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Les Français désertent l'Egypte

Dalia Farouq, Lundi, 03 juin 2013

Malgré la relance du tourisme au premier trimestre 2013, les touristes français sont en forte baisse. Pour la première fois, la France ne figure pas parmi les 5 principaux pays exportateurs de touristes vers l'Egypte.

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Avec 56 146 touristes seulement au 1er trimestre 2013, la France se détourne de l’Egypte. Ce pays, qui était dans le top 5 des pays exportateurs de touristes vers l’Egypte, est aujourd’hui relégué au 11e rang. « Malgré l’Egyptomania bien connue des Français, le nombre de visiteurs venus de France a chuté de plus de 33 % en Egypte au cours du premier trimestre 2013 par rapport à la même période de 2012 », explique Ahmed Chokri, vice-président de l’Organisme de la promotion touristique (ETA). Il ajoute qu’en septembre dernier, la France arrivait au sixième rang des pays exportateurs de touristes vers l’Egypte. Alors qu’en 2010, avant la révolution, près de 600 000 Français avaient fait un voyage en Egypte. En 2012, ils n’étaient plus que 350 000 et les perspectives pour 2013 sont encore plus négatives.

Selon Nahed Rizk, directrice de l’office du tourisme égyptien en France, cette tendance négative peut s’expliquer par la crainte des touristes français de se rendre en Egypte en raison de l’instabilité politique. De plus, les professionnels du tourisme préfèrent désormais vendre des destinations « sans mauvaises surprises », c’est-à-dire sans grèves ni manifestations. « C’est bien dommage, car en ce moment on peut vivre de très belles expériences en Egypte : visiter les Pyramides sans faire la queue ou profiter des répliques de navires du début du XXe siècle qui assurent désormais sur le Nil la liaison entre Le Caire et Assouan à des prix assez raisonnables », ajoute Nahed Rizk. Pour sa part, Elhami Al-Zayat, président de l’Union des Chambres du tourisme, estime que depuis deux ans, l’Egypte vit au rythme des événements plus ou moins tragiques qui font la une de l’actualité internationale et rendent les Français frileux à l’idée de passer leurs vacances dans ce pays. « Pourtant, l’Egypte a renforcé ses dispositifs de sécurité, que ce soit sur les sites archéologiques ou pour les vols en montgolfière après le drame de Louqsor », assure Al-Zayat.

« Seuls les Français continuent de fuir »

D’après Nahed Rizk, les manifestations et les grèves se limitent au Caire. Les autres régions, notamment les zones touristiques de la mer Rouge, ne sont pas concernées. « S’il y avait un danger réel de voyager en Egypte, il serait le même pour tout le monde. Les Russes ou les Allemands pourraient évoquer les mêmes problèmes, et pourtant leur nombre augmente régulièrement », explique Nahed Rizk qui assure que « seuls les Français continuent de fuir cette destination, car on parle sans cesse de ces événements dans la presse ». Par contre, « toute la côte sud du Sinaï a fait le plein de touristes, en particulier des Russes, des Asiatiques, des Anglais, des Allemands et des Scandinaves », poursuit-elle.

Quant à Ahmed Hassanein, tour-opérateur travaillant sur le marché français, il assure que les clients français préfèrent attendre que la situation se calme avant de réserver leur séjour, très souvent à la carte. Les autres ventes sont principalement constituées de départs de « dernière minute ».

Une autre raison pour expliquer le désamour des Français est la montée des islamistes au pouvoir. « L’intervention au Mali et l’enlèvement d’une famille française au Cameroun à la frontière du Nigeria, probablement détenue par le groupe islamiste Boko Haram, plomberont sans doute encore un peu plus les envies de voyage des Français vers des destinations musulmanes », explique Jean-Pierre Nadir, président d’Easy Voyages, portail qui compare les offres des tour-opérateurs. Il explique que le Printemps arabe a découragé beaucoup de personnes souhaitant voyager dans des pays de confession musulmane. « Après la Tunisie et l’Egypte, les Français boudent désormais le Maroc, la Turquie et même les Maldives », indique-t-il. Selon un sondage réalisé par le portail, 51 % des Français boycottent le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, Israël, les Maldives, les Emirats arabes unis, Oman et la Jordanie à cause du contexte politique post-Printemps arabe. Pourtant, le gouvernement égyptien insiste sur le fait que « les touristes sont les bienvenus ». Il est conscient de l’importance du tourisme pour l’économie du pays.

Tout irait pour le mieux en matière de tourisme en Egypte puisqu’au cours du premier trimestre, il n’y avait pas eu cette exception française. L’Egypte attend toujours les touristes français, amateurs d’histoire et de culture .

Alors que le marché français témoigne d’une forte baisse en Egypte, d’autres marchés se développent. Les hôtels de la mer Rouge affichent complet avec des clientèles venues d’Europe du Centre et de l’Est. Pendant le premier trimestre 2013, le marché russe a occupé, de loin, la première place avec 490 026 visiteurs (+43,2 % par rapport à la même période de 2012). Il est suivi par l’Allemagne (309 193 touristes, +16,5 %), le Royaume-Uni (269 866 touristes, +2,5 %) et l’Italie (150 264, +9 %).

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