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Activisme: Les seniors passent à l’action

Hanaa Al-Mekkawi, Lundi, 15 avril 2013

Des milliers de sexagénaires ont rejoint les rangs de la contestation, marquant leur début dans la contestation politique. Les jeunes n’entendent pas pour autant se laisser délester du leadership qu’ils ont acquis lors du soulèvement.

les seniors.

La révolution du 25 janvier 2011 a été déclenchée par des jeunes, mais cela n’a pas empêché des milliers de personnes âgées à y participer. Aujourd’hui, lors des manifestations, on peut voir des personnes dépassant la soixantaine scander haut et fort les mêmes slogans que leurs cadets. Un fait nouveau pour la société égyptienne qui, durant des décennies, considérait cette génération comme passive.

Certaines d’entre ces personnes occupent le devant de la scène actuellement aux côtés des jeunes. Depuis 2 ans, elles ont décidé de s’impliquer dans le changement. « On a gardé le silence et on a tourné le dos aux problèmes au lieu de les affronter. Puis, soudain, nous avons été surpris par ces jeunes qui ont réussi ce que l’on avait à peine osé espérer », confie Khaled Galal, ancien employé à la retraite. Celui-ci attend impatiemment chaque vendredi pour participer à des manifestations ou à des sit-in.

Comme d’autres personnes de son âge, ce sexagénaire ne pouvait tolérer davantage les conditions déplorables dans lesquelles s’enfonçait le pays. Il s’est révolté pour améliorer ses conditions de vie, mais aussi celles des jeunes.

Sentiment de culpabilité

En effet, différentes raisons ont poussé à l’action ces personnes proches du troisième âge. D’après le sociologue Ahmad Yehia, c’est peut-être le sentiment de culpabilité qui a poussé ces personnes à bouger. C’est peut-être aussi le désir de faire renaître ce héros en elles qu’elles croyaient mort à cause des conditions de vie difficiles qu’elles ont toujours connues. C’est également le poids de la frustration qui les a fait réagir. Une frustration qui a été ressentie par toutes les tendances, aussi bien par les libéraux que les islamistes. Tous ont souffert sous l’ancien régime.

Lorsque le soulèvement a éclaté, chacun s’est exprimé et a tenu à défendre ses principes. Aujourd’hui, cette génération qui dépasse la soixantaine conserve ses particularités. « Elle a connu des révolutions, des guerres, des victoires et des défaites. Impuissante, cette génération a perdu tout espoir de changement. Epuisée et dépassée, il lui semblait impossible de déclencher une révolution, et lorsque les jeunes l’ont faite, elle n’a pas hésité à les suivre », explique Yehia.

Aujourd’hui, lors des manifestations, des sit-in et même durant les affrontements, ces activistes âgés ne passent pas inaperçus. Ils se placent aux premiers rangs, débordant d’enthousiasme et de bravoure, scandant leurs slogans avec un regard plein de défi. « Ma participation à la révolution est la seule chose qui m’a permis de sentir que je suis encore en vie. Avant la révolution, les jours défilaient, aussi monotones les uns que les autres. Après la retraite j’ai commencé à attendre la mort », dit Kamal Moustapha, directeur à la retraite. Ce dernier, comme la majorité des Egyptiens, souffrait de se sentir inutile et de cette solitude des vieux jours.

D’après le psychiatre Ahmad Abdallah, la vie des Egyptiens tourne autour de la famille et quand la famille veut alléger les personnes âgées de leurs responsabilités, leur vie d’actif fait place alors à l’ennui et au vide total. Alors participer à ce soulèvement a été l’occasion pour la plupart d’entre ces personnes de combler ce vide et de se sentir vraiment utile, non seulement pour leur famille, mais pour toute la nation.

Une participation qui ne semble pas toujours plaire aux plus jeunes qui se targuent d’être les instigateurs de la révolution. « On les accepte en tant que guides, mais pas comme des chefs. On écoute leurs conseils et on profite de leur expérience, mais on refuse qu’ils occupent les postes importants à nos dépens », explique Karim, jeune activiste.

Comme les autres jeunes activistes, Karim respecte leur présence et la considère comme une bénédiction.

Un fait que les plus âgés ont bien compris. Ces derniers font donc profil bas et laissent aux jeunes le devant de la scène. « Ce que nous voulons c’est tout simplement exprimer notre colère avec eux. Nous ne sommes pas là pour les concurrencer. Nous savons que l’avenir leur appartient », conclut Kamal Moustapha.

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