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La crise qatari déborde en Afrique

Sabah Sabet avec agences, Mercredi, 21 juin 2017

Le retrait, par le Qatar, de ses troupes d’observation déployées dans le secteur disputé entre l’Erythrée et Djibouti, a ravivé la tension dans cette région de la Corne de l’Afrique.

Les répercussions de la crise entre le Qatar et un certain nombre de pays arabes se poursui­vent toujours, plus de deux semaines après la rupture des relations diplomatiques entre plu­sieurs pays arabes et le Qatar. Mais cette fois, c’est loin de la région du Golfe que la crise a eu des retombées. En effet, après sept années de calme, un regain de tension a eu lieu entre Djibouti et l’Erythrée, deux pays voisins, à la suite du retrait soudain des troupes d’observa­tion du Qatar déployées dans le secteur disputé entre les deux voisins depuis 2010. Jeudi 15 juin, le ministre djiboutien des Affaires étran­gères, Mahmoud Ali Youssouf, a accusé Asmara de « déployer ses forces » dans la région de Doumeira disputée entre les deux pays sur la mer Rouge. « Djibouti est un pays pacifique et nous donnons la priorité aux solu­tions diplomatiques », avait ajouté le ministre lors d’une conférence de presse télévisée. « Mais, avait-il ajouté, si l’Erythrée persiste dans sa recherche de solutions militaires, Djibouti est prêt à cette éventualité ». Pour sa part, l’Erythrée n’a pour l’instant pas réagi à ces déclarations.

En fait, les relations entre les deux pays de la Corne de l’Afrique s’étaient tendues après une incursion en avril 2008 de troupes érythréennes vers Ras Doumeira, promontoire stratégique surplombant l’entrée de la mer Rouge au nord de la capitale, Djibouti. Les deux pays s’étaient opposés à deux reprises, en 1996 et 1999, pour cette zone. L’Erythrée et Djibouti avaient signé en juin 2010 un accord sous les auspices du Qatar pour résoudre par un accord négocié leur conflit territorial et des soldats qatari avaient été déployés dans les zones disputées dans l’attente d’un accord final entre Djibouti et Asmara. A cette époque, le Qatar, dont les vel­léités de s’imposer en tant que « force » régio­nale étaient claires, jouait les médiateurs dans différentes crises politiques. Aujourd’hui, les choses ont changé. Mis au ban par les pays de la région à cause de son soutien présumé au terrorisme, le Qatar a annoncé mercredi 14 juin le retrait de ses forces. Une annonce qui n’est pas sans lien avec la crise qui a éclaté entre le petit émirat gazier du Golfe et l’Arabie saou­dite et ses alliés qui l’accusent de soutenir le « terrorisme » islamiste. Le Qatar qui rejette ces accusations n’a pas précisé de combien de soldats sa force d’observation déployée en 2010 entre l’Erythrée et Djibouti était formée. Dans un communiqué publié mercredi 14 juin, le ministère des Affaires étrangères qatari a simplement indiqué que « l’Etat du Qatar avait informé le gouvernement de Djibouti du retrait de toutes ses troupes déployées à la frontière avec l’Erythrée ». Il a affirmé que le Qatar avait été un « médiateur neutre » dans cette région de l’Afrique.

Inquiétude internationale
Or, Djibouti comme l’Erythrée entretiennent de bonnes relations avec l’Arabie et ses alliés des Emirats arabes unis et ont pris leur parti dans cette crise avec le Qatar. Ainsi, Djibouti réduit le personnel de son ambassade au Qatar, mais n’a pas voulu aller plus loin. Certains observateurs estiment que certains pays afri­cains subissent des pressions de la part de l’Arabie saoudite pour prendre son parti, ce que Riyad nie totalement. L’ambassade d’Ara­bie saoudite à Paris a fait savoir dans une lettre publiée cette semaine : « Ces accusations (sur les pays africains) sont totalement fausses et sans fondements. Jamais l’Arabie saoudite n’a exercé ce type de pressions. Chaque pays est souverain de ses décisions diplomatiques et l’Arabie saoudite accorde une importance par­ticulière à la relation privilégiée qu’elle entre­tient avec les pays du continent africain ».

Indépendamment de la crise entre Doha et Riyad, les deux voisins entretiennent des rela­tions très différentes avec les puissances exté­rieures. Djibouti abrite des bases militaires française et américaine et la Chine en construit une à son tour sur le petit territoire. L’Erythrée, en revanche, est largement considérée comme un Etat paria tandis que le port de Djibouti sert de débouché aux importations et exportations de l’Ethiopie, grand ennemi régional de l’Erythrée.

Face à cette situation tendue, l’Union Africaine (UA) a fait part de son inquiétude de la tension provoquée par la résurgence d’un différend territorial entre Djibouti et l’Erythrée à la suite du retrait de soldats du Qatar. Le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a appelé dans un com­muniqué au « calme et à la retenue » après que Djibouti eut accusé l’Erythrée d’avoir profité du retrait du contingent du Qatar pour occuper la partie de territoire revendiquée par les deux pays à leur frontière. « La commis­sion de l’UA, en étroites consultations avec les autorités djiboutiennes et érythréennes, a entrepris de déployer une mission à la fron­tière érythréo-djiboutienne pour établir les faits », a ajouté samedi l’organisation panafri­caine, en signalant que le président de la commission se tient à la disposition de Djibouti et de l’Erythrée pour les aider à nor­maliser leurs relations et promouvoir des relations de bon voisinage .

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