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ONG féministe, version post-révolution

Dina Darwich, Lundi, 03 juin 2013

La nouvelle génération d'ONG féministe a changé de méthode. Loin des coulisses du pouvoir, c'est aujourd'hui dans la rue et sur les réseaux sociaux qu'elle va puiser sa force. Une mutation qui s'avère gagnante.

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« Nous ne sommes pas deux pôles distincts. Une génération a suc­cédé à l’autre. L’ancienne génération d’ONG, qui a agi en faveur de la femme, a fait son chemin, elle a joué son rôle. Nous poursuivons ce chemin, mais à notre manière », explique Mozn Hassan, fondatrice et prési­dente de l’ONG Nazra (regard) active sur terrain depuis 2007.

Nazra, Kharitat Al-Taharroch (la carte de har­cèlement), Qowa did Al-Taharroch (la force contre le harcèlement), Bahiya, Fouada Watch … une longue liste d’ONG porte aujourd’hui le flambeau du mouvement féministe. Leurs appellations suffisent pour donner une idée du nouveau concept adopté par ces ONG.

Gérées essentiellement par des jeunes de 20 à 35 ans, ces ONG doivent la légitimité de leur présence à l’esprit révo­lutionnaire qui anime désor­mais l’Egypte. Beaucoup de revendications n’ont pas changé : réforme du code civil, plus de participation politique (moins de 2 % de députés femmes au Parlement contre 33 % au Maroc), plus d’accès aux postes à respon­sabilité (seules 2 femmes ministres dans le gouverne­ment actuel) … Mais de nou­veaux problèmes viennent s’ajouter à la liste. Car « la révolution a changé les choses. On n’a jamais parlé de la sécurité des femmes qui travaillent sur le terrain. Aujourd’hui, c’est l’élément essentiel qui préoccupe la jeune génération d’activistes. La femme a payé cher sa participation à la vie publique, aux sit-in et aux grèves. Elle a été victime de harcèlement collectif, parfois de viol. C’est comme si on voulait la priver de jouer son rôle politique et l’obliger à rester à la maison », regrette Mozn Hassan.

Hier, le régime

Les féministes d’hier avaient dû créer des ponts avec l’ancien régime. « C’est le pouvoir qui a eu souvent le dernier mot », confie une féministe des années 1990, qui souhaite rester anonyme.

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Un avis partagé par Azza Kamel, féministe de la même génération. « Il a fallu raser les murs pour imposer notre vision dans une société qui devenait de plus en plus conservatrice à l’égard de la cause de la femme. Lorsqu’on voulait dénoncer une loi qui portait atteinte aux droits de la femme, il fallait d’abord mobiliser les ONG pour faire pression sur le pouvoir », confie la présidente du mouvement féministe Fouada Watch.

D’après certaines activistes appartenant à l’ancienne génération, les plus âgées ont une autre vision, plus profonde, basée sur une bonne connaissance des lois. Elles devaient aussi tenir compte des orientations du régime politique.

Désormais, la base

Aujourd’hui, la situation a changé. Les jeunes sont plus audacieux. La nouvelle génération d’ONG est à la fois spontanée et rebelle. « Nous sommes plus proches des gens à travers les groupes de mobilisation », assure Dina Samir, porte-parole du mouvement La Carte de harcèlement, dont le but est de sensibiliser l’opinion publique, afin que les femmes puissent circuler en toute sécurité dans leurs quartiers.

Pour pleinement dessiner le portait de cette nouvelle génération d’ONG féministe, il faut rentrer dans les coulisses. Créativité, dynamisme et mobilisation semblent être les points communs qui rassemblent ces ONG qui agissent pour les droits de la femme.

« On utilise aujourd’hui le Crowd Sourcing qui se base essentiellement sur la communication avec le public. Ce sont les citoyens qui sont notre principale source d’informations à travers les plaintes recueillies après chaque harcèlement, ainsi que des renseignements sur l’endroit exact et la manière dont cela s’est produit. Le mouvement offre au public des espaces pour s’exprimer », poursuit Dina Samir.

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Les ONG féministes d'aujourd'hui sont très actives sur le terrain.

Les nouvelles activistes ont trouvé de nouveaux moyens de lutte. Les technologies de communication jouent désormais un rôle primordial. C’est en effet dans le monde virtuel que de nombreuses entités féministes sont nées. Si leur présence semble à première vue se restreindre aux réseaux sociaux, leur impact est bien réel.

Mozn Hassan cite l’exemple de La révolution des filles, de Safirate (les non-voilées) ou de L’intifada de la femme arabe. Pour elle, « ces groupes virtuels représentent un mouvement féministe singulier qui mobilise énormément de gens, contrairement à l’ancienne génération d’ONG qui travaillait indépendamment » de la base de la population.

L’autre avantage de la méthode online, c’est de toucher les coins reculé du pays. La lutte pour la cause de la femme n’est plus le monopole des Cairotes. Elle touche aujourd’hui toutes les femmes d’Egypte. A Assouan, une ONG virtuelle porte le nom de Sudiste libre. Son combat dépasse largement les frontières de la Haute-Egypte.

Un nouveau sang coule dans les veines de ces ONG. Ouvertes à tout, elles ont compris qu’il faut avant tout agir à la base pour tenter de changer mentalités et comportements.

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