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Santa Lucia … Le goût de la Grèce et du luxe

Hanaa Al-Mekkawi, Mercredi, 19 avril 2017

Ce n’est pas un simple restaurant grec, mais le témoin de toute une époque. Il s’agit de Santa Lucia, l’un des plus célèbres, plus chics et plus anciens restaurants d’Alexandrie.

Santa Lucia … Le goût de la Grèce et du luxe
Le propriétaire de Santa Lucia accueillant Enrico Macias lors d'un dîner au restaurant.

A l’époque où le cosmopoli­tisme avait atteint son apogée à Alexandrie, les valeurs de qualité, la finesse, l’élégance et les plai­sirs en matière de gastronomie dominaient le mode de vie des Alexandrins. Santa Lucia était là pour les satisfaire. Un restaurant grec haut de gamme où l’on peut savourer des mets raffinés dans une ambiance distinguée. Sa spé­cificité l’a rendu incomparable aux autres. « A l’époque, tous les autres restaurants glissaient des pots-de-vin aux cochers et chauf­feurs de taxi pour leur ramener des clients. Nous, nous n’avons jamais eu besoin de faire cela », se rappelle Aleco, le serveur grec de 73 ans. Il a passé 45 ans de sa vie au service des clients de ce restaurant, aujourd’hui, il est à la retraite.

Santa Lucia a été fondé en 1932 par un Italien. Un an plus tard, il a été vendu à Panayouti Soulous, un Grec. Et depuis, les propriétaires se sont succédé, mais tous ont veillé à garder son caractère grec et son ambiance raffinée. Actuellement, Yanni Siokas, qui fait partie de la troisième généra­tion, en est à la fois propriétaire et gérant. D’après Aleco, le restaurant affichait sou­vent complet tous les jours de la semaine, et le jeudi, les clients devaient réserver plu­sieurs jours à l’avance. Les clients distin­gués choisissaient un jour en milieu de semaine pour éviter la foule. Un attache­ment qui continue bien que ces dernières années, beaucoup de restaurants de luxe soient entrés en concurrence avec ce restau­rant suranné. Mais à Santa Lucia, la clien­tèle reste fidèle.

Santa Lucia … Le goût de la Grèce et du luxe
Depuis la création de Santa Lucia, le piano du restaurant n'a jamais quitté sa place. (Photos : Hanaa Al-Mekkawi)

Le restaurant aussi est fidèle à lui-même. Fidèle au décor de sa façade qui attire l’at­tention avec ses pierres couleur brique et sa grande porte en bois. Dès qu’on y pénètre, on plonge dans un monde d’élégance, témoin de nombreuses histoires. Les visi­teurs sont accueillis comme des rois, puis le déjeuner ou le dîner sont servis dans une ambiance romantique avec, pour musique de fond, un morceau joué au piano, lequel est toujours à la même place depuis plus de 1980 ans. C’est le seul instrument qui reste de tout un orchestre qui se produisait dans ce restaurant chaque soir. Il portait le nom du restaurant lui-même et ne jouait que pour ses clients. Ces derniers étaient issus des classes moyenne et aisée et cela n’a pas changé. Jusqu’à aujourd’hui, il suffit de prononcer le nom du restaurant devant un client pour le voir sou­rire et raconter ses beaux souve­nirs avec ses parents et ses proches. « Il suffisait de faire l’ex­périence une fois pour revenir, voire devenir un habitué », dit Aleco, en se rappelant les cravates qu’il gardait dans son tiroir pour les prêter aux clients qui avaient oublié d’en porter une. Car la tenue vesti­mentaire classique était obligatoire. Une chose qui continue d’être respectée par les clients. Des dizaines de films ont été aussi tournés dans ce restaurant et des centaines de stars, de célébrités et même des rois et des présidents sont passés par là. C’était l’endroit de prédilection de la fine fleur et cela continue. Cette histoire fait partie aujourd’hui de la spécificité de ce restau­rant dans lequel on se rend par nostalgie d’une certaine époque, s’en remémorer tous les détails, rêvasser en contemplant ses murs et ses tables.

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