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Bonbonne de gaz : Les plus démunis payent encore la facture

Névine Kamel, Lundi, 08 avril 2013

Une journée avant l’arrivée de la délégation du FMI, le gouvernement a supprimé une partie des subventions au gaz domestique. En l’absence d'un système équitable, ce sont les plus pauvres qui sont d’abord touchés.

Bonbonne

La décision du gouverne­ment de diminuer les sub­ventions allouées au gaz domestique n’est pas pas­sée inaperçue. 2 700 entrepôts de bonbonnes à butagaz ont cessé de travailler la semaine dernière dans différents gouvernorats. Certains d’entre eux sont toujours en grève.

La semaine dernière, les proprié­taires des entrepôts de ces bon­bonnes de gaz ont envahi le minis­tère de l’Approvisionnement. Ces grèves et protestations ont entraîné de longues files d’attente devant les entrepôts dans plusieurs quartiers du Caire.

La semaine dernière, le gouverne­ment a doublé, du jour au lende­main et sans prévenir, le prix des bonbonnes de gaz. Le prix officiel de la bonbonne pour les particuliers est passé à 8 L.E. contre 4 L.E. auparavant. Une décision qui, selon le gouvernement, permettra une économie annuelle de 2 milliards de L.E.

Le gouvernement avait préalable­ment déclaré que les ménages rece­vraient un maximum de deux bon­bonnes subventionnées. Toute bon­bonne achetée en plus sera facturée 25 L.E., un prix toujours inférieur à son coût de production.

Pour les utilisations commerciales (hôtels, restaurants, boulange­ries ...), le butane reste subvention­né. La bonbonne (le double du volume vendu aux particuliers) leur sera vendue à 16 L.E.

Une décision inégale

Cette nouvelle décision est une autre promesse non tenue de la part du gouvernement. Celui-ci avait déclaré qu’il ne subventionnerait plus le gaz pour l’usage commer­cial, à l’exception des petits restau­rants de sandwichs, destinés à une clientèle pauvre.

A 8h du matin, les consomma­teurs font déjà la queue devant un entrepôt privé dans la banlieue du 6 Octobre. « Depuis lundi dernier, je n’arrive plus à me procurer de bon­bonnes de gaz. Les propriétaires des entrepôts ferment leurs portes et refusent de nous en vendre. Ils s’opposent à la hausse des prix approuvée par le gouvernement », raconte Abdel-Wahab, un portier. « Finalement, j’ai été pour en cher­cher au marché noir. J’ai dû payer 30 L.E. pour une bonbonne. Le gou­vernement décide d’une hausse que les commerçants refusent d’assu­mer. C’est nous, les consomma­teurs, qui payons la facture », s’in­surge-t-il.

Depuis longtemps, le gouverne­ment égyptien a lancé l’idée d’une libéralisation progressive des prix des produits pétroliers et gaziers. Le but est de réduire la facture des subventions à l’énergie, qui s’élève actuellement à 115 milliards de dol­lars, selon le budget 2012/2013.

Cette décision a été plusieurs fois repoussée face à la colère sociale et à la récession qui frappe le pays. Mais avec l’arrivée de la mission du FMI la semaine dernière, le gouver­nement a mis en place cette mesure, afin de démontrer à l’institution internationale sa bonne volonté.

Cette institution plaide, en effet, pour une libéralisation des subven­tions accordées à l’énergie. Une condition qui est essentielle à l’oc­troi de prêts. « La facture est lourde, d’autant plus que cette décision coïncide avec une crise écono­mique. Les pressions sur le consom­mateur sont multiples », estime Omnéya Helmi, directrice exécu­tive du Centre égyptien pour les études économiques.

« Comme toujours, la hausse touche toutes les classes de la société, et en premier lieu, les plus pauvres. Proportionnellement à leur revenu, ce sont ces derniers qui paieront le plus.

L’absence d’un système de surveillance contrôlant le marché et interdisant le marché noir ne fait que fragiliser la situation. La facture est lourde ».

Des prix qui vont exploser

Selon les chiffres du ministère du Pétrole, 20 milliards de L.E. sont destinées à la subvention des produits pétroliers. La consommation totale de gaz s’élève à 4,5 millions de m3 par an, et la production locale est de 2,3 millions. Les importations représentent la moitié de la consommation.

Le prix du m3 à l’étranger varie entre 900 et 1 200 dollars. Un simple calcul nous donne le coût moyen de la bonbonne : 75 L.E.

« Les classes démunies ne profitent des subventions qu’à hauteur de 30 % tout au plus. Le reste bénéficient aux hôtels et aux usines. Est-ce que c’est ça la justice ? », se demande un responsable au sein du ministère du Pétrole.

Celui-ci assure que le gouvernement vise une libéralisation complète des prix des bonbonnes pour 2018, qui atteindra donc 75 L.E. ou plus selon les cours internationaux. Les familles qui possèdent les cartes d’approvisionnement la recevront à 25 L.E.

Cette hausse des prix des bonbonnes de gaz est une première étape dans le programme du gouvernement pour l’annulation progressive des subventions à l’énergie. La décision du gouvernement a eu pour conséquence l’explosion des ventes au marché noir. La conséquence est que pauvres et riches se partagent la facture à parts égales.

« Jamais, le consommateur, avec l’absence de surveillance, n’obtiendra la bonbonne au prix annoncé », estime Omneya Helmi. « Les prix des bonbonnes ont considérablement augmenté pour atteindre 15 L.E. dans les entrepôts et 30 L.E. au marché noir, suite à la décision du gouvernement. Une nouvelle hausse est prévue. Malheureusement, le consommateur n’a pas le choix », raconte Abdel- Salam, propriétaire d’un four à pain .

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