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Dr Sameh Rashed : Dans le conflit syrien, les alliances évoluent rapidement, au gré des intérêts

Maha Salem, Mardi, 27 février 2018

Trois questions à Dr Sameh Rashed, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Al-Ahram Hebdo : Ces dernières semaines, les choses se sont subitement compliquées sur plusieurs fronts, alors que fin 2017, on semblait plutôt se diriger vers un règlement. Pourquoi ?

Dr Sameh Rashed : Dans ce genre de conflits critiques et compliqués, il est très difficile d’arri­ver à un règlement politique. Cela ne peut se faire que dans deux cas: ou bien que l’une des parties tranche la bataille sur le terrain et parvient ainsi à imposer ses conditions au vaincu, ou bien que le statu quo soit maintenu suffisamment longtemps pour que les deux camps ne puissent plus conti­nuer comme ça, une sorte de guerre d’usure qui finit par les obliger à négocier une entente. Dans le cas syrien, on n’est ni dans l’un, ni dans l’autre. Ce qui complique la chose. On a d’un côté le régime, militairement en position de supériorité, et de l’autre l’opposition qui résiste encore grâce au soutien financier, militaire et politique de cer­tains pays de la région. Certes, ces pays ont accepté le maintien de Bachar au pouvoir, mais ils veulent tout de même réaliser quelques victoires pour ne pas sortir bredouilles de la table de négo­ciations.

— Il y a d’un côté l’alliance Ankara-Washington qui vacille, et de l’autre l’embar­ras de Moscou dû aux événements de la Ghouta, et un rôle grandissant des forces régionales. Que se passe-t-il exactement dans le jeu des alliances ?

— Il est vrai que, dans le conflit syrien, les alliances évoluent rapidement, au gré des intérêts. C'est plutôt une sorte de coordination, pas de vraies alliances. Comme, par exemple, la Turquie, qui coopère avec la Russie pour affronter les milices kurdes et, en même temps, les Américains sur d’autres questions. En fait, dans le conflit syrien, il y a trois genres d’alliances: d’abord, celle entre Bachar, la Russie et l’Iran. C’est une alliance stable, harmonieuse et cohérente, elle constitue le camp le plus fort qui a une stratégie concrète et des objectifs clairs. L’autre alliance, celle qui regroupe les Etats-Unis et l’Europe, est tout à l’opposé. Américains et Européens n’ont ni vision claire, ni poids réel. La troisième alliance est celle qui unit l’opposition aux pays de la région qui la soutien­nent. Elle est stable, cohérente et a des objectifs précis, mais elle est devenue si affaiblie après l’en­trée en jeu des Russes qu’elle est obligée de revoir ses ambitions à la baisse.

— Face à toutes ces alliances, on semble assis­ter aussi à l’impuissance de l’Onu, notamment avec ce qui se passe dans la Ghouta...

— Ce qui se passe dans la Ghouta est dû à la faiblesse de l’opposition sur les niveaux politique et militaire. En même temps, les parties internatio­nales qui peuvent prendre une action concrète ne le font pas. La communauté internationale n’inter­vient que quand l’action se heurte directement à ses intérêts. Et le côté humanitaire est souvent négligé.

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