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Le Hamas et l'Egypte

Lundi, 25 mars 2013

Khaled machaal et quelques-uns de ses compatriotes se sont réunis avec le guide spirituel des Frères musulmans Dr Mohamad Badie et son adjoint au siège de la confrérie dans le quartier de Moqattam, au Caire. L’objectif de la visite était d’assurer que le Hamas n’était pas impliqué dans l’assassinat des soldats égyptiens pendant le mois de Ramadan dernier. Et aussi de rapporter certaines vérités sur l’ancien président Moubarak. Malgré la noblesse de l’objectif, n’y avait-il pas un autre moyen direct de poser toute la vérité face aux autorités concernées en Egypte ? Pourquoi le mouvement du Hamas n’a-t-il pas accepté de remettre aux autorités égyptiennes des éléments palestiniens et arabes qui vivent à Gaza pour clore définitivement cette affaire par le biais de la coopération et des investigations au lieu de l’intransigeance et de la négligence ?

Le Hamas compte parmi les partis arabes qui se sont le plus réjouis de la chute du régime de Moubarak. Effectivement, ce régime avait représenté pour le Hamas toutes les formes de pression politique, spirituelle et matérielle. Et d’un autre côté, l’Egypte, en fermant les yeux sur les tunnels sous les frontières, a collaboré à rompre l’embargo imposé sur Gaza. Et ce, en permettant l’introduction des denrées alimentaires pour éviter la famine du peuple palestinien.

Mais les ambitions du Hamas dépassaient le simple passage des denrées alimentaires dans les tunnels. Le Hamas, qui a dominé Gaza et formé un gouvernement indépendant de celui de Ramallah, aspirait à imposer son hégémonie sur la décision palestinienne et voyait dans l’Egypte de l’avant-révolution un obstacle face à la réalisation de ses objectifs. Et alors que Le Caire s’activait pour instaurer une réconciliation nationale palestinienne apte à réanimer la cause palestinienne, le Hamas avait des restrictions et des objections qui ont empêché de parvenir à une réconciliation globale.

Il est vraiment paradoxal qu’avant la révolution, le Hamas jouissait d’une large compassion de la part de l’opinion publique égyptienne parce qu’il représentait le symbole de la résistance et du sacrifice pour la liberté et l’indépendance de la Palestine. Et quand les Egyptiens ont réussi à renverser le régime de Moubarak, la situation semblait plus rassurante pour le Hamas puisque le régime contribuant à l’embargo a disparu et la confrérie oeuvre sans restrictions et a même atteint le siège de la présidence. C’est donc une occasion propice de rétablir les relations entre l’Egypte et le Hamas sur de nouvelles bases qui prennent en considération l’appartenance à une même doctrine intellectuelle et un même organisme international.

Or, l’action de l’Egypte en tant qu’Etat, que ce soit pendant la direction du Conseil suprême des forces armées ou sous la présidence de Mohamad Morsi est restée fidèle tant aux normes internationales qu’arabes. C’est ainsi que le passage de Rafah n’est ouvert qu’avec des restrictions et des facilités octroyées uniquement aux individus et non aux marchandises. De plus, l’Egypte de l’après-révolution a déployé de grands efforts pour réaliser la réconciliation, cependant le Hamas n’a pas réagi et a exprimé de nombreuses restrictions. C’est ainsi que la situation palestinienne a continué de vivre dans un état de division et de déchirement. Il est maintenant remarquable que l’Egypte ne s’intéresse plus à la question des négociations palestino-israéliennes contrairement à l’ancien régime. Aujourd’hui, l’Egypte n’accorde plus l’intérêt convenable à l’Autorité palestinienne et les négociations ne sont plus un objectif dans les relations égyptiennes avec les Etats-Unis. De plus, les contacts avec le côté israélien ont largement diminué. Ces circonstances ont constitué pour le Hamas une occasion propice d’obtenir le plus possible de gains politiques de la part de l’Egypte. Les ambitions du Hamas sont clairement apparues dans la volonté de voir l’Egypte adopter ses slogans principaux dans le conflit avec Israël, annoncer la monopolisation générale et permettre le djihad. Or, jusqu’à maintenant la chance s’est transformée en perte. Pourquoi ?

Il est évident que la sympathie égyptienne avec le Hamas n’est plus comme elle l’était avant la révolution. Le mouvement est largement critiqué à cause de la révélation d’une partie importante du rôle joué par certains éléments appartenant au Hamas le vendredi de la colère 28 janvier 2011 dans l’attaque des prisons égyptiennes et la fuite des prisonniers égyptiens et arabes impliqués dans des procès criminels, voire même terroristes. Pour le citoyen égyptien, il y a une attaque et une humiliation de l’Etat égyptien, chose impardonnable que se soit avec le Hamas ou n’importe qui d’autre. Et entend de plus en plus des informations annonçant l’implication du Hamas dans des accidents relatifs à la sécurité au Sinaï. Abstraction faite de la précision de ces nouvelles, il est maintenant ancré dans la conscience égyptienne que le Hamas est partenaire dans des événements portant atteinte à la sécurité nationale égyptienne. L’assassinat des 16 soldats égyptiens au Sinaï pendant le mois de Ramadan dernier est le comble des catastrophes. Bien que à ce jour, aucun rapport égyptien officiel n’a annoncé l’identité et la nationalité des terroristes, des histoires et des nouvelles attribuées à des sources bien informées et des sources militaires et selon lesquelles des éléments du Hamas seraient impliqués dans l’affaire, a fait que les Egyptiens ont placé le Hamas dans la case de l’ennemi et de la menace. Ceci a également poussé l’armée égyptienne à s’activer pour clore les tunnels secrets et empêcher la pénétration illégale des individus et des armes dans le pays.

La situation s’est de plus en plus aggravée quand on a commencé à entendre parler d’un document palestinien promulgué par Kataëb Al-Aqsa, aile militaire du Hamas, assurant la présence d’éléments appartenant au Hamas à l’intérieur de l’Egypte, dont la mission est de protéger le président Morsi au cas où il serait exposé à un danger. C’est ainsi qu’il semble que le Hamas est sur le point de se transformer en milice armée menant des actions illégales contre la souveraineté égyptienne. Ceci implique une humiliation à la police égyptienne chargée de protéger le président égyptien. Il existe un autre incident, celui de l’entrée en Egypte de 7 éléments appartenant au Hamas par l’aéroport du Caire en provenance de Syrie et d’Iran, et qui avaient en leur possession des documents et des plans concernant des institutions égyptiennes vitales.

Ces éléments ont été arrêtés et refoulés après investigations. Cet événement a ajouté une nouvelle dimension à la position des Egyptiens envers le Hamas. Il est vrai que le Hamas a nié son implication dans tout cela, mais l’opinion publique égyptienne n’accorde pas beaucoup d’intérêt à cette négation, à cause de la relation spéciale entre les Frères musulmans et le Hamas. La popularité de la confrérie musulmane diminue de plus en plus, sans oublier les déclarations de certains dirigeants de la confrérie exprimant la volonté d’armer leurs éléments sous prétexte de s’autodéfendre. Aujourd’hui, les Egyptiens voient que le Hamas et ses cadres armés peuvent constituer une solution pour les Frères musulmans qui n’ont pas formé de groupes chargés de la sécurité. Abstraction faite de la difficulté de prouver la vérité de ces histoires, les Egyptiens penchent de plus en plus vers l’idée, selon laquelle le Hamas constituerait une grande menace qu’il ne faut pas négliger. C’est au Hamas à prouver le contraire.

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