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L'omniprésent spectre d'une guerre entre Israël et le Hezbollah

Amira Samir, Mercredi, 15 novembre 2017

Outre l’instabilité interne causée par la démission de Hariri, le Liban risque aussi d’être la proie d’une nouvelle confrontation entre le Hezbollah et Israël.

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La deuxième guerre du Liban a duré 33 jours. (Photo : AP)

Au lendemain de la démission de Saad Hariri, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a appelé à « la patience et au calme » au Liban. Un discours d’apaisement en contradic­tion avec celui d’Israël, où le discours va-t-en guerre s’est intensifié contre le Hezbollah. Des personnalités militaires et politiques de haut niveau décrivent la forme probable d’un conflit futur. En effet, en Israël, un pays qui s’est déjà confronté militairement au Hezbollah à deux reprises (la dernière guerre date de 2006), des voix montent appelant à une nouvelle frappe contre le Hezbollah. « Si une guerre éclate dans l’arène nordique, nous devons agir avec force dès le début », a déclaré le commandant en chef des forces aériennes israéliennes, le général Gen Amir Eshel. Et d’affir­mer : « Ce que nous avions fait en 34 jours pendant la deu­xième guerre contre le Liban (ndlr : celle de 2006), nous pouvons maintenant le faire en 48 à 60 heures. La croissance de notre force n’a pas été linéaire. C’est une puissance potentielle inimaginable dans sa portée, très différente de ce que nous avons vu dans le passé et bien plus grande que ce que les gens estiment ». Yoav Gallant, ancien général de Tsahal, conclut que si cette guerre éclate, Israël ramènera le Liban à l’âge de pierre.

Des déclarations-chocs. Mais la confrontation entre le Hezbollah et Israël est-elle vraiment imminente ? Est-elle inévitable ? Selon Safinaz Ahmad, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, les dirigeants israéliens s’y préparent depuis 2006, c’est-à-dire depuis le dernier conflit qui les a opposés au Hezbollah. Pour l’Etat hébreu, il s’agit avant tout de contrer ce que les Israéliens considèrent comme la menace iranienne sur leurs frontières. « La démission de Hariri a coïncidé avec les menaces et les pressions exercées par Tel-Aviv contre le Hezbollah et son allié iranien, notamment après les progrès réalisés par l’Iran et ses milices en Syrie et en Iraq. Sans compter la puissance du Hezbollah au Liban », ajoute-t-elle. Selon elle, « cette escalade au niveau des menaces israé­liennes est une mise en garde. On risque un affrontement déséquilibré aux répercussions importantes. Celles-ci ne s’arrêteront pas au rôle du Hezbollah, mais toucheront de nombreux pays de la région », analyse Safinaz Ahmad.

L’armée libanaise pourrait elle aussi être ciblée. S’exprimant lors d’une conférence le mois dernier, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a suggéré que l’armée libanaise pourrait être considérée comme un com­battant ennemi aux côtés du Hezbollah. « Nous parlons du Hezbollah et de l’armée libanaise et, malheureusement, c’est la réalité. L’armée libanaise avait perdu son indépendance et est devenue partie intégrante du réseau du Hezbollah. Si la guerre éclate dans le nord, nous devons ouvrir toutes nos forces dès le départ », a déclaré Lieberman.

En fait, l’armée libanaise possède beaucoup moins d’armes que le Hezbollah qui dispose d’un énorme arsenal d’armes de pointe fourni par son patron iranien. Dans son discours de démission, Saad Hariri a d’ailleurs accusé le Hezbollah d’utiliser le pouvoir de ses armes pour imposer un fait accompli, affirmant que le Hezbollah est le bras de l’Iran non seulement au Liban mais aussi dans d’autres pays arabes. Car le président du Liban, Michel Aoun, est un allié du Hezbollah ...

Les milices chiites du Hezbollah et son parti politique sont, aujourd’hui, la faction la plus forte au Liban. Selon les estimations israéliennes, depuis la guerre en 2006, le Hezbollah est devenu l’acteur militaire non étatique le plus capable et le plus résistant, avec 20 000 combattants haute­ment qualifiés et à temps plein, 25 000 réservistes et plus de 100 000 missiles.

Bien avant la démission de Hariri

Or, les menaces israéliennes ne datent pas d’hier. Elles ne sont pas le fruit de la démission de Hariri. En septembre dernier, Israël a détenu le plus grand exercice militaire en deux décennies à sa frontière avec le Liban, suscitant la crainte d’un autre conflit. Pour Safinaz Ahmad, la démis­sion de Hariri donne à Israël une sorte de légitimité pour mener une campagne complète et implacable non seule­ment contre le Hezbollah mais aussi contre l’Iran et le Liban. « Le Hezbollah jouit d’une influence politique et militaire importante aux niveaux national et régional. Cela signifie que les options de confrontation politique, écono­mique et militaire avec le parti sont sur la table », explique-t-elle.

Mais en fait, pour Israël, l’option militaire est et a tou­jours été sur la table. Reste à savoir si les Israéliens vont passer à l’acte ou non. Et s’ils mesurent ou non les consé­quences d’une telle aventure. Pour Névine Mossaad, pro­fesseure de sciences politiques à l’Université du Caire, ce n’est pas si sûr que cela. « Israël pensera deux fois avant de répéter l’aventure de 2006. Car depuis, bien des choses ont changé. En premier lieu, l’Iran n’avait pas le poids qu’il a aujourd’hui ».

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