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Le retour d’Israël en Afrique

Amira Samir, Mercredi, 11 janvier 2017

Depuis plusieurs années, Israël cherche à renforcer ses relations politiques, économiques et sociales avec le continent noir.

C’est depuis la chute de l’URSS en 1993, une puissance qui maintenait de fortes relations avec le continent noir, qu’Israël s’est lancé dans une nouvelle phase dans ses relations avec l’Afrique. Avec en premier lieu, une promotion des relations diplomatiques déjà privilégiées avec les Etats africains. Mais au-delà de la diplomatie, c’est d’économie qu’il s’agit aussi. En effet, pas un mois, ou presque, ne passe sans l’annonce de la signature d’un nouveau contrat concernant un nouveau projet israélien sur le continent noir. Israël vend en Afrique son expertise dans différents domaines : la sécurité, l’irrigation, l’agronomie, l’ingénierie, ainsi que dans plusieurs autres domaines indispensables pour les pays africains. Parmi les plus récents et les plus gros projets figure la centrale thermique au gaz naturel de Songon-Dagbé, en cours de construction par le groupe israélien Telemania, dans la banlieue d’Abidjan, avec un montant de 525 millions de dollars.

Les relations diplomatiques entre Israël et les pays africains remontent à la création même de l’Etat hébreu. « Les premières relations bilatérales datent tôt depuis les années 1950. Ces relations étaient notamment florissantes à la suite de l’indépendance de certains pays africains comme le Ghana. Elles ont subi par la suite des hauts et des bas », explique Ahmad Askar, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Avec la fin des années 1960, l’Etat hébreu entretenait des relations diplomatiques entières avec 33 pays africains. Mais après la guerre israélo-arabe de 1973, plusieurs pays africains ont décidé de rompre leurs relations diplomatiques avec Israël, et ce, à la faveur de leur voisin égyptien. Ces relations n’ont été progressivement rétablies que dans les années 1980. Et à la fin des années 1990, Israël entretenait des relations diplomatiques avec environ 40 pays des 57 pays africains. Pourtant en nombre des ambassades, Israël n’est représenté que dans 18 % des pays du continent noir. Comparativement à sa présence dans d’autres continents, ce taux est des plus faibles.

Offensive de charme

Dès lors, parallèlement à la présence diplomatique, Tel-Aviv a entamé son offensive économique : relations commerciales privilégiées, projets bilatéraux dans les domaines de l’agriculture et de l’assistance médicale, de l’aide humanitaire, coopération culturelle, assistance dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelle. « Israël maintient depuis longtemps de bonnes relations avec l’Afrique notamment avec des pays comme l’Ethiopie qui abrite des milliers de juifs (130 000, selon certaines estimations) et dont les ministères demandent souvent l’assistance des experts israéliens », explique Saïd Okacha, chercheur spécialiste des affaires israéliennes au Centre des études d’Al-Ahram.

L’Afrique du Sud, le Togo, le Nigeria et le Kenya ont été les principaux partenaires commerciaux d’Israël en Afrique en 2013. Pourtant, seuls 2 % des exportations israéliennes sont destinées à l’Afrique.

Mais, ces dernières années, Israël essaye de renforcer davantage ses relations avec l’Afrique. Pour preuve, la multiplication des visites des responsables israéliens sur le continent et leurs déclarations amicales envers l’Afrique et les Africains. « L’Afrique et Israël ont des intérêts communs et il faut les fructifier. Le premier est la lutte antiterroriste qui est devenue une priorité pour les Etats africains », a ainsi estimé le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, lors d’une tournée sur le continent africain en juillet dernier. Une tournée qu’il a entamée en Ouganda pour « restaurer les relations et la proximité qui prévalaient avant 1973 ».

Lors de cette visite, Netanyahu s’est entretenu avec sept chefs d’Etat africains, à savoir les présidents d’Ouganda, du Kenya, d’Ethiopie, du Rwanda, du Sud-Soudan, de Zambie et de Tanzanie. Ces leaders africains se sont engagés à coopérer avec Israël dans le partage des renseignements, le développement de leur coopération économique, la gestion des ressources en eau, la médecine, les énergies renouvelables et le développement durable.

L’Etat hébreu cherche, en fait, le retour du soutien de l’Afrique subsaharienne dans les institutions de l’Onu. « Nous voulons cette alliance. Cela prendra du temps, peut-être une décennie, mais nous parviendrons à changer la majorité automatique contre Israël », a assuré Netanyahu aux journalistes qui l’accompagnaient dans sa tournée africaine. Israël cherche aussi à retrouver son statut d’observateur auprès de l’organisation de l’Union africaine, qu’il avait perdu dès 2002, sous la pression des Etats arabes membres de l’organisation. Ainsi début décembre, des ministres de 13 pays africains se sont rendus pour la première fois en Israël pour un sommet sur l’agriculture.

« Israël a pu consolider sa présence sur le continent africain et a réussi à former une sorte de ceinture d’influence qui s’étend de l’Erythrée et de l’Ethiopie, à travers le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi, la République centrafricaine et le Congo, ce qui menace les sources et les cours supérieurs du Nil très stratégiques et importants, en particulier pour l’Egypte et le Soudan. Il a pu aussi encercler le Maghreb arabe à travers le Tchad, le Niger, le Mali et le Sénégal », indique Ahmad Askar. Mais Okacha refuse de placer cette politique israélienne dans la simple optique des pays arabes. Selon lui, « il serait absolument erroné de qualifier les efforts israéliens en Afrique simplement de complot qui vise les Arabes », car selon lui toujours, Israël a aussi « réussi à offrir des solutions à beaucoup de problèmes du continent dans sa diplomatie active pour briser le traditionnel cercle d’hostilité à son égard dans les organisations internationales ». Un processus en marche apparemment. Ainsi en 2014, quand les Palestiniens tentaient de faire passer une résolution au Conseil de sécurité contre les politiques israéliennes dans les territoires occupés, le Nigeria et le Rwanda se sont abstenus et du coup le texte n’est pas passé.

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