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Sauver la Syrie

Maha Salem avec agences, Mardi, 28 mai 2013

La communauté internationale multiplie les efforts pour organiser une conférence sur la Syrie. Objectif : mettre un terme au conflit dans ce pays, qui menace de s'&´tendre à toute la région.

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Sauver la syrie
Les Syriens réclament en masse le départ d'Assad. (Photo: Reuters)

Dans sa tentative de trouver une issue à la crise syrienne, la communauté internationale se démène pour préparer une nouvelle conférence internationale de paix à Genève, en juin. Damas et l’opposition ont annoncé leur participation. Mais l’opposition exige toujours le départ du président Bachar Al-Assad avant de s’asseoir à la table de négociations avec le régime. « Si les deux partis campent sur leurs positions, on reste sur le point de départ sans aucun avancement, sans aucune lueur d’espoir. Cette conférence aura le même sort que celle de Genève.

Pour régler le conflit syrien, il y a trois solutions à mon avis. La première constitue plutôt un espoir : Assad meurt ou s’enfuit. Une autre solution qui est plus efficace est de voir les deux camps (régime et opposition) présenter des concessions. Enfin, l’opposition peut gagner en force en s’unifiant et en s’organisant. Elle pourra alors persuader la communauté internationale de la soutenir », affirme Moataz Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

Pour changer la situation, deux réunions ont eu lieu cette semaine, à Bruxelles et à Paris. Celle tenue à Paris a réuni le chef de la diplomatie française Laurent Fabius et ses homologues américain et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov dont le pays est le principal allié du régime de Damas, pour discuter du conflit. Lors de cette réunion, Fabius a montré ses réticences concernant la présence de l’Iran à la conférence de Genève-2. « Dans la mesure où l’Iran ne souhaite pas qu’il y ait de solution politique (en Syrie), faire venir ce pays risque d’empêcher la solution politique plutôt que de la favoriser », a estimé Fabius. « Nous constatons aussi malheureusement jour après jour que les forces iraniennes sont puissamment engagées aux côtés de Bachar Al-Assad et ce n’est certainement pas la bonne façon d’aller vers la paix en Syrie », a insisté le ministre français. Des déclarations rejetées par Téhéran.

La deuxième réunion, à Bruxelles, est celle des ministres européens des Affaires étrangères, divisés depuis des mois sur la livraison d’armes aux rebelles. Les Européens doivent discuter du renouvellement de leurs sanctions contre le régime syrien, dans lesquelles figure l’embargo sur les armes, et qui expirent le 31 mai.

En première réaction à la conférence de Genève-2, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a annoncé sa « décision de principe de participer à la conférence internationale de Genève-2 » en estimant que cette conférence initiée par Washington et Moscou « sera une bonne occasion de trouver une solution politique à la crise en Syrie ». Essayant de trouver un allié dans les pays arabes, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, s’est rendu deux jours en Iraq mais aucun détail n’a été dévoilé sur cette visite.

Cette annonce a été jugée insuffisante par l’opposition, qui a sommé Damas de clarifier sa position sur un départ du président Assad. « Le régime n’a pas encore dit qu’il (Assad) était prêt à partir », a souligné le porte-parole de la Coalition de l’opposition, Louay Safi. Des opposants ont affirmé que les dissensions au sein de la Coalition étaient dues notamment à un point d’achoppement concernant la position d’Assad en premier lieu. Tandis que les pays occidentaux et arabes favorables à une mise à l’écart de Bachar Al-Assad exhortent depuis longtemps l’opposition syrienne à s’unir afin d’envisager des livraisons d’armes aux rebelles. Les Etats-Unis notamment souhaitent une plus forte représentation des courants libéraux au sein du Conseil national de l’opposition syrienne (CNS) afin de limiter l’influence des islamistes.

L’opposition de plus en plus divisée

opposition
(Photo: AP)

Après d’intenses tractations, l’opposition syrienne reste très divisée sur plusieurs questions. Tout d’abord, le Conseil national de l’opposition syrienne (CNS) a connu un sérieux revers dans ses efforts d’unification des opposants au régime de Damas avec le fiasco d’un vote sur son élargissement à de nouveaux membres. Réunie à Istanbul, la Coalition nationale de l’opposition syrienne avait prévu un programme chargé : entrée de nouveaux membres dans l’organisation qui fédère de nombreux groupes de l’opposition, élection d’un nouveau président, approbation d’un gouvernement pour les territoires aux mains des rebelles.

Depuis sa nomination le 19 mars dernier, le premier ministre désigné par le CNS, Ghassan Hitto, s’est montré incapable de former un gouvernement provisoire susceptible d’administrer les zones tenues par les rebelles en Syrie. Le CNS n’a plus de président depuis la démission de Moaz Al-Khatib, qui a soumis au régime en place deux propositions pour parvenir à un départ pacifique de Bachar Al-Assad. Fort de 60 membres, le CNS, principal groupe de l’opposition, a refusé l’attribution de 22 nouveaux sièges au bloc de Michel Kilo et n’a proposé que cinq sièges à ce groupe libéral. Cette conclusion permet au secrétaire général Moustafa Al-Sabbagh, soutenu par le Qatar, et à la frange dominée par les Frères musulmans de conserver le contrôle du CNS. La confrérie islamiste a été la principale opposante à Hafez Al-Assad, défunt père de l’actuel président, dans les années 1980, lorsque des milliers de ses membres ont été torturés et exécutés.

Selon les analystes, « au lieu d’accepter la demande de nouveaux membres tout de suite pour profiter du soutien des occidentaux, les opposants ont refusé leur adhésion. Ce refus est une grande faute surtout que la communauté internationale déploie des efforts pour aider l’opposition. Si les divisions et les divergences se poursuivent au sein de l’opposition, celle-ci perdra sa crédibilité et le soutien accordé par la communauté internationale », explique Dr Moataz Salama, analyste au CEPS d’Al-Ahram au Caire.

Exprimant sa colère, Michel Kilo a déclaré : « Nous parlions d’environ 25 noms puis il y a eu un accord sur 22, puis le nombre a baissé à 20, puis à 18, puis à 15, puis à 5. Je ne crois pas que vous ayez la volonté de coopérer et de saisir notre main tendue. Nous vous adressons nos meilleurs voeux ». Selon une source au sein du groupe emmené par Michel Kilo, les partisans de ce dernier vont se réunir pour décider s’ils cessent ou non de participer aux travaux de l’opposition.

L’opposant historique au régime de Damas Michel Kilo, un intellectuel marxiste et laïque issu d’une famille chrétienne, fait partie des personnalités admises au sein de la Coalition. Porte-parole du CNS, Khaled Saleh a qualifié l’issue de ces négociations de « démocratique » en ajoutant que le CNS pourrait continuer à discuter de son élargissement.

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