Ne te rebelle pas ! Rebelle-toi !
C’est comme si le Sinaï s’était soudain transformé en théâtre avec cinq principaux acteurs : le Hamas, Israël, l’armée égyptienne, la police, les tribus bédouines et les groupes djihadistes. Or, il y a plus d’actions qui se produisent dans les coulisses que sur les planches. En effet, dernièrement, le kidnapping de sept soldats et policiers, réalisé par des groupes armés sur une autoroute, a ravivé le débat sur la situation du Sinaï.
Les éditorialistes reviennent donc sur ce dossier épineux et opaque. « Il y a beaucoup de non-dits et une rareté de l’information », fait remarquer Ahmad Al-Sawi dans le quotidien Al-Shorouk.
« Le Sinaï s’est-il soustrait à l’autorité de l’Etat ? ». Il rappelle qu’en juillet dernier, 16 soldats ont été tués par surprise à Rafah. « Nous n’avons pas su qui a tué, qui a incité au crime et qui sont ces gens qui font la loi dans le Sinaï. Ce qui a ouvert la voie aux supputations et à la propagation de la théorie du complot. Il a été dit que le Hamas a aidé le président à se débarrasser du maréchal Tantawi, que ce dernier a fomenté l’affaire pour placer le président dans la gêne. Il a été dit également que le Fatah a voulu fragiliser les relations entre l’Egypte et Gaza. Qui fait pression sur qui pour que la vérité ne soit pas divulguée ? ».
Le quotidien Al-Watan a fait un zoom sur l’un des problèmes qui minent cette région : la crise des prisonniers sinawis puisque les kidnappeurs des soldats réclament leur libération.
Un Etat absent
Le journal a interviewé le cheikh Abdel-Hadi Aatik, juge coutumier du Sinaï qui a fait partie de la délégation qui a été autorisée par le président à rendre visite aux prisonniers bédouins dans la prison Al-Aqreb et Abou-Zaabal. « L’autorité de l’Etat est complètement absente dans la région du nord-est du Sinaï. Si ce n’est la loi coutumière qui gère la relation des tribus entre elles, la situation aurait été plus sanglante. Le kidnapping de soldats témoigne du désespoir des Sinawis envers un Etat qui les méprise complètement.
Les responsables des kidnappings ont eu recours à ce procédé pour obliger le gouvernement à entendre leurs revendications. Leur objectif est également de libérer leurs prisonniers et les prisonniers appartenant aux groupes islamistes ». Selon lui le problème réside dans la relation tendue entre les forces de l’ordre et les bédouins. « Quant aux djihadistes, ils sont peu nombreux et il est facile de les intégrer dans la société ou de les affronter ».
Une dimension régionale
Le politologue Hassan Nafea adopte une approche politico-stratégique. Pour lui, il y a une relation organique entre ce qui se passe actuellement au Sinaï et les développements qui secouent la région. Pour mesurer la nature de cette relation, il revient 40 ans en arrière, lors de la guerre d’Octobre 1973. Dans le quotidien Al-Masry Al-Youm, Nafea écrit : « Cette guerre a montré que les Arabes pouvaient prendre l’initiative de mener une guerre militaire contre Israël, dépasser leurs divergences et se rebeller contre les forces qui dominent l’ordre mondial. Israël et les Etats-Unis ont juré que cela ne se reproduirait pas. Ainsi une autre stratégie a été mise en place ».
Il avance que les dispositions sécuritaires dans les accords de paix sont en totale conformité avec cette stratégie. « Il est désormais clair qu’Israël a voulu, via ces dispositions qui ont ébranlé la souveraineté sécuritaire de l’Egypte sur le Sinaï, mettre en place une zone tampon entre d’un côté l’Egypte et Israël, la Palestine, la Syrie et le Liban de l’autre côté. Mais aussi créer une zone de troubles maîtrisés pour affaiblir l’Egypte et intervenir en cas de nécessité ».
Lors de son explication, Nafea souligne qu’Israël est arrivé à ses fins avec une armée syrienne en décomposition et une armée égyptienne coincée entre le marteau de l’extérieur et l’enclume de la situation intérieure « surtout après que le Sinaï s’est transformé en épine dorsale de l’Egypte ». Mais cela ne suffit pas selon l’auteur à expliquer la détérioration de la situation dans cette région. « Un régime national aurait pu pallier les déséquilibres des accords de Camp David en instaurant une politique de développement économique et social, qui aurait permis une meilleure prise en charge des problèmes des populations du Sinaï. Mais le régime de Moubarak a opté pour la poigne sécuritaire et l’humiliation du châtiment collectif. Ce qui a donné naissance à des groupes armés ».
La situation n’a pas changé avec le régime de Morsi. Il semble même qu’elle empire avec un climat d’opacité totale. « Nous parlons maintenant de l’effondrement total de l’Etat qui se plie désormais à la volonté des milices. Il ne trouve d’autre issue que de négocier avec le terrorisme pour libérer les otages en libérant à son tour des repris de justice », dénonce Galal Aref dans Al -Tahrir.
Lien court: