plus assurés à travers le petit écran ou les ondes radiophoniques, offrant une large diffusion. De plus, les jeunes dramaturges soudanais ne sont pas encouragés par l’Etat afin de présenter leurs oeuvres et développer l’écriture théâtrale. Tout ceci influence négativement l’action théâtrale au Soudan.

Pourtant, le public soudanais est friand de théâtre …

— Le public aime le théâtre. Il est assoiffé. Il est à la recherche d’un théâtre qui touche de près à ses soucis et à ses problèmes. Quand le spectateur se retrouve dans les pièces données sur les planches, il devient de plus en plus attaché au spectacle.

Il ne s’agit plus d’un public élitiste et passif. Mais c’est un public actif, qui contribue au développement du spectacle. Il partage son avis sur les réseaux sociaux et invite les autres à y aller. Il faut bien faire attention à ce genre de communication directe entre public et créateurs. C’est assez intéressant et nous permet d’effectuer de vraies études de réception, afin de mieux comprendre ce qui se passe.

— Quels sont les nouveaux projets de la troupe du Théâtre national soudanais ?

— Nous comptons présenter des spectacles variés, plus à même d’attirer le public. Récemment, on a commencé à aborder des sujets qui touchent de près à la vie quotidienne. On s’apprête à donner de nouvelles pièces plus expérimentales. De plus, nous nous préparons actuellement à participer au nouveau festival du Théâtre international soudanais, organisé en coopération avec l’Organisme arabe du théâtre, en novembre prochain.

— Ce dernier festival remplacera-t-il le festival du théâtre de Khartoum ?

— Le festival biannuel de Khartoum, créé en 2006, était très important, mais on n’a pas pu le tenir depuis 2012. Il a été suspendu à défaut de financement. Pourtant, il avait permis de présenter de nouveaux metteurs en scène professionnels, de nouveaux dramaturges, des spectacles en deux actes et des sujets assez variés. Il visait à soutenir le mouvement théâtral soudanais, en y injectant un sang nouveau. J’espère que le nouveau festival comblera le vide laissé par celui de Khartoum.

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