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Un avenir fort menacé

Maha Al-Cherbini, Lundi, 24 septembre 2012

Alors que l’épine des talibans semble de plus en plus enhardie, les troupes de l’Otan ont décidé de stopper temporairement leurs opérations conjointes avec les forces afghanes. Parallèlement, les Etats-Unis ont retiré leur 33 000 « boys » envoyés en renfort dans le « bourbier afghan ».

Alors que le mois d’août 2012 a été qualifié par l’Onu cette semaine du deuxième plus meurtrier pour les civils afghans depuis 2007 (avec 374 civils morts et 581 blessés), les jours à venir semblent beaucoup plus « sombres » pour le « cimetière afghan » qui s’enlise dans l’abîme du chaos. Surtout que les forces internationales de l’Otan (Isaf) ont entamé le transfert de la responsabilité de la sécurité aux forces afghanes dans certaines provinces et doivent se retirer du pays fin 2014.

Au lieu d’intensifier les opérations pour casser l’épine des talibans, quelque 33 000 militaires américains, envoyés en renfort en Afghanistan fin 2009 par le président Barack Obama dans le cadre de la stratégie dite du « surge » (poussée), ont tous quitté le pays cette semaine. Selon Obama, la mission de ces 33 000 « boys » était de briser l’élan des talibans et d’empêcher Al-Qaëda de s’implanter à nouveau. Deux objectifs qui n’avaient jamais été réalisés, alors que le retrait devait avoir lieu à l’approche de la présidentielle américaine en novembre. Outre ce retrait américain, les troupes françaises sont aussi sur le départ. Depuis le début de l’été, elles se retirent progressivement de leurs bases. L’objectif final est de rapatrier 1 500 hommes d’ici la fin de l’année. Il reste dorénavant quelque 68 000 militaires américains en Afghanistan ainsi qu’environ 40 000 hommes de l’Isaf.

En fait, ce retrait de l’Isaf, entamé en juillet, intervient alors que la situation dans le pays prend des allures de « bourbier » après 11 ans de guerre. « Le nombre de victimes civiles sur les huit premiers mois de l’année a diminué d’une année à l’autre. Mais cette tendance a commencé à s’inverser cet été avec un plus grand nombre de tués et blessés civils que l’an passé », a remarqué le numéro 1 de la mission de l’Onu en Afghanistan.

Une décision à haut risque

Outre ce retrait aux séquelles « incalculées », une autre décision de l’Otan risque d’empirer la situation en Afghanistan. Cette semaine, les forces de l’Isaf se sont résolues à limiter « temporairement » leurs opérations conjointes avec les forces afghanes suite aux graves manifestations provoquées par la diffusion du film américain dénigrant le prophète Mohamad et au meurtre de 51 des leurs par des soldats ou des policiers afghans depuis le début de l’année. Samedi, les responsables américains n’ont pas caché leur inquiétude et ont affirmé leur détermination à améliorer la sécurité de leurs forces en Afghanistan. Selon les experts, cette décision de l’Otan menace la stratégie internationale en Afghanistan, même si les responsables de la coalition s’en défendent. En fait, la limitation des opérations conjointes constitue un retour à la stratégie en vigueur avant 2009, quand les contacts entre militaires afghans et Occidentaux n’étaient pas aussi étroits. Elle avait été abandonnée précisément parce que les progrès étaient jugés « trop lents ».

Dans une tentative de calmer les Afghans, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a affirmé que cette décision « n’affectait pas la feuille de route » du retrait, rassurant que le « partenariat continue » entre l’Otan et les forces afghanes. Avant lui, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, avait affirmé que la décision de limiter les opérations conjointes ne changeait pas sa « stratégie globale » en Afghanistan. « Nous allons continuer à travailler, à assister, à donner des conseils, à entraîner les forces de sécurité afghanes », a-t-il précisé.

Se félicitant de ces évolutions qu’ils jugent « positives », les talibans se sont attribué la paternité de ce changement stratégique de l’Otan. « C’est le résultat d’opérations de moudjahidines (combattants) et de leurs tactiques, qui ont forcé l’ennemi à abandonner ses plans », a affirmé Zabiullah Mudjahid, un porte-parole des talibans. « C’est un succès pour les moudjahidines, qui ont réussi à créer de la méfiance au sein des forces de l’ennemi. C’est le début de leur défaite généralisée en Afghanistan », a-t-il poursuivi. Selon les experts, cette décision est un vrai revers pour les troupes de l’Isaf et risque d’amener le pays à la « case départ » après toute une décennie mortelle. 
Au total, près de 13 400 civils sont morts des suites du conflit en 5 ans. Malgré la présence d’environ 112 000 soldats de l’Isaf, en soutien aux 352 000 militaires et policiers afghans, les forces loyalistes et leurs alliés n’ont pas réussi, après dix années de combats, à vaincre l’insurrection. Cette donnée inquiète alors qu’une grande majorité des soldats étrangers auront quitté le pays d’ici fin 2014.

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