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Le métro coûte plus cher

May Al-Maghrabi, Jeudi, 30 mars 2017

Les prix des tickets de métro ont doublé. Selon le gouvernement, il s’agirait d’une mesure indispensable pour assurer la continuité du service.

Le métro coûte plus cher
Environ 3 millions d'usagers utilisent quotidiennement le métro.

Le 23 mars, le gouvernement a approuvé la hausse des prix des tickets de métro, moyen de transport le plus utilisé en Egypte. La mesure a été mise en application dès le lendemain. Les nouveaux tarifs sont de 2 L.E. pour un billet pour toutes les stations, 1,5 L.E. pour les catégories bénéficiant de réductions spéciales (journalistes, policiers, militaires …) et 1 L.E. pour les handicapés. Les abonnements annuels des étudiants sont passés de 22 L.E. à 33 L.E.

Cette décision prise au grand dam des usagers est jugée « inéluctable pour pouvoir combler le fossé entre les revenus et les frais de fonctionnement du métro. Le prix du ticket était fixé à 1 L.E. depuis 2006 », affirme le ministre du Transport, Hicham Arafat. Et d’ajouter que les revenus annuels du métro s’élèvent à 716 millions de L.E. alors que les frais de fonctionnement sont de 916 millions de L.E., cela représente un déficit annuel de 200 millions de L.E. « En dépit de cette situation difficile, le gouvernement avait longtemps repoussé l’idée d’une augmentation des prix, pour ne pas faire porter au citoyen la charge. Après les récentes hausses des prix de l’électricité et des pièces de rechange — qui sont importées en dollars — il n’y avait plus d’autres alternatives pour couvrir les frais de fonctionnement du métro, développer les réseaux et améliorer le service », a justifié le ministre.

Le président de l’Organisme national du métro, le général Tareq Gamaleddine, a déclaré que l’Organisme devait 500 millions de L.E. aux entreprises qui effectuent les travaux d’entretien sur le réseau et qui fournissent les pièces de rechange. « Cette hausse vise à sauver le métro de la situation catastrophique dans lequel il se trouve. L’Organisme du métro n’est plus capable d’assumer les frais de fonctionnement, les salaires et les travaux d’entretien. Il n’était pas logique que le métro soit le seul moyen de transport en commun dont le prix n’a pas changé depuis des années », a-t-il estimé. Après la dévaluation de la monnaie en novembre dernier dans le cadre du programme de réformes économiques, les prix des autres moyens de transport public avaient augmenté, notamment du fait de la hausse des prix du carburant. Depuis la dévaluation, le gouvernement ne cesse d’évoquer les difficultés auxquelles est confronté l’Organisme du métro et parle de la nécessité d’une hausse des prix pour le premier moyen de transport en commun du pays. Selon les chiffres de l’Organisme général de comptabilité, le métro souterrain est utilisé par environ trois millions de citoyens par jour.

Une solution controversée

Le député Amr Ghaleb, président de la commission économique au parlement, estime que cette augmentation était nécessaire puisque l’Organisme du métro risquait de suspendre ses activités, incapable de satisfaire ses obligations financières. « Il était normal d’augmenter les prix. Plusieurs entreprises fournissant des pièces de rechange et des services d’entretien ont résilié leurs contrats avec l’organisme. Les gains qui résulteront de l’augmentation ne couvriront cependant pas le coût réel du service. Jusqu’ici, le gouvernement subventionnait à 90 % les billets du métro, mais ces subventions ne peuvent continuer en l’état », défend Ghaleb. Il ajoute que lorsque le métro a été créé en 1987, son tarif était de 50 piastres alors que celui des bus publics était de 25 piastres. « Aujourd’hui la situation s’est inversée, le tarif des bus est passé à 3 L.E. mais certains insistent pour maintenir le prix du ticket de métro à 1 L.E., c’est illogique. Malgré cette faible augmentation, le métro reste le moyen de transport public le moins cher », estime Ghaleb. D’autres reconnaissent aussi l’ampleur du déficit dont souffre l’Organisme du métro, mais critique le recours à la solution « facile » de la hausse des tarifs. « Assez d’augmentations de prix, le citoyen est déjà accablé par les hausses successives des factures d’électricité, de gaz et celles alimentaires. Les Egyptiens ont du mal à joindre les deux bouts », s’insurge le député indépendant Ahmad Al-Tantawi. Pour lui, le problème réside dans une mauvaise gestion et la planification des recettes. « Il aurait fallu étudier les failles dans la gestion du métro ayant mené à ce déficit. Le porte-parole de l’organisme a déclaré que les revenus des publicités au métro ont été de 750 millions de L.E. au cours des cinq dernières années. Un chiffre scandaleux témoignant d’une mauvaise gestion », critique Al-Tantawi. Il ajoute : « Dans la plupart des stations, les tourniquets sont en panne, ce qui permet à beaucoup d’usagers de frauder. Avant de penser à augmenter le prix du ticket, mieux vaut d’abord s’assurer que tout le monde paye. Ce sont ces failles de gestion qui sont à l’origine des pertes et non le faible prix du ticket », insiste-t-il. Lors d’une réunion dimanche, la majorité des députés de la commission du transport au parlement ont dénoncé la décision « unilatérale » du gouvernement. « Les députés sont les représentants du peuple et devraient être consultés avant de prendre une décision affectant la population », s’est indigné Magdi Koror, membre de la commission. Cette dernière a demandé au gouvernement de revenir sur sa décision et d’étudier d’autres alternatives. Les usagers du métro ne peuvent pas supporter cette nouvelle augmentation.

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