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La philosophe active de la révolution

Hanaa Al-Mekkawi, Lundi, 15 avril 2013

A 62 ans, Laïla s'est lancée dans l'activisme. Professeur de philosophie, elle est de toutes les manifestations pour défendre les idéaux révolutionnaires. Au milieu des jeunes manifestants, Laïla se sent revivre.

la philosophe
Laïla, lors d'une manifestation, réclamant les droits de la femme dans la nouvelle Constitution.

« Les slogans de la justice sociale nous ont nourris. On nous a appris dès notre plus jeune âge que le travail est un honneur et un devoir et bien d’autre principes et slogans qui sont actuellement en train de s’estomper jour après jour », déclare Laïla, 62 ans.
Née en 1951, elle a passé sa jeunesse sous l’époque de Nasser, une figure qui a toujours marqué cette professeur de philosophie. C’est cette admiration pour le zaïm qui l’a incitée, la soixantaine passée, à descendre dans la rue et à devenir une militante. « Les slogans de la révolution

— surtout ceux concernant la justice sociale — ont réveillé en moi des souvenirs. C’est entre autres ce que mes parents ont vécu sous l’occupation anglaise jusqu’à la victoire de 1973 en passant par la défaite de 1967 ».
Avant la révolution, cette dame pleine d’énergie menait un train de vie tout à fait banal. S’occuper de son mari, ses enfants, ses élèves ... Déçue, elle préférait jusqu’à encore récemment rester à l’écart de la politique. « La vie politique, c’était de la comédie et tout le monde le savait. Seuls certains politiciens et profiteurs avaient le privilège d’y participer. Quant au reste des citoyens, ils jouaient le rôle de spectateurs sans pouvoir réagir ».

Frustrée et découragée, elle se contentait d’initier ses enfants et ses élèves à la philosophie, à la science du raisonnement et à l’amour de la patrie. Elle le faisait car c’était tout ce qu’elle savait faire.

Aujourd’hui, Laïla est devenue un membre important du parti libéral Al-Masréyine Al-Ahrar (les Egyptiens libres) et son agenda est chargé. Elle passe d’une conférence à une autre, menant des campagnes de sensibilisation chaque jour tout en veillant à l’organisation de chaque manifestation.

Face à la corruption et à l’injustice, le peuple a décidé en 2011 de se révolter. Et Laïla a décidé d’en faire autant. Comme ce peuple que l’on croyait mort et incapable de protester, Laïla s’est rebellée, changeant complètement de cap. C’était le 11 février 2011, jour de l’effondrement de l’ancien régime. Un miracle pour Laïla qui est descendue dans la rue pour fêter la naissance d’une nouvelle époque. Depuis, elle a gardé ce cap.

On la retrouve assise sur les capots de voitures répétant des slogans, tenant une pancarte ou guidant les manifestations de femmes. Elle a même participé à des sit-in et a dormi à la belle étoile. Sa seule arme pour se protéger des baltaguis (hommes de main), c’est l’eau bouillante. «

Les jeunes ont été surpris par mes astuces, comme si je les avais inventées. En fait, je me suis souvenue de ce que faisaient ma mère et d’autres militants de son époque », raconte Laïla en ajoutant qu’elle n’a peur de rien et que tous les jeunes la traitent comme leur mère ou leur grand-mère.

Elle a toujours trouvé des gens pour la protéger ou l’aider. « Ils savent que je risque ma vie à chaque manifestation, mais ils savent aussi que je suis là pour défendre leur droit à un avenir meilleur ».

Aujourd’hui, cette activiste refuse d’être étiquetée sous une tendance particulière. Elle n’éprouve aucune gêne à passer d’un parti ou mouvement politique à l’autre pour défendre ses idées.

Laïla pensait que le maximum qu’elle pourrait faire, une fois à la retraite, était de visiter régulièrement des maisons de retraite ou des orphelinats et de prendre soin de sa famille. Mais les choses ont pris un tour différent. On la voit côte à côte avec des jeunes de 18 à 20 ans en train d’affronter la police ou des assaillants.

« Quant à ma famille, je lui consacre le vendredi. Cela ne plaît pas beaucoup à mon mari, mais il n’a rien pu faire face à mon insistance et à ma volonté de rendre service à mon pays pour que les nouvelles générations puissent vivre dans la dignité et profiter d’un avenir meilleur ».

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