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Dr Hala Hamad : « Le plus important est de faire parler l’enfant »

Dina Darwich, Mardi, 09 avril 2013

Dr Hala Hamad, psychiatre, explique les conséquences psychiques subies par un enfant abusé sexuellement et les moyens de le guérir.

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Al-Ahram Hebdo : Etre abusé sexuellement pour un enfant est une expérience traumatisante. L’est-elle davantage pour un enfant qui vit dans un orphelinat ?
Dr Hala Hamad : L’abus sexuel est une expérience qui va chambouler la vie d’un gamin peu importe le lieu où il se trouve. Mais pour les enfants qui séjournent dans des orphelinats, un tel acte peut le marquer à vie. Car ces enfants souffrent le plus souvent d’insécurité à cause du choc enduré par la disparition de leurs parents. Ajoutez à cela le changement permanent du personnel dans ces orphelinats. Ce qui a une influence négative sur leur psychisme. Le plus souvent, un orphelin abusé sexuellement se sent coupable, car il n’a pas pu empêcher une personne en qui il a confiance de commettre ce crime. Cet adulte pervers fait souvent pression sur l’enfant pour l’empêcher de parler et lui fait comprendre que personne ne le croira. Face à ce silence, l’enfant se sent impliqué dans l’affaire, et ce, malgré lui.
— Quelles séquelles peut laisser une telle expérience sur un enfant ?
— Cela dépend souvent de 3 facteurs : l’âge de l’enfant, le nombre de fois où il a été abusé et la relation qui le lie à la personne qui a commis cet acte. Cette expérience peut provoquer des conséquences graves à court terme et à long terme. L’enfant commence au début à perdre graduellement sa concentration. Puis, il va manifester certains symptômes tels que l’anxiété, la dépression et même souffrir de miction involontaire. Il y a aussi le risque qu’il exerce le même acte avec ses camarades de dortoir. D’autres impacts surgissent à long terme comme le fait pour l’enfant de détester la vie et de perdre confiance en lui. Mais l’acte en lui-même reste à jamais gravé dans la mémoire de l’enfant. Pour l’oublier, il cherche des moyens pour fuir la réalité en consommant de la drogue ou de l’alcool.
— Existe-t-il des moyens pour remédier aux effets de cette expérience douloureuse ?
— Bien sûr que oui. La méthode de traitement dépend de l’âge de l’enfant. S’il est très jeune, il vaut mieux ne pas remuer la plaie pour lui donner la chance d’oublier. Par contre, si l’enfant est plus âgé, il va continuer à être exposé à de tels abus. Il doit être suivi par un psychiatre qui va lui faire comprendre qu’il n’est pas mis en cause et qu’il ne doit pas se culpabiliser. Le but étant d’absorber sa colère envers lui-même et de la diriger vers la personne qui a commis cet acte. Mais le plus important est de faire parler l’enfant. Car cela lui permettra de s’extérioriser et d’alléger un peu ses souffrances.
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