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Tendance sociale: Le café des moltazimine, l'endroit des pieux

Dossier réalisé par Dina Darwich, Mardi, 07 mai 2013

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La rencontre du célèbre cheikh Mohamad Al-Arrify avec des fans du courant salafiste au café Dcuppuccino.

A l’entrée du café, un jeune couple s’apprête à s’installer. Abdel-Méguid, le garçon de café, lui fait savoir poliment que le côté vitré est réservé aux filles et celui de gauche aux garçons. Quand le client lui dit qu’ils sont mariés, le serveur les dirige vers l’espace réservé aux familles.

C’est dans le quartier de Madinet Nasr que ce coin réservé aux conservateurs est situé. Les gens ont tendance à l’appeler le café des salafistes.

Pourtant, Mohamed Al-Sayed, ingénieur de 27 ans et propriétaire de ce commerce, insiste pour dire que ce café est ouvert à tout le monde.

Jour après jour, l’endroit ne cesse d’attirer davantage de clients, en majorité des moltazimine (pieux). « On a voulu tout simplement pallier le manque, car il n’existe pas de café qui respecte la charia. Notre commerce cible surtout les familles dont la plupart ne se sentent pas à l’aise dans d’autres cafés plus branchés », explique Al-Sayed.

Ce café est décoré de façon moderne et son enseigne porte un nom occidental. Cependant, beaucoup de détails semblent respecter l’idéologie du propriétaire. Des textes calligraphiés recouvrent les vitres cernant le coin réservé aux filles. Un moyen d’empêcher les regards curieux de s’infiltrer mais aussi de permettre aux femmes de se sentir à l’aise. Plusieurs écrans plats diffusent des dessins animés et des paysages naturels.

Quant aux murs, ils sont décorés de portraits de Damobox, le fameux personnage de bandes dessinées, puisque les photos représentant les êtres humains sont jugées illicites selon certains courants islamistes. On peut entendre aussi les anachid (chants religieux sans accompagnement d’instruments musicaux) du célèbre chanteur islamique Maher Zein. Un immense écriteau indique qu’il est interdit de fumer.

Bien entendu, dans ce café, pas de mixité sauf s’il s’agit d’une famille et seuls les garçons du café ont le droit de circuler librement d’un côté à l’autre.

Quatre jeunes filles attablées révisent leurs cours. « Dans ce café, je me sens à l’aise. Ailleurs, les regards insistants me dérangent, ce n’est pas toujours facile pour une fille de s’asseoir dans un café. Ici, le climat est plus sain », avance Riham, étudiante habituée du lieu et dont les parents lui interdisent d’aller ailleurs.

Plus loin, à une autre table, deux jeunes hommes parcourent le menu qui présente des mets et des desserts italiens. « Ce genre de commerce moderne qui répond aux normes de la charia donne la preuve que l’idéologie du courant salafiste peut répondre aux besoins de la vie moderne.

Ce café prouve bien que nous ne sommes pas enfermés dans un ghetto », commente Mohamed Al-Chayhi, membre de la Daawa salafiste et qui a l’habitude d’organiser des rencontres de travail dans ce café.

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En effet, ce café a ouvert ses portes depuis seulement une année. « J’ai profité de cette ère de liberté qui régnait dans le pays après la révolution. Un tel projet de tendance islamique n’aurait pas pu voir le jour auparavant. J’ai voulu ouvrir mon café avant les élections présidentielles de crainte que l’on ne dise que je suis soutenu par le candidat islamique qui a accédé au pouvoir », avance Al-Sayed.

Il affirme que ce café attire également les jeunes filles coptes qui apprécient et respectent ce lieu conservateur. Al-Sayed nous apprend encore que tous les dimanches après la messe, un prêtre vient déjeuner avec sa famille, son église étant située tout près du café. « Je n’impose pas de restrictions quant à la tenue vestimentaire, la confession ou autres croyances de mes clients. Je préfère recevoir un chrétien qui respecte les règles du café qu’un musulman qui les transgresse », avance-t-il.

Travailler dans ce café exige le respect de critères précis. « Le barbu qui trouve des difficultés à se faire embaucher est ici le bienvenu », dit Al-Sayed. Et bien que la compétence soit un élément essentiel, le propriétaire préfère choisir une personne pieuse. Celle qui fait sa prière sera prioritaire à celle qui n’est pas pratiquante. Mais Al-Sayed fera tout son possible pour encourager ceux qui ne pratiquent pas la prière à la faire.

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